C'est la vie! - «Laisse-toi célébrer»

Sa position préférée? «M’alanguir.» Marc Labrèche et Joblo en pleine séance d’alanguissement au café Byblos.
Photo: Jacques Nadeau Sa position préférée? «M’alanguir.» Marc Labrèche et Joblo en pleine séance d’alanguissement au café Byblos.

En déposant mon enregistreuse devant Marc Labrèche, j'ai laissé échapper cet aveu qui allait amorcer notre entretien de façon non équivoque: «Il se peut qu'elle fasse de drôles de bruits, il n'y avait plus de piles dans la maison ce matin, j'ai dû emprunter celles de mon vibrateur pour la faire fonctionner.» Longs regards lubriques entre ce comédien du Coeur a ses raisons qui aurait pu incarner le Valmont des Liaisons dangereuses, et mon Sony à cassette imperméable à ses avances. En passe de devenir l'un des plus grands sexe-symboles du Québec après Roy Dupuis, l'animateur disjoncté du Fric show sait jusqu'où aller trop loin. Mais contrairement à mon vibrateur, il en revient toujours.

Étant amie de sa délicieuse maman depuis une dizaine d'années, j'entends parler de Marc régulièrement tout en entretenant l'impression de partager une partie de ce qui lui tient le plus à coeur. Mimi pour les intimes (surnommée «encore Mimi» par monsieur B.) est cette femme qui a engendré un monstre sacré de la télévision et de la scène avec son compagnon, le défunt comédien Gaétan Labrèche, dont Marc est la copie carbone. Encaissant le chèque de paye de Gaétan Labrèche à la caisse pop de Radio-Canada, Mimi s'est déjà servie de son petit Marc en l'asseyant sur le comptoir pour prouver son lien indiscutable avec Labrèche père. Ce fut sa première audition pour un rôle payant.

Discrète, drôle et lucide, sa mère est une oreille et une épaule, toujours à l'écoute de son «coco chéri». «Je tiens plus de choses de ma mère que je le pense», avoue le fils de 45 ans qui, sous ses dehors expansifs, séducteurs et ironiques, se dit tout aussi secret et réservé que peut l'être sa maman. «Comme elle, qui était journaliste, j'aime vivre par procuration. À choisir entre me livrer et écouter, je préfère écouter. Dire que je me suis dépoché pour aller trouver en Inde ce que j'avais à côté de moi: Michelle. Une vraie néo-yogi pure laine et urbaine. La prochaine étape, Mimi n'apparaîtra pas sur les photos.»

Aussi taquine que sa progéniture, Michelle a déjà révélé dans une émission soulignant les 40 ans de son grand blond que le fils unique avait eu la couche aux fesses jusqu'à cinq ans. «Ce n'était vraiment pas nécessaire, commente-t-il sur un ton faussement agacé. Ce retard anal ne m'a pas empêché de faire des choses extraordinaires. Et j'ai maintenant une digestion régulière, c'est merveilleux!» Verbo-moteur notoire, Marc Labrèche ne s'est jamais fait prendre les culottes baissées depuis. D'ailleurs, il n'en porte plus du tout, ça simplifie la vie. L'incollable excelle dans les tirades et sa diarrhée verbale est peut-être une séquelle psychologique latente. «J'aime la musicalité des mots. Je ne mets jamais de point. C'est mon drame si j'en ai un!»

Bonsoir chérie...

Le drame, il connaît, et de fraîche date. À sa blonde, Fabienne, il ne dira plus jamais «bonsoir chérie» sur un air libidineux et coquin. Décédée en juin dernier, Fabienne Dor s'est battue contre le cancer pendant deux ans et demi, laissant Marc avec leurs deux adolescents, Léane et Orian, après 20 ans de vie commune. «Le deuil avec Fabienne s'est fait de son vivant. On savait les choses sans toujours se les dire. T'as beau avoir de l'imagination, la solitude de la condition humaine te saute en pleine face à ce moment-là. Dans l'accompagnement, tu es toujours un peu derrière. Tu ne comprends pas tout. Je le comprendrai quand je le vivrai. Son courage et son propre deuil m'ont bouleversé. C'est le moment où on s'est le moins parlé mais où nous étions le plus connectés. Tu ne peux pas être plus proche que dans ces moments-là. Ce dont je pourrais m'ennuyer maintenant, c'est l'absolu d'amour que j'ai vécu avec elle. Est-ce que je vais revivre ça? Je le souhaite.»

