Anti-inflammatoire linguistique, SVP

<em>«Ce genre de propos sont inflammatoires»</em>, a lancé le premier ministre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Ce genre de propos sont inflammatoires», a lancé le premier ministre.
Philippe Couillard a, on en convient, une bonne maîtrise de la langue française. Mais le premier ministre n'est pas infaillible. Le 17 mars 2015, à l'Assemblée nationale, un «faux ami» s'est glissé dans une de ses phrases: «Ce genre de propos sont inflammatoires», a-t-il lancé. Contrairement à l'anglais «inflammatory», le français «inflammatoire» ne peut qualifier des termes, des propos, des paroles. «Inflammatoire», en français, c'est pour une allergie, pour l'arthrite, une fièvre, une lésion, une maladie, etc. Par exemple, on pourrait dire que le français contemporain, au Québec, mais aussi en France (pensons à l'épidémie du terme «attractif»), est atteint d'un «faux-amiïte inflammatoire chronique». Vite, sortez le Voltaren linguistique!

La nouvelle Directrice générale des Élections Lucie Fiset en aurait besoin elle aussi. Lors d'une conférence de presse où elle présentait le nouveau projet de Carte électorale du Québec, Mme Fiset a déclaré ce qui suit: «À Laval, un seul ajustement est apporté, impliquant deux circonscriptions électorales, soit Chomedey et Fabre. L'objectif est d'éviter que Chomedey ne dépasse, au cours des prochaines années le seuil maximal prévu par la loi. Donc, un secteur résidentiel de Chomedey, situé à l'est de l'autoroute 13, est déplacé vers Fabre.»

Ceux qui l'ont entendue se sont demandé s'il n'y avait pas là une nouvelle circonscription, car Mme Fiset prononça «Chum-dee». Comme s'il s'agissait d'un nom anglophone. (On peut l'écouter ici ou lire les interventions à la conférence de presse ici)

Manifestement, il s'agissait d'une autre sorte de «faux ami»! Le «Chum-dee» était un «faux chum»! Car il semble en 2015 qu'on doive rappeler, même à la DGE, que Chomedey, c'est, évidemment… nul autre que le fondateur de Montréal, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve.
6 commentaires
  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 9 avril 2015 02 h 30

    conjugaison

    Monsieur Robitaille, je vous lis et l'idée me vient de vous transmettre "le" problème qui me préoccupe depuis un certain temps. Il s'agit de cette énorme erreur de conjugaison lancée par des policiers porte-parole de leur profession. Depuis 2 ou 3 ans, ils ont commencé à dire ceci : les témoins "seront" rencontrés ou le suspect "a été" rencontré etc. Ignorant que le verbe rencontrer ne se conjugue pas avec l'auxiliaire être, ils ont semé une graine que les journalistes de la presse écrite autant que des médias électroniques se sont empressés de cultiver. Radio-Canada ainsi que les autres postes télé, Le Devoir, La Presse et autres médias, collaborateurs, tout ce beau monde répètent à qui mieux mieux la même erreur. C'est ahurissant de constater à quel point l'oreille et le mimétisme font rapidement leur oeuvre. Je suis âgée, j'ai lu des tonnes de livres, j'ai travaillé l'écriture et jamais je n'avais entendu ou lu pareille chose, mais mon oreille de musicienne veillait, me permettant de saisir cette tournure fautive. Je veux partager mon observation avec quelqu'un qui, je l'espère, pourra faire quelque chose. Comment ramener tous ces gens à l'ordre alors qu'on assiste à un véritable ras-de-marée ? Je vous remercie et j'apprécierais beaucoup avoir votre opinion.

  • Daniel Gagnon - Abonné 9 avril 2015 03 h 38

    Crise aiguë d'anti-couillardise...

    Le docteur premier ministre n'a pas une politique ininflammable, il devrait se méfier, son austérité sélective est en train de provoquer une réaction allergique inflammatoire aiguë d'anti-couillardise et le seul antidote est la démission.

  • Anne-Marie Allaire - Abonnée 9 avril 2015 06 h 14

    Normal pour Couillard

    c'est un médecin!

  • Christian Montmarquette - Abonné 9 avril 2015 07 h 19

    Ou est le «Chum-dee». de Mme Fiset?

    Cher Monsieur Robitaille,

    - Vous n'allez quand même nous demander de nous taper les «47 minutes!» de cette platitude vidéo, pour pouvoir finir par obtenir l'ultime jouissance du privilège d'entendre notre nouvelle DGE nationale prononcer son fameux «Chum-dee» en question, alors qu'une simple note de timing règlerait le problème?

    Merci d'avance,

    Christian Montmarquette

  • Louis-Marie Poissant - Abonnée 9 avril 2015 08 h 24

    Un Voltairien linguistique?

    Les yeux m'ont fourché et j'ai lu un voltairien linguistique. Je me suis dit qu'il nous faudrait un Voltaire de la langue...