En français, s'il vous plaît

Pierre Karl Péladeau, chef du Parti québécois
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Pierre Karl Péladeau, chef du Parti québécois
L'essayiste Jean Larose est impitoyable. Il publiait dans nos pages récemment un texte vindicatif intitulé «Quand l'appel au pays tombe à plat».

Le sujet, entre autres choses? La piètre maîtrise du français de plusieurs des têtes d'affiche souverainistes, entendus le fameux soir du 7 avril 2014. Par rapport à la langue sinueuse, mais impeccable de René Lévesque, il y a, se plaignait Larose, un «affligeant contraste». Parlant des Drainville et Péladeau entre autres, il écrit: «Soi-disant défenseurs de la langue française, ils se montrent pitoyablement incapables de l’illustrer. Ils bafouillent à grands cris — d’autant plus véhéments qu’ils n’ont visiblement pas prévu quoi dire dans la défaite, pourtant prévisible. Ils ont perdu les élections, cela arrive. Mais il devient soudain manifeste qu’ils ont aussi, et depuis longtemps, perdu autre chose: la langue qui crée la foi.»

Malheureusement, Mots et maux confirme ce constat implacable. Il suffit de transcrire les phrases du nouveau chef du Parti québécois.

Questionné lundi au sujet de la commission parlementaire chargée d'étudier le rapport du Commissaire à l'éthique, M. Péladeau multiplie les phrases bancales et la gibelotte: «Alors c'est de ça dont il s'agit.»  La qualité de la langue, ce n'est pas que fioritures! C'est surtout affaire de précision. Or, M. Péladeau voulant prévenir ses adversaires que cet exercice ne devait pas être «instrumentalisé» à des fins politiques, a tenu des propos ambigus, menaçants: «Si maintenant on décide de faire autre chose et qu'effectivement, on l'instrumentalisme politiquement, bien le cas échéant, ce seront ceux et celles qui auront décidé de s'engager dans cette direction qui auront à subir les conséquences des gestes qu'ils posent.»

Quelles conséquences? Que veut-il dire exactement? Un peu plus et cette phrase mal forgée, qui a sans doute dépassé sa pensée, lui valait une accusation de violation de privilège parlementaire!

Par ailleurs, dans la mêlée de presse, il insiste: rien n'oblige le chef d'opposition à créer une fiducie sans droit de regard pour y déposer ses actifs. Mais voilà comment il l'exprime: «Je ne suis pas obligé d'être assujetti.» Il ajoute que «Le processus poursuit son cours.» La commission qui se tient mardi est-elle vraiment nécessaire? Il répond : «Oui elle est nécessaire parce que c'est "mandatoire" —permettez-moi l'expression— dans la loi.» On a envie de répondre : «Non! non on ne vous la permet pas, cette expression!»

Puis le chef péquiste est questionné sur l'affaire Bugingo. Gibelotte totale, encore: «C'est une situation qui nous porte à réfléchir sur les moyens à mettre en place — si moyens il y a —parce qu'honnêtement, je ne vois pas comment on peut éventuellement trouver des solutions. Il y a toujours des problèmes qui vont naître de certaines circonstances.»

Cela donne mal aux oreilles. Puis les journalistes l'amènent sur les 20 ans du départ des Nordiques. Ça se gâte encore! «Je ne suis pas au courant de tous les tenants et aboutissants qui ont amené à la vente des Nordiques.» Il en rajoute avec une dernière réponse digne des lessarderies ou autres leclaireries:  «C'est certain qu'à l'époque, il y avait le début d'un rehaussement d'un certain nombre de considérations, dont notamment les localisations. Et il y avait des questions qui ont notamment été mises en place, dont notamment le plafonnement des salaires qui n'existait pas à l'époque. Est-ce que, tsé, si les Nordiques étaient restés à Québec… ce qui pouvait être le cas échéant des éléments qui plombaient leur rentabilité auraient pu disparaître et permettre aux Nordiques de vivre correctement et adéquatement. C'est toujours un petit peu facile… ça fait gérant d'extrade de se remette 20 ans avant.»

À ce moment, vous en conviendrez, on a envie d'imiter un geste célèbre de M. Péladeau et de lancer un «en français s’il vous plaît» bien sonore.
10 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 27 mai 2015 19 h 01

    Qualité ou présence

    Le problème du français au Québec, c'est la prédominance de l'anglais. De plus, on sait tellement bien l'anglais qu'on finit par penser en anglais...

    Quant à une phrase du style «c,est de cela dont il s'agit», elle semble de plus en plus fréquente. Tout comme le «bon matin».

  • Daniel Gagnon - Abonné 28 mai 2015 09 h 43

    À quoi bon devenir indépendant si on disparaît?

    Que dire?

    Peut-on faire l'indépendance en anglais, c'est la question, to be or not to be, en français ou en anglais?

