​Adresse solennelle à Lucie Charlebois

La ministre Lucie Charlebois
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La ministre Lucie Charlebois
On le sait, Lucie Charlebois, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, manque d’adresse avec la langue française. Car elle répète une formule extrêmement contagieuse (sorte d’Ebola linguistique), autrefois courante dans la bouche de son ministre en titre, Gaétan Barrette : « adresser une problématique ».

L’expression fautive semble avoir colonisé son cerveau. Dans un point de presse, mardi, elle n’a cessé de cracher le microbe :

« J’adresse la problématique ici du Centre jeunesse Laval puisque c’est celle-ci qui est relatée souvent par les médias. »

« De plus, mes collègues et moi […] vont adresser les problématiques de prévention, d’accompagnement des victimes, de leurs familles. […] On va travailler à faire en sorte que nous adressions la problématique de façon plus globale. »

« Bien, premièrement, ce n’est pas un rapport, c’est un état de fait des consultations […] On n’adressait pas la problématique des jeunes fugueuses. »

« Dans le plan d’intervention global, on va adresser pas juste la problématique des jeunes filles en centre jeunesse, là, on va adresser la problématique des jeunes filles et des jeunes garçons […]. On va adresser ça aussi dans les milieux familiaux. »

« Alors, moi, là, je veux juste vous dire que ce qu’on adresse aujourd’hui, c’est les jeunes filles. »

Permettez maintenant, cher lecteur, que je m’adresse à Mme Charlebois :

On n’en peut plus. Et on vous en implore : arrêtez d'adresser ainsi n’importe quoi n’importe comment. Comme ministre, vous devez donner l’exemple, promouvoir les « saines habitudes linguistiques » !

Lisez, s’il vous plaît, l’article de la Banque de dépannage linguistique sur « adresser ».

« En français, […] On dit par exemple adresser une lettre, adresser des critiques, adresser des compliments, adresser la parole à quelqu’un. Adresser signifie aussi "diriger quelqu’un vers la personne qui convient", par exemple adresser un malade à un spécialiste. Et s’adresser à quelqu’un signifie "parler à quelqu’un". »

Si vous le souhaitez, on peut vous faire parvenir une copie par la poste. Quelle est votre adresse ?
13 commentaires
  • Gaston Deschênes - Abonné 10 février 2016 19 h 27

    On s'ennuyait...

    Au point de s'imaginer que nos députés et ministres s'étaient tous transformé en académiciens. Mais non.

  • Jacques-Olivier Brassard - Abonné 11 février 2016 00 h 51

    Élocution problématique

    Pour ce qui est de la précision de la langue, on pourrait dire qu’elle manque d’adresse. Faute d’être de gauche, plusieurs ministres libéraux démontrent ainsi qu'ils sont gauches.

    Cette fâcheuse tendance qu’on constate si souvent qui consiste à utiliser le mot « problématique » au lieu du mot problème me semble un effort ridicule pour « se tirer un rang » en utilisant un mot de cinq syllabes au lieu de trois.

  • Sylvie Bazinet - Inscrite 11 février 2016 01 h 43

    Quelle adresse !

    Bravo pour votre texte, M. Robitaille.

    Vous auriez pu vous adresser de la même manière à notre cher Justin Trudeau qui semble infecté du même virus...

  • Anne-Marie Allaire - Abonnée 11 février 2016 04 h 36

    Ouf

    Il était temps de faire le point car la Ministre n'est pas la seule a ne pas savoir ou loge la langue francaise

  • Sylvain Mélançon - Inscrit 11 février 2016 06 h 59

    Quoi dire - quelques suggestions.

    Il ne suffit pas M. Robitaille de dire à Lucie Charlebois quoi ne pas dire.

    Tout d'abord, une problématique est un ensemble de problèmes dont les éléments sont liés. Des problèmatiques seraient donc des ensemble de problèmes dont les éléments sont liés. Ouf ! Problématique n'est pas non plus un synonyme de problème.

    Ensuite, la façon dont Mme Charebois utilise le mot adresser est clairement un anglicisme.
    Il vaut mieux dire aborder, approcher, ou même résoudre.

    Exemples:
    Aborder le problème du Centre Jeunesse Laval
    Aborder la problématique de la prévention, de l’accompagnement des victimes, et de leurs familles.
    Résoudre la problématique de façon plus globale.
    Approcher la problématique des jeunes fugueuses.
    Ne pas seulement aborder la problématique des jeunes filles en centre jeunesse
    Examiner la problématique des jeunes filles et des jeunes garçons […].
    On va aussi aborder cela dans les milieux familiaux.
    .. ce sur quoi on se penche aujourd’hui, c’est la situation des jeunes filles.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 11 février 2016 18 h 19

      M Mélançon, merci pour votre texte éducatif.

      Cependant, le rôle d'un journaliste n'est pas d'éduquer des personnes mais de les informer. En ce sens, M Robitaille a bien fait son boulot, et vous avez bien fait le vôtre.