Couillard, à la Federer

Dans la conversation de tous les jours, l'emploi de l'imparfait du subjonctif est périlleux —à part peut-être pour Yves Michaud.  Imaginez au Salon bleu, en réplique aux attaques féroces des groupes d'opposition!

Tel le joueur de tennis Roger Federer tentant son fameux passing-shot entre les jambes en pleine finale d'un tournoi, le premier ministre Philippe Couillard a osé ce temps de verbe malheureusement peu utilisé, mercredi matin.

Le chef de l'opposition, Stéphane Bédard, l'avertissait: «Demain, M. le Président, nous présenterons une motion de censure pour que les masques tombent»

Réplique de Philippe Couillard : «Effectivement, il aurait fallu qu'ils tombassent avant, ces masques, puisqu'on aurait alors su qu'il y avait 5,8 milliards de déficit pour l'année en cours», où le