Respect pour les pays

Par les temps qui courent, plus on visite de pays, plus l’intransigeance paraît grandir. Autrefois, le voyage commandait de s’étonner des différences. Aujourd’hui, on veut les effacer. 

«Voyager, c’est promener son rêve», dixit l'explorateur Théodore Monod.

Cette maxime commence à battre de l’aile, le voyage se propageant un peu partout. On ne veut plus être étonné, on veut tout savoir avant et presque décider ce qui nous attend.

Les pays se mettent aussi au diapason du touriste:

- Les hôteliers français imposent le breakfast avec œuf, fromage et viandes diverses, car les Allemands, Anglais, Hollandais, Nord-Américains et Scandinaves privilégient ce genre de bouffe matinale. Le croissant et la baguette avec beurre sont dépassés.

- En Haïti, tout est conçu maintenant pour les Japonais. 

- Au Maroc et en Tunisie, le couscous et la chorba sont de moins en moins épicés.

Outre la nourriture, il y aussi les réflexions idiotes: trop de voiles, trop d'enfants pauvres, etc. On les rejette ou on les prend en photos. Les favelas ont la cote, les vendeurs de masques aussi.  

On privilégie la croisière, qui fait descendre le touriste éclairé — et souvent apeuré — avant de le faire remonter à bord quelques heures plus tard, histoire qu'il retrouve son capitaine jovial et se sente en sécurité dans sa cabine à air conditionné.

Autres réflexions: en Inde, trop pauvre. En Chine, trop sale. En Russie, trop bizarre. En Afrique, ils ne savent pas manger. En Australie, trop loin. En Asie, pas confiance.

Récemment, un couple allemand en visite en Turquie a, à son retour, fait une demande de remboursement de son voyage pour manque de repos. La mosquée, qui n’était pas loin de l’hôtel, commençait la prière à 6h du matin et répétait l'exercice quatre fois dans la journée. L'enfer!

Cela fait 1400 ans que la prière est donnée. Avaient-ils réalisé qu’ils se déplaçaient en Turquie? Il y a la Suède, mais la tomate est dix fois plus cher...
5 commentaires
  • Monique Rondeau - Abonnée 25 avril 2014 16 h 31

    Nuance...

    C'est à cela qu'on distingue les touristes des voyageurs...

  • Martin Pelletier - Inscrit 26 avril 2014 07 h 58

    La mosquée pas assez loin de l'hotel....

    C'étaient les Pineault-Caron?

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 26 avril 2014 12 h 52

    Le respect

    Oui, il faut respecter les pays quand on y met les pieds. La même chose vaut pour le Québec, qui doit être accepté comme il est par ceux qui y viennent.

  • Jean-François Allard - Inscrit 26 avril 2014 16 h 21

    McDo n'est jamais loin...

    Pour ceux que l’exotisme effraie, il y a aussi une charmante nouvelle escale pour paquebot de croisière à Mahahual, au sud-est du Yucatan. Le bateau s’amarre au port nouvellement crée pour un tourisme fructueux et sans dépaysement; en descendent des hordes de super-voyageurs aux âmes sensibles pour une visite sans risque du village artificiel récemment implanté, idéal mexicain sans chiens errants ni vendeurs à la sauvette ni relents de cuisine de rue ni poussière qui salit, lieu magnifique d’une propreté sans faille, éden peuplé de gens souriants et propres qui ne rechigneront pas à se faire portraitiser par téléphone toute la journée sans un salut ni un merci, le bracelet de plastique au poignet attestant des droits inhérents au tout-inclus. On peut y acheter toute la camelote chinoise «been there done that got the t-shirt» sans besoin d’en négocier les prix, comme chez Walmart. Seuls les croisiéristes et les mexicains qui y travaillent sont admis dans ce pueblo. C’est ainsi que visiteurs et visités se voient sans se rencontrer avec comme argumentaire inattaquable qu’on donne au client ce qu’il réclame.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 27 avril 2014 09 h 49

    Le respect réciproque

    Oui, il faut respecter les pays quand on y met les pieds. La même chose vaut pour le Québec, qui doit être accepté comme il est par ceux qui y viennent.