    Ou mieux encore, entre deux chaises, dans un charabia de « gérant d'extrade»...aux commandes d'un gouvernement « mandatoire qui poursuit son cours... »!!!

    Que deviendrait l'indépendance si, comme le dit Monsieur Péladeau, « il y avait le début d'un rehaussement d'un certain nombre de considérations »...?

    Être indépendants à quel prix? Voilà le problème exprimé (trop clairement dans sa confusion) par le nouveau chef Péladeau:

    « Ce qui pouvait être le cas échéant des éléments qui plombaient leur rentabilité auraient pu disparaître … »

    À quoi bon devenir indépendants si nous n'existons plus?

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 mai 2015 11 h 47

      Les Irlandais ont bien perdu leur langue et regagné leur indépendance, et les Écossais sont en bonne voie pour leur emboîter le pas...

    • Jacques Boulanger - Inscrit 29 mai 2015 16 h 17

      Voilà, M. Auclair, j'ai eu la même réflexion. Mais le Québécois pourrait aussi devenir une langue «autochtone» de plein droit.

  • Gilles Théberge - Abonné 28 mai 2015 11 h 44

    Quelles conséquences? Que veut-il dire exactement?

    Il veut dire que le peuple parlera. Même si Antoine Robitaille et quelques autres vont chercher des poux sans relâche jusqu'au milieu même d'un bloc de basalte...

    • Éric D'Alo - Inscrit 29 mai 2015 09 h 02

      M. Robitaille ne cherche pas de poux. Un chef de parti, voire peut-être un futur premier ministre du Québec se doit de maitriser la langue nationale.

      Le libéral Bolduc était un piètre communicateur de notre langue et on ne se gênait pas pour le lui rappeler. PKP ne pourrait pas passer par le même exercice?

  • Sylvain Auclair - Abonné 28 mai 2015 11 h 49

    Le Québec fonctionne-t-il vraiment en français?

    Extrait de mon blogue (15 mais 2015)

    La semaine dernière, j'ai dû passer des tests dans une clinique privée, à Montréal. Tout s'est heureusement passé en français, avec un médecin puis un technicien parlant parfaitement le français. Néanmoins, la commande de tests avait été remplie par le médecin sur un formulaire en anglais, et le technicien a ajouté ses commentaires aux images en anglais seulement. Quand je l'ai interrogé à ce sujet, il m'a dit que c'était pour le radiologiste.

    Existe-t-il au Québec des radiologistes qui ne parleraient que l'anglais? Qui ne connaitraient pas le mot français _vessie_? Ce serait étonnant, vu que la connaissance de la langue officielle est requise de tous les membres de ordres professionnels, et ce depuis l'adoption de la Charte de la langue française, il y a de cela près de 40 ans. Alors comment se fait-il qu'une clinique médicale, fût-elle privée, fonctionne en anglais? Je parie que, si je demande à consulter mon dossier médical, celui-ci sera écrit en anglais et que, si j'exigeais qu'il me soit communiqué dans la langue officielle, celle dans laquelle il aurait dû être écrit dès le départ, cela occasionnera des délais et des sourcils froncés, comme si je demandais la Lune.

    De plus, à l'intérieur de la clinique, tout l'affichage, même _celui destiné aux employés_, était en français et en anglais. On avait par exemple la boîte _à classer / to file_. Y aurait-il dans cette clinique des employés qui ne maitriseraient pas le français? Il me semblait que cette manie du bilinguisme (souvent à sens unique, d'ailleurs) était révolu depuis 1977.

    J'imagine que, vu que je n'ai pas été personnellement lésé par tout cela, je ne peux pas porter plainte auprès de l'Office de la langue française. Après tout, je ne connais même pas le nom du radiologiste qui va regarder les images qui ont été prises.

  • Denise Lauzon - Inscrite 28 mai 2015 16 h 33

    Le problème majeur avec le français parlé


    en temps que chef du PQ, M. Péladeau devrait se payer les services d'un "coach" privé pour l'aider à mieux s'axer imper. D'ailleurs, il en a les moyens car s'il prévoit rester plusieurs années en politique, il risquera moins d'être cité dans Mots et maux de la politique.

    Cependant, je pense que la majorité des québécois ont un problème d'élocution et la meilleure façon de remédier à cette situation serait d'introduire dans le curriculum scolaire des cours/ateliers dans lesquels diverses actvités axées sur la communication verbale seraient proposées aux jeunes telles que: le théâtre d'impro, des débats amicaux sur toutes sortes de sujets, des jeux de société, la lecture d'articles de journaux suivie par des discussions par équipe, etc. Il est évident que d'enseigner le français seulement à partir de la théorie, que cela ne fait pas de grands communicateurs. Aussi, le genre d'activités ci-haut mentionnées aideraient grandement à faire tomber les malaises et les préjugés qui tant de jeunes subissent et qui se traduisent souvent par de l'intimidation.