Ce n'est pas la première fois que Marc livre des adieux déchirants et définitifs. Son père Gaétan a été vaincu par un cancer en 1990: «Le dernier jour à l'hôpital, je lui ai dit: "Tu vas aller retrouver des gens que t'aimes." Il a enlevé son masque et il m'a répondu: "Oui, mais pour ça, il va falloir que je laisse aller celui que j'aime le plus." C'était "tearjerker" au boutte; c'est une des plus belles déclarations d'amour qu'on m'ait faites. Ça venait d'un père de cette génération avec toute sa réserve et sa pudeur. Une façon à lui de me dire "au revoir" et "je t'aime". Recevoir les adieux de l'autre, c'est libérateur.»

Marc Labrèche a mué au fil du temps et de ces expériences intenses, devenu plus philosophe par la force des choses: «C'est une phrase qui tue, mais "la vie continue". Je trouvais ça morbide comme constat, "dull" à souhait. Mais ce n'est ni de la résignation ni de l'autostimulation, c'est l'apologie du triomphe de quelque chose de plus fort que soi. Je suis étonné de l'état qui vient avec ça, de l'évidence de ça quand tu l'acceptes. C'est malheureusement dans l'ordre possible des choses. La vie continue.»

Célébrer l'ours moyen

Infatigable créatif, Marc Labrèche s'est attaqué au scénario du roman Comment je suis devenu stupide de Martin Page, un texte rigolo et tout en dérision qui démontre que l'intelligence n'épargne de rien. «Durant la chimio de Fabienne, c'était une façon pour moi de travailler à la maison et de m'évader», dit Marc, qui s'apprête à écrire la seconde version de ce projet de film de fiction.

S'il avait un documentaire à faire, le nouveau scénariste porterait son regard transperçant sur les femmes de 30 ans qui recherchent l'homme fleurant bon la lavande et la transpiration. «Elles sont en quête du gars qui va leur arracher leur robe le soir et la leur recoudre le lendemain, comme dit Janette Bertrand. Elles veulent à la fois le prince charmant, le contrôler, mais elles ne veulent pas s'engager.»

Le veuf le plus populaire du bottin de l'Union des artistes pose des yeux bleus tout neufs sur les femmes disponibles qui l'entourent. Il se connaît suffisamment pour savoir qu'il aura envie de replonger dans l'amour avec un grand A. «Je suis un amoureux, un romantique. J'adore la séduction et, parfois, je peux la laisser durer. J'aime tomber en amour et tout ce qui vient avec: la découverte de la vie à deux, la décision d'avoir des enfants, quand ma blonde a accouché.» Aurait-il un autre enfant? «Je suis vasectomisé mais je me suis renseigné: "Ça se remets-tu, le canal déférent?" Il paraît que ça fonctionne à 80 %. Pour une femme que j'aime, je me poserais la question.»

En attendant, Marc Labrèche songe à fonder un nouveau Club Labrèche destiné à célébrer les gars. «Je veux lancer un club de filles qui célèbrent les gars. On va en porter un aux nues chaque semaine. Les gars sont plus intéressants qu'avant mais ils sont réduits à "Il s'occupe de son p'tit", "Yé l'fun, il pleure", "Il parle mais il me tombe sur les nerfs". On nous en demande beaucoup. C'est correct d'être exigeant, c'est stimulant, mais moi, je voudrais voir plus de filles fans des gars. On est constamment "bashés". J'aimerais qu'on nous célèbre un peu.»

Allez, les filles! Un peu de déférence pour les canaux déférents!

cherejoblo@ledevoir.com

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Chaîne de bonté

Cette rencontre a été commanditée par un lecteur du Devoir qui offrait le petit-déjeuner. Grand merci!

