Sur les traces de la mafia

Le drapeau sicilien<br />
Photo: Le drapeau sicilien

C’est la commission Charbonneau qui m’en a donné l’idée. Depuis une semaine que nous voyons des spécialistes de la mafia italienne nous indiquer les us et coutumes des chefs ou demi-chefs et leurs sbires, je me suis mis à songer à la Calabre et à la Sicile… comme terres vacancières.

Il faut d’abord reconnaître une chose. La mafia en Calabre ou en Sicile ne fait pas exploser les touristes. Ou il faut être très malchanceux.

J’étais fin mai 1992 à Capaci quand on a fait exploser la voiture du juge Falcone, grand inquisiteur de la mafia sicilienne. Je parlais avec un marchand d’huile d’olive qui avait dû peut-être verser son pizzo une heure avant. Son pain trempé dans l’huile était sublime. Le vieux, sur la Place Cataldo, avait les joues rougies par le soleil. On a rien entendu ce 23 mai. On a su après. Que les assassins du juge avaient mis des mois à creuser et planter des explosifs sous l’autoroute qui part de l’aéroport de Palerme. Qu’ils connaissaient bien, puisque ce sont eux qui l’avaient construite. Et ces derniers n’ont jamais confondu la voiture du juge avec une Renault, Peugeot ou une Citroën TT. Ils ont le flair des plaques minéralogiques.

En mai dernier, on se souvenait encore, à Palerme.



Des amis Siciliens, qui ont le sens de l’humour, me disaient récemment que dans le cimetière de Palerme, le juge Falcone repose entouré de tous les mafieux locaux qu’il n’a jamais arrêtés.

Et quand on se promène en Sicile, les mafieux ou similis ne courent pas les ruelles ou les chemins de traverse. On peut se dire que la mule bouffe du grain produit par un riche fermier pas trop clean, mais ce ne sont que des présomptions rurales. C’est quelques fois la superbe maison dans les collines que toutes les mamies d’autobus surclimatisés prennent en photo (c’est tellement beau les colonnes de marbre!)  qui est le bunker d’une famille mafieuse.

Des ruines antiques aux plages en passant par les églises, le mafieux n’est pas visible. Certains, aux alentours de Palerme, veulent pénétrer dans Corleone, village où la Cosa Nostra a encore de solides bases. Il faudra aussi aller du côté de Trapani, Raguse, Syracuse et Agrigente. Pour le sud, la mafia locale s’appelle Stidda.

Par ailleurs, le drapeau de la Sicile est une femme dénudée appelée Méduse, entourée de quelques herbes, qui se love sur un fond blond et rouge, sorte de protection déifiée. Et l’aéroport de Palerme se nomme aujourd’hui Falcone-Borsellino, un gage anti-mafieux.

Cosa Nostra et Stidda en Sicile, Camorra en Campanie (Naples et Casal di Principe), 'Ndrangheta en Calabre (Province de Reggio di Calabria, Crotone, Cosenza) et Sacra Corona Unita dans les Pouilles (Bari, Brindisi, Foggia, Lecce). Toutes de magnifiques régions.

Sicile : http://www.regione.sicilia.it/turismo/web_turismo/sicilia/uk/home.html
Calabre : http://www.calabria.worldweb.com
Campanie : http://www.officeoftourism.org/europe/italy/campania.asp
Pouilles: http://www.bellitalie.org/pouilles.html

À se rappeler en voyage

* Les ados qui dépouillent des voitures de touristes sur les franges napolitaines ne sont pas des mafieux, mais des voleurs aguerris qui connaissent les plaques minéralogiques. Vaut mieux donc louer une voiture en Italie. Les amendes pour stationnement illicite dans la région ne sont pas l’œuvre de la Camorra, mais de simples policiers qui connaissent aussi les plaques minéralogiques

* Dans les Pouilles, si vous prononcez le mot de pizzo au lieu de pizza à Bari, cela ne fait pas rire les commerçants. C’est aussi le nom d’un village en Calabre.

* À Naples et aux alentours, si vous êtes incommodés par des ordures sur la rue, restez coi. C’est la Camorra qui règne sur l’enlevage des ordures ménagères et industrielles.

* Les chefs mafieux ne se reconnaissent pas dans la rue. Ils ressemblent plus à Rémy Girard qu’à Al Pacino.

* Avec la disparition depuis quelques années de chefs de clan (prison, assassinats, etc) beaucoup de femmes ont repris le flambeau. Elles ressemblent plus à Louise Deschatelet qu’à Maria Sharapova. On est loin de la mafia russe.

* Dans les discos branchées transalpines, les grandes gueules de 21 ans ne sont pas de jeunes mafieux. Ce sont de jeunes flambeurs gominés avec Ray Ban ayant une Porsche comme domicile fixe.

* Consenza, nom du café montréalais où se faisaient les transferts d’argent (via chaussettes demi-bas) entre entrepreneurs de la construction et mafia montréalaise, est une ville sans intérêt en Calabre.

* L’une des meilleures marques de chaussettes pour hommes en Italie est Gamarelli, marque mythique de puis plus de deux siècles, qui recouvre les pieds des papes et des évêques.