Retour à la normale

Quand Jean Charest a succédé à Daniel Johnson, au printemps 1998, le PLQ s'est soudainement retrouvé 20 points devant le PQ dans les intentions de vote. Ce sondage prometteur était le prélude à cinq belles années... dans l'opposition.

Le dernier sondage CROP indique clairement que l'arrivée d'un gouvernement conservateur à Ottawa a eu un effet tonique sur la popularité des libéraux provinciaux et de l'option fédéraliste, mais qu'en sera-t-il dans six mois? Depuis son élection, la cote du gouvernement Charest est retombée encore plus bas après chaque embellie.

Il est difficile de dire s'il faut attribuer ce brusque mouvement de l'opinion à la victoire d'ailleurs mitigée du PC ou à la raclée prise par le PLC, mais les entrevues réalisées par les sondeurs de CROP avant et après le 23 janvier attestent de la force de l'impact des résultats du scrutin sur les électeurs québécois.

D'un coup, les intentions de vote en faveur du PLQ et le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement Charest ont grimpé de dix points. L'écart entre le PQ et le PLQ, qui était de 27 points, a été réduit à 11. Le renversement des intentions de vote référendaires est vraiment spectaculaire. L'avance de huit points (49-41) que détenait le OUI avant le 23 janvier s'est soudainement transformé en un recul de 12 points (41-53) après les élections fédérales.

Pour se rassurer, les souverainistes se disent qu'après un moment d'euphorie, la situation reviendra à la normale. Toute la question est de savoir quelle est la situation normale. S'il s'agit simplement de retourner quelques jours en arrière, il n'y a pas trop lieu de s'inquiéter, mais s'il fallait remonter à la période antérieure au scandale des commandites?

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Avec la question «molle» de 1995, les sondages effectués entre 1998 et 2003 situaient en moyenne le OUI entre 40 et 43 %. C'est seulement après la publication du rapport de la vérificatrice générale que le OUI s'est mis à battre des records. Le dernier sondage CROP ramène simplement la souveraineté à son niveau antérieur à l'éclatement du scandale.

André Boisclair parle d'un «effet neutre», mais la coïncidence avec la courbe des résultats obtenus par le Bloc québécois semble trop parfaite pour être le fait du hasard. Après un pic de 48,8 % aux élections de juin 2004, les 42 % obtenus par le Bloc le 23 janvier dernier s'inscrivent parfaitement dans la fourchette du OUI d'avant les commandites.

Mardi, le chef du PQ a déclaré que la nouvelle conjoncture ne modifiait en rien son «plan de match». Comme s'il avait le choix! Pour devenir chef, il a dû s'engager formellement à faire campagne sur la tenue d'un référendum dès le prochain mandat. En y renonçant, il signerait son arrêt de mort.

Il a fait valoir que la signature de l'accord du Lac-Meech, qui devait sonner le glas de la souveraineté, n'avait pas fait dévier Jacques Parizeau de sa trajectoire d'un iota. En réalité, M. Parizeau n'était pas encore chef du PQ quand l'accord a été conclu, en juin 1987. À l'époque, la souveraineté ne faisait même plus partie du programme du PQ.

Après avoir renversé Pierre Marc Johnson, M. Parizeau a bien remis le cap sur la souveraineté, mais le programme qu'il a fait adopter au congrès de décembre 1988 n'avait rien à voir avec celui dont M. Boisclair a hérité. Il proposait simplement la tenue d'une série de référendums sectoriels pour rapatrier divers pouvoirs. Aucun référendum sur la souveraineté proprement dite n'était prévu, encore moins au cours d'un prochain mandat.

Il y avait une autre différence de taille. En son for intérieur, M. Parizeau avait déjà concédé les prochaines élections aux libéraux de Robert Bourassa. Les Québécois n'allaient certainement pas saboter eux-mêmes l'accord du Lac-Meech en élisant un gouvernement souverainiste avant même qu'il ne soit ratifié. Après avoir redonné vie au PQ, M. Parizeau pouvait se permettre le luxe d'une défaite sans que son leadership soit menacé. Il est loin d'être certain que M. Boisclair y survivrait.

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En 1989, les Québécois ont décidé d'aller au bout de l'exercice de Meech en réélisant les libéraux. Si le gouvernement Harper semble vouloir donner suite à ses engagements, pourquoi prendraient-ils le risque de tout gâcher en donnant au PQ le feu vert à la tenue d'un nouveau référendum? Ils pourraient même comprendre que certaines mesures nécessitent l'élection préalable d'un gouvernement conservateur majoritaire.

Bien entendu, il faudrait que le gouvernement Charest fasse un petit effort pour arrêter de faire enrager tout le monde, comme il s'y emploie avec succès depuis son arrivée au pouvoir, mais le simple fait qu'il y aura maintenant quelqu'un de «parlable» à Ottawa semble déjà avoir amélioré son image.

Depuis qu'il a été élu chef du PQ, M. Boisclair s'est laissé porter par l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest, mais lui-même n'a impressionné personne. Le ministre du Développement économique, Claude Béchard, qui n'en rate jamais une, a parlé d'un «effet Boisclair» qui aurait contribué à la contre-performance du Bloc québécois. Rien ne le prouve, mais il est vrai que le chef péquiste peut facilement donner la fâcheuse impression que ses souliers sont trop grands pour lui.

Remarquez, ses prédécesseurs ont eu beau jeu de dénoncer les coups tordus des libéraux fédéraux, qui indisposaient même les fédéralistes québécois. Il lui sera beaucoup plus difficile de convaincre la population de la nécessité de la souveraineté malgré l'ouverture qu'Ottawa pourrait manifester. Mardi, il a lui-même expliqué qu'une éventuelle adhésion à la Constitution canadienne correspondait aux «attentes réelles des Québécois». C'est dire.

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1 commentaire
  • menard.denis455@videotron.ca - Abonné 2 février 2006 21 h 57

    Faudra mettre cette analyse dans vos moins bons coups

    Maintenant que Crop avoue une erreur de calcul(!), j'espère que vous mettrez à jour votre analyse un peu trop rapide sur la gachette. Bien sûr, quand cela favorise une embellie libérale, on se presse d'y voir un espoir que les «péquisses» prendront leur trou encore la prochaine fois. L'erreur de Crop est une faute profesionnelle grave, ils l'ont avoué. À vous maintenant de mettre à jour votre analyse si brillament appuyé sur un songage à côté de la «track». Vous ne devez pas être le seul d'ailleurs