Drame insulaire entre Haïti et la République dominicaine

Notre sud prend l’eau. Depuis quelques jours, la République dominicaine a décrété que quelque 250 000 descendants d’Haïtiens doivent rentrer au bercail.

Sur une île, deux pays. L’un très pauvre, Haïti, et l’autre un peu moins pauvre, la République dominicaine.

Quand on se love sur des plages du côté de Playa Doroda ou de Punta Cana, on propose des excursions sur les plantations de canne à sucre, pour observer les coupeurs. À majorité, ils sont haïtiens et sourient faiblement aux touristes. Couper des tiges sous le regard de «kodaks» n’a jamais été réjouissant.

La semaine dernière, la plus haute juridiction dominicaine a décidé que «les enfants nés dans le pays de parents étrangers», depuis 1929, seraient déchus de la nationalité dominicaine.

Cette «dénationalisation» a suscité l’ire de Port-au-Prince et la stupéfaction de l’ONU. «La décision pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les descendants d'Haïtiens en République dominicaine, plongeant des dizaines de milliers d'entre eux dans un vide constitutionnel qui en feraient des apatrides privés d'accès aux services de base», a souligné le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme.

Selon le recensement national des immigrants de 2012, la République dominicaine compte 458 000 immigrants haïtiens pour 10 millions d'habitants. Les autorités locales ont annoncé la semaine dernière que l'armée dominicaine avait expulsé ces 13 derniers mois 47 000 Haïtiens entrés illégalement en République dominicaine.

Ces Dominicains de descendance haïtienne n'ont aucun lien, aucune attache avec Haïti et ne parlent pour la plupart même pas le créole.

Leur situation reste mal connue du grand public, puisque ce sont des gens invisibles, sans statut légal, sans droits, sans accès aux services de base, tels que la santé, l’éducation ou le logement.

Il y a quelques années, des groupes haïtiens envahissaient le Salon international tourisme voyages à Montréal pour s’insurger sur les conditions de vie des Haïtiens dans les plantations.

Aujourd’hui, ils sont virés…

Vu le salaire donné pour couper des herbes, les Dominicains ne sont pas preneurs. Ce qui veut dire que les Haïtiens virés ne trouveront pas de remplaçants. Ce qui veut dire que les Dominicains vont trouver cela bizarre de couper de l’herbe à un tarif si bas.

Entre un peu plus pauvre et un peu plus riche, la coupe de canne est toujours la même.
La «Rep dom» n’a pas déterminé son avenir. Sans Haïtiens, les coupes vont devenir plus rares.

Parallèlement, on a vu se propager un discours xénophobe, «anti-haïtianisme», pour mieux refuser la nationalité aux descendants des Haïtiens. Beaucoup sont nés en République dominicaine, mais n’ont jamais eu de documents d’identité. La République dominicaine ne leur en a jamais fourni et Haïti ne les reconnaît pas.

Face à la colère de diverses associations, José Ricardo Taveras, directeur général de l’immigration (et secrétaire général d’un parti xénophobe), a nié le rapatriement des Haïtiens et de leurs descendants.

Mais on continue à bronzer en «Rep dom». C’est ce qu’il ya de plus important.

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