«Commettre» une robitaillerie

«Cette robitaillerie m'est assez douloureuse.»
Photo: Antoine Robitaile «Cette robitaillerie m'est assez douloureuse.»
Une auditrice de Dutrizac au 98.5, Marie-Thérèse Houle, traductrice de Montréal, me fait des reproches tout à fait justifiés et me compare sur le plan linguistique à… Justin Trudeau, Mélanie Joly et Luc Ferrandez. Ce dernier s'exprime habituellement plutôt bien, mais les deux précédents... Bref, cette robitaillerie m'est assez douloureuse. Je ne la commettrai plus... autant que possible, je le promets, Mme Houle.

«Pourriez-vous m'expliquer votre utilisation du verbe "se commettre" dans la phrase énoncée lors de votre reportage au micro de Benoît Dutrizac, le 11 février dernier autour de 12h30. Contexte: vous parliez du premier ministre Couillard au sujet de l'exploration du pétrole sur l'Île Anticosti. "Il [Couillard] s'était étonné que l'État s'était commis dans cette affaire-là." Ouf! Je crois que vous vouliez plutôt signifier que l'État s'était "engagé". Vous êtes littéralement tombé dans le piège du mot à la mode, "se commettre" à l'instar de Justin Trudeau, repris par Mélanie Joly, Luc Ferrandez et également entendu à la télé ces derniers temps, qui vient, on l'aura deviné, du verbe "to commit" en anglais, signifiant bien "s'engager". Il n'en fallait pas plus pour me faire réagir, une fois de plus. Je ne suis plus capable d'entendre répéter ce mot mal utilisé. Mais, en français, "se commettre" c'est se compromettre. Par exemple: compromettre sa réputation. Bref, c'est souvent se mettre les pieds dans les plats, c'est une erreur. Autrement dit, c'est péjoratif. C'est donc, en quelque sorte, un peu le contraire de ce vous vouliez dire, enfin je crois. Je trouve cette erreur d'une gravité, venant d'un journaliste comme vous.  De toute évidence, vous ne semblez pas connaître la définition du verbe "se commettre" en français. Bizarre! Plus étonnant encore, c'est de constater que beaucoup de gens ne vérifient pas la signification d'un mot avant de l'utiliser. Je me fais ici un peu prêchi-prêcha, mais de grâce, gare aux mots à la mode.»
8 commentaires
  • Pierre Mackay - Abonné 8 mars 2016 19 h 32

    Commettre une erreur, est-ce une faute ?

    M. Robitaille, vous vous commettez avec les Trudeau et Ferrandez de ce monde, c'est du joli !

    http://www.cnrtl.fr/definition/commettre

    − Emploi pronom. réfl. Se commettre avec qqn ou qqc.Entretenir des relations compromettantes ou déshonorantes. En évitant de me commettre avec les ennuis et de prendre acte de leur existence, je ne les supprime pas (Amiel, Journal intime,1866, p. 511):
    3. Mais je me sentais fort éloignée de la plupart de ces étudiants avec qui je me commettais : la liberté de leurs mœurs m'effarouchait. S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 241.

  • Pierre Cantin - Abonné 8 mars 2016 19 h 52

    Un petit subjonctif ?

    Le verbe «s'étonner» ne commanderait-il pas l'emploi du subjonctif dans la subordonnée ?

  • Pierre Lincourt - Abonné 8 mars 2016 21 h 06

    Un autre langagier frappe

    Bonjour Monsieur Robitaille,
    À mon avis, vous écrivez et parlez bien (y compris avec vos deux compères à Dutrisac [Dutrizac?] l'après-midi). Mais puisque vous semblez accepter de bonne grâce les critiques fondées, j'aimerais souligner deux autres faiblesses relevées lors de la même émission, faciles à corriger, mais combien répandues : il faudrait utiliser la virgule au lieu du point pour les décimales (ex. 9,2 neuf virgule deux au lieu de 9.2 neuf point deux [nine point two]) et parler de constitution en société ou en personne morale au lieu d'incorporation [anglicisme tenace].
    Au plaisir de vous lire et de vous écouter,
    Pierre Lincourt
    Traducteur retraité

  • François Grenier - Abonné 8 mars 2016 21 h 26

    La proie pour l'ombre

    En toute candeur, c'est l'absence du subjonctif qui me paraît fautif dans votre phrase. Il eut fallu dire « (...) que l'État SE SOIT commis (...) ». Car, en ce qui concerne le dossier Anticosti, il est évident que le gouvernement de Pauline Marois s'est compromis dans cette affaire-là (sic). Tout comme les Lucides ont commis un papier en faveur de l'exploitation des supposées réserves d'hydrocarbures d'Anticosti sous prétexte de se préoccuper des générations futures, sans d'ailleurs les consulter avant de dilapider leur héritage, et tout en leur laissant le fardeau d'un rédhibitoire déficit écologique au nom d'un illusoire et chimérique équilibre budgétaire.

    Votre honneur est sauf, Monsieur Robitaille. Et rassurez-vous... vous n'êtes pas digne de figurer dans votre propre palmarès.

  • Daniel Gagnon - Abonné 9 mars 2016 07 h 49

    Le grand commis en fidéicommis!

    Monsieur Couillard est le grand commis, mais l'est-il sans être le grand compromis?