Un Top Ten à l'envers

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Photo: Lalida Splinder

Pour la 1000e fois, je lis le Top Ten des meilleures destinations à visiter en hiver, en été, à l'automne, les meilleurs plages, les resorts avec canards, les villes les plus romantiques, etc. Sondages bidons ou bidouillés... Ensemble, on va se faire aujourd'hui un top des... à éviter.

Au départ, je n'avais rien contre Travelocity. C'était pour moi un journal un peu comique des hauts et des bas de quelques voyageurs qui croyaient devenir importants l'espace de quelques lignes. Mais en lisant un peu plus, les commentaires vont des «J'ai adoré!» aux «Yark! Et en plus il y avait des moustiques». La dame du «yark» dormait dans un bungalow sur pilotis adossé à une mangrove. 

Et dans un hôtel de Londres, je fus interpellé par un chef de réception qui m'a demandé si l'hôtel me plaisait et si j'étais prêt à écrire quelques mots dans Travelocity, moyennant une nuit gratuite en semaine. Le site en prenait encore plus pour son rhume.

Plus récemment, je parcourais un site made in Québec qui revendiquait les 10 balades italiennes incontournables. Ça allait de flâner à Venise à aller du côté de Cinque Terre, tout en revendiquant le colisée de Rome. Plus conventionnel et archi rabâché que cela tu meurs... Même les guides grand public n'osent plus le faire.

Pour sourire, on va faire ensemble le même parcours italien. Mais en disant quoi ne pas faire et quoi éviter.

1) Flâner à Venise? Évitez le café Florian entre midi et 15h en dehors du Carnaval. et séjourner à Mira, en dehors de la Sérénissime.

2) Découvrir le colisée de Rome? Ne prenez pas de guide et allez-y une heure et deux minutes avant 19h15, heure de la fermeture. Plus en phase avec les gladiateurs. 

3) Jeter une pièce dans la fontaine de Trevi? Allez-y à 3h ou 4h du matin, quand deux bandes rivales se partagent le magot. On peut même faire du change.

4) Déguster une gelato? Pas la garantie, parce qu'on est en Italie, qu'on va bien lécher le bon cornet. Évitez Giolitti à Rome, pour la qualité surfaite et surtout le prix... Juste pour le décor.

5) Séjourner à Florence? Non, à Fiesole, tout à côté... Deux fois moins cher et rejoignable en bus.

6) Visiter Sienne? Allez-y en dehors du Palio les 2 juillet et 16 août (si vous n'avez pas de réservation et si l'odeur du crottin vous indispose) et ne dormez pas intra-muros pour que cela ne coûte pas la pelce des fouffouni!

7) Se promener dans les Cinque Terre? Pas en juillet et août pour éviter les hordes allemandes, anglaises, hollandaises, françaises et italiennes, et ne pas avoir à faire la queue pour prendre le bateau, l'autocar et autres trains.

8) S'arrêter au Vatican? Ici tout est payant, sauf la place... Pour celles et ceux qui sont croyants ou pas, tous les objets de culte bénis par les différents papes et coûtant neuf fois plus chers que les non-bénis, c'est faux. Il ne s'agit que de sombres ecclésiastiques inconnus qui font des gestes cruciformes devant des containers remplis d'objets qui se suivent à la queur leu leu. Bénédictions urbaines et à la chaîne.

9) Manger une pizza à Naples? Dans le même genre, on a l'escalope à Milan, le jambon à Parme, le vinaigre de Modène, les saltimbocca de Rome... Et rien ne prouve que cela soit bon. Les meilleures pizzas que j'ai mangées, c'est à Vérone, Ceprano et Frosine. Et la spécialité de Naples, ce n'est pas la pizza, c'est la pasteria, une tarte à la ricotta et aux fruits confits. Et pourquoi pas la noix à Grenoble, la sole à Douvres ou la tourtière au Lac-Saint-Jean?

10) Se reposer à la Grotta Giusti en Toscane? Difficile, quand on sait que les 300 m de grottes sont truffées de chaises avec serviettes pour prendre des bains de vapeurs. De plus, cela appartient au Grotta Giusti Natural Spa Resort et le prix minimum pour une chambre très «vieux genre» pour un week-end en couple avec grotte en promo se vaporise aux alentours de 1200$... Pour un peu plus de tranquillité, visitez la grotte di Frasassi à Genga dans la province d'Ancona.

Ceux qui publient ce genre d'idées toutes faites au sujet des incontournables écrivent aussi sur Hong Kong, Paris, la Jamaïque, Cuba ou la République dominicaine. Pour rire ou pour pleurer...
3 commentaires
  • Philippe Parent - Abonné 25 mai 2011 23 h 51

    Surprise...

