Sur les traces de Pinocchio – Le droit de mentir

Gepetto à Orvieto.<br />
Photo: Lio Kiefer Gepetto à Orvieto.
On me demande souvent quoi faire en Toscane, à part visiter Florence et Sienne. Il y a, entre Florence et Lucques, près de Pescia, une ville qui s’agite avec les oliviers. Plus loin, des châtaigniers. C’est dans le village de Collodi que Pinocchio vit encore.

Collodi, c’est aussi le nom de naissance de la mère de Carlo Lorenzini, auteur de la Storia di un burratino, «histoire d’une marionnette». Il y a déjà lueur de mensonge, puisque Carlo Lorenzini se fera toujours appeler Carlo Collodi.

Mis à part la télé et l’Internet, le village de Collodi a gardé du passé ses ruelles, ses petits commerces, qui sont aujourd’hui voués à la gloire de Pinocchio. De nombreuses fresques de ce Pinocchio au nez allongé démontrent que le personnage mi-enfant mi-marionnette vient de là.

Trouble architectural défiant l’enfantin, la Villa Garzoni, qui fut pendant des siècles un lieu de plaisirs et de jeux érotiques pour la bourgeoisie locale. Mais en dehors de ces jardins, il y a le Parc Pinocchio, sorte de Disney Land de Pinocchio.

Des statues en bronze représentant différents personnages de la légende. Des chemins en pierre où surgissent des statues comme le gendarme qui barre la route aux enfants, ces derniers étant obligés de passer entre ses jambes. Les personnages se suivent : le chat et le renard. Le grillon parlant, la fée enfant, l’escargot concierge. Mais également, le pays des jouets, le champ des miracles où brille l’arbre des monnaies, le grand théâtre des marionnettes,  le bois des assassins et l’auberge de la crevette rouge.

Pendant la saison estivale, il y a tous les jours des spectacles de marionnettes, des évènements littéraires, des cours de dessin avec Pinocchio comme témoin. Et comme chez Disney, on peut se marier.

Tout cela est régi par la fondation Collodi, qui se targue de posséder tous les bouquins parus sur Pinocchio ou en liaison directe avec la marionnette-enfant.

Dans toutes les échoppes, je cherchais Geppetto. Et ce n’est pas à Collodi, mais à Orvieto que je l’ai trouvé. Sur la route qui va à Rome.

À deux pas de la cathédrale, je sirotais un vin local qui rend l’âme plus sereine. Près de l'endroit où j'étais attablé était suspendue une pancarte en bois où était gravé le nom «Geppetto».

J’ai suivi la flèche et je suis tombé sur une petite grotte, où un homme chantait en piochant dans du bois. Il fabriquait des Pinocchio en bois brut, de 10 cm de hauteur à 2 mètres. Des centaines de Pinocchio étaient entassés en vrac au fond de l’antre un peu sombre, attendant un badaud complaisant qui les prendrait comme amis. L’homme aux mains striées par le bois coupé affirmait qu’il était le vrai Geppetto. Et que les autres sont des menteurs.

Il répétait à qui veut l’entendre qu’il faut faire la différence entre la marionnette et le tireur de ficelles.

1 commentaire
  • Sylvie Lavoie - Abonnée 11 avril 2013 10 h 35

    Un tel récit me fait rêver.... Continuez d'écrire de cette façon !