Dans les bois de Lanaudière

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Photo: Cynthia Tessier

Régulièrement, je vous invite dans la région de Lanaudière. Pour plusieurs raisons: j'y habite; on n'en parle pas ou peu, si ce n'est du point de vue météo; et, ici, tout se passe dans les bois. Juste avant Noël, quelques adresses, dont celle d'un jeune homme qui parle aux noeuds du bois...

Et comme cela vient d'arriver, on va le dire. Les motoneigistes de Lanaudière n'auront pas à se saisir des faux, des fourches et des fusils des agriculteurs.

J'ai cru revivre (par médias interposés) la saga de Jacquou le Croquant. Des paysans en colère contre le seigneur tentaculaire. Je mettais Charest dans le rôle du seigneur de Nansac et les motoneigistes à bord de diligences qui pouvaient se faire lapider au coin d'une ferme. Mais rien n'y fit... On est ici, paraît-il, au pays de la motoneige et les utilisateurs ont le droit, depuis des décennies, de donner la frousse aux chevreuils et de donner la chiasse à un ours dans l'exercice de ses fonctions de taverne. En parlant de taverne, je vois souvent, pendant l'hiver, des hordes de casqués gantés devant la Lanterne: haut lieu rawdonnais des poumons gonflés du p'tit-déj', du brunch et de tout ce qui se boit et se mange. 

Pour sortir du bruit et essayer de trouver un peu de sérénité, les bains nordiques de la Source. À flanc de falaise: bain de vapeur, sauna sec, bains tourbillons extérieurs, chutes thermales et nordiques. Massothérapie et bistro santé assurent le reste.

Pour les chiens de traîneaux: Kinadapt.
Pour des promenades dans la neige, à cheval et en carriole traîneau: Sam Calm.
Pour une des seules écoles primaires privées du Québec avec pensionnat: l'école Marie-Anne. Pour des terrains à acheter qui valent la peau des fesses: le Club des Cascades (5 cascades, 1 lac, deux étangs, 12 chevreuils, 1 ours, 3 coyotes, 50 ratons laveurs, 4 castors et, par beau temps, des couleuvres super enjouées).
Pour dormir dans une yourte, c'est chez Makwa.
Pour séjourner dans un arbogîte: Roger l'Ermite.
Pour des glissades, celles de Saint-Jean-de-Matha.
Pour patiner sans aller jusqu'à Ottawa: la rivière L'Assomption, à Joliette.
Pour du ski familial: Ski Montcalm

Sacre à la tronçonneuse

Je sais, le jeu de mots va vous paraître facile....
Et on rencontre toujours les artistes par hasard. 

J'ai rencontré Francis St-Louis un dimanche de novembre, près de l'église et devant le collège Champagneur de Rawdon.

J'ai aperçu un garçon dans la vingtaine avancée, qui maniait de la scie mécanique sur une paroi de bois assise verticalement. Cela prenait les contours d'un oiseau. Le reste de ses oeuvres était dans le gymnase du collège, pour une exposition artisanale.
Une petite tronçonneuse (chain saw) lui servait donc de ciseau à bois...
La chaîne s'énerve, le bois se fend ou s'écarte, le noeud est contourné, le fil du bois se redresse. C'est un combat ou un apprivoisement de la matière.

Malgré son âge, cela fait des siècles que Francis connaît le bois.
Un héritage oral et manuel du grand-père sculpteur, qui lui même tenait cela de son grand-père. Charpentier, menuisier,  patenteux, l'aïeul inculqua les noeuds du bois comme on apprend les mathématiques ou l'orthographe.

Il y a quelques années, Francis se formait au bois rond (construction, décorations, etc.)
Et la dextérité de l'instant mécanique sur le bois lui donna des échappatoires vers la sculpture. On appelle cela un autodidacte de la sculpture à la chaîne.

Ce qui en fait aussi une rareté. Si on trouve de nombreux sculpteurs sur glace, ceux sur bois, dans ce créneau, au Québec, se comptent sur les dents de la scie.
Aux États-Unis, la pratique de cet art est répandu. Il y a des concours en ce sens. D'ailleurs, pour s'équiper mécaniquement, c'est aux États-Unis que se font les achats.

Les matériaux que Francis emploie sont du pin et du cèdre lanaudois. Cela donne des déliés qui ne sont jamais parfaits et jamais pareils. Du bois attaqué au couteau. Un mini massacre à la tronçonneuse (J'y viens).
Chaque scuplture, même si elle se forge sur la thématique ours ou aigle est unique.

Malgré que Francis tire son inspiration de la nature, il est toujours prêt à relever des défis... Je lui ai proposé de faire un Casse-Noisette (pas un écureuil). Il sourit et mitonne des plans, des ébauches.

Les prix demandés sont très raisonnables pour ces unicités forestières. Cela oscille entre 100 $ pour un petit ours et 250 $ pour l'aigle, jusqu'à 1500 $ pour un totem de 12 pieds.

En attendant la consécration, il suit des études de charpentier menuisier, fait partie des sculpteurs de Lanaudière et donne des cours de surf des neiges au mont Saint-Sauveur. Son habitat, hérité de son grand-père, jouxte Ski Montcalm, à Rawdon et lui sert d'atelier extérieur de sculpture.

Pour l'aider à faire se faire connaître sur la scène locale et ailleurs ainsi que dans les salons, et festivals, Francis a sa blonde Cynthia Tessier, une ex de l'Équipe de ski du Québec. Des études de management à l'Université du New Hampshire l'ont écarté des pentes. Mais pour le rêveur et l'artiste qu'est Francis, Cynthia ne glisse plus, elle pense et agit.
En attendant qu'on célèbre le sacre à la tronçonneuse (j'y suis venu)!
Pour contacter Farncis: Sculpture à la chaîne