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Le coeur a ses raisons...

Marc Labrèche

Écouté: une amie délicieuse, affublée par la nature d'oreilles branchées et raffinées — probablement de descendance elfique —, qui m'a fait découvrir il y a quelques semaines le disque de Joseph Arthur Redemption's Son. Je la bénis encore. Sûrement un des puissants coups de coeur des derniers mois. J'ai un faible pour les plages 1, 2, 4, 5, 6, 7, 9, 10 et 11. Le reste est bon itou, mais les 1, 2, 4, 5, 6, 7, 9, 10 et 11... Vous me remercierez à genoux.

Vu: Jack Bauer et les quatre premiers épisodes de 24 sur Fox cette semaine. C'est comme Le coeur a ses raisons, la poésie en moins mais avec plus d'agitation. Et des fusils. Moi qui d'habitude est ému davantage par les mollets d'une ballerine, le chant d'une soprano obèse ou un crépuscule en Estrie, j'ai pleuré comme une madeleine quand Jack a finalement sauvé les otages dans l'aéroport de Los Angeles. Je me suis fait une fondue au fromage pour célébrer. J'ai pas dormi de la nuit.

Luxé: une épaule, jadis. Ça fait mal.

Lu: Martine à la ferme, que je n'avais pas relu depuis longtemps. J'ai pleuré. Mais aussi Légendes, de l'auteur américain Robert Littell. Un thriller géopolitique d'enfer, brillant, avec une finale étonnante. C'est comme Le coeur a ses raisons mais avec des Arabes. Sans poitrine 38D mais écrit avec la force et la finesse d'un mollet de ballerine. Me suis enfilé une fondue au fromage en dégustant les 50 dernières pages. J'ai restitué toute la nuit.

Souhaité: encore et toujours «bonne année!» à tout le monde que je croise. J'ai tellement le sens de la fête, je ne sais plus m'arrêter. J'ai besoin de vacances.

Entendu: l'anecdote savoureuse — en plus de la fondue, des mollets des filles qui dansent et des grosses Italiennes chantantes, j'adore les anecdotes — d'un chauffeur de taxi à un animateur de télévision qu'il reconduit chez lui: «Votre émission de télévision est tellement mauvaise, monsieur, que, le soir, je parle à ma femme.» J'ai toujours pensé qu'on rapprochait les sexes. Sur ce, bonne année. Et paix sur Terre. Jésus nous aime.

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Ceci n'est pas un blogue

Arabe et cochonne

Je viens de recevoir ma Gazette des femmes (janvier-février 2006), apportée par un messager tout mouillé. La Gazette des femmes m'a longtemps rebutée et, pourtant, j'y trouve toujours de quoi m'émoustiller. Le magazine est plus sexy qu'avant, plus à l'écoute du pluralisme des paroles de femmes. Je rencontre même des jeunes filles qui le lisent! C'est simple, dès que je le reçois, je ne peux m'empêcher de prendre une pause «femme».

Le portrait signé par Monique Durand et intitulé Arabe et cochonne dans le numéro courant est tout à fait dans l'esprit du temps. Il reprend le titre du spectacle de l'humoriste Nabila ben Youssef, qui s'est fait connaître dans le cadre du Festival du monde arabe. Nabila envoie des blagues assez crues, du genre: «Pourquoi les hommes saoudiens portent-ils une longue tunique? Parce qu'ils sont toujours en érection.» Cette Tunisienne, qui a fait l'École de l'humour, n'a la langue ni dans sa poche ni dans celle de son voisin.

Un autre numéro de son spectacle relate une conversation téléphonique avec sa mère tunisienne à qui elle explique que les vierges n'existent plus au Québec, que les gars ne draguent pas, que les femmes sont plus libres mais aussi plus seules. Bonjour le décalage horaire!

Décrite comme une hérétique, sans contrat, sans producteur et sans voie tracée, Nabila attend qu'on la remarque. Bienvenue aux dames; le militantisme n'a jamais été aussi cochon.

www.gazettedesfemmes.com

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