    Bonjour Lio,
    J'ai lu ton billet sur le Top Ten à l'envers avec un sourire en coin, connaissant bien ton humour et ta vaste culture. C'est vrai que ce n'est pas évident de présenter des attraits touristiques sans tomber dans les clichés. Quelle ne fut pas ma surprise quand j'ai cliqué sur le lien «Pour rire ou pleurer» et que je suis tombée sur le blogue de Marie-Julie Gagnon! Elle prend bien la peine de faire une mise en garde à sa liste de coups de coeur, disant que «Sélectionner des incontournables pour une destination est toujours un peu casse-cou», notamment parce que les goûts diffèrent d'un voyageur à un autre. J'ai relu avec attention ton billet et j'avoue que tes commentaires m'ont semblé un peu méprisants, comme si les choix de Marie-Julie étaient si désolants. Je ne crois pas que son texte mérite d'être pointé du doigt comme tu l'as fait. Elle dit bien que pour quelqu'un qui n'est jamais allé dans «la botte», ce sont de premières suggestions. Quand monsieur et madame tout le monde seront allés au moins une fois en Italie, ils seront ravis de sortir des sentiers battus et de lire ton blogue qui va au-delà des «clichés». Mais connaissant beaucoup de gens qui n'ont pas voyagé comme nous et qui me posent bien des questions pour un premier voyage à tel ou tel endroit sur la planète, je peux t'assurer qu'ils sont très «insécures» et ils veulent surtout visiter les attractions connues. C'est une réalité à respecter, et ce n'est pas mauvais de répondre à leurs intérêts, quelque primaires ou peu aventureux qu'ils soient. Heureusement qu'il y a des blogues pour tous les genres de voyageurs et je crois que tant celui de Marie-Julie que le tien ont leurs places sur la grande toile. Au fait, je n'étais pas sûre de comprendre ton allusion à Travelocity. Se peut-il que tu aies voulu parler de TripAdvisor, le site appartenant à Expedia dans lequel les internautes y vont de leurs critiques hôtelières (positives, négative

  • Lio Kiefer - Inscrit 26 mai 2011 12 h 41

    Puisque c'est mieux de répondre

    Ma belle Anne-Marie
    Moi également je lis attentivement les commentaires... Et je m'en tape un peu qu'on soit d'accord avec moi ou pas. Sinon, j'aurais fait un autre métier. Et c'est amusant ta réaction! Parce que lorsqu'un blogue dit que la destination numéro untel avec l'excursion numéro machin est sublime, il n'y a pas un chat qui pipe mot. Mais quand tu critiques un état de choses ou que tu émets des réserves sur un sujet, tu as toujours quelqu'un ou quelqu'une qui va sublimer la critique. J'ai donc le boomerang de ce que je dis ou j'écris... Et je trouve cela très bien, j'aime cela. Et on oublie la culture et l'humour.
    En ce qui concerne le blogue de Madame Gagnon, je n'ai rien contre... C'est quelquefois amusant. Elle m'a demandé si j'avais une dent contre elle? Non, même pas une racine de canine. suite...

  • Lio Kiefer - Inscrit 26 mai 2011 12 h 42

    Faut répondre (suite)

    J'ai bien lu son intro sur les incontournables. J'ai rien contre les incontournables... On a le droit de dire où manger une gelato... mais où ne pas se faire avoir, c'est peut-être utile. Pour un premier voyage, et tu le dis, les gens sont insécures. Alors ne les envoyons pas dans des pièges sans consignes à Florence, Naples, Le Vatican, la Grotte toscane, Venise, etc.
    À mon avis, il faut donner des incontournables avec des réserves ou ce qui n'est pas dans les guides, les voyages organisés et ce qui n'est nullement dangereux. Pour l'Italie et d'autres destinations déjà établies par Mme Gagnon, ce n'est pas de la communication, c'est du copié-collé des incontournables.
    À l'apparition de cette entrée de blogue, Marie-Julie a réagi, et c'est bien. Et m'a signifié que ceux qui lisaient MSN n'étaient pas les mêmes que ceux qui lisent Le Devoir. Avec les blogues, je n'en suis pas sûr. Au sujet de l'allusion à laquelle tu adhères à savoir que les gens qui n'ont jamais voyagé, etc. je réponds: quelqu'un qui n'a jamais lu... tu lui suggères Harlequin ou tu lui donne d'autres titres mais avec des aides.
    Pour ce qui est des commentaires méprisants, c'est ta lecture.
    Pour faire le même métier, je suis plus auteur que soi-disant journaliste. Au Devoir et ailleurs en radio télé, je suis un électron libre. Mon rédacteur en chef n'est pas directeur des ventes. Tu dois en savoir quelque chose avec les publications que tu fréquentes. Autre point important, je ne survis pas dans ce métier pour être invité par les officines de tourisme, compagnies aériennes ou autres hôtels si bons et si beaux.
    Pour Travelocity et TripAdvisor, c'est le même combat... on est là pour vendre.
    Voyager, c'est promener son rêve disait le poète, ce n'est pas suivre les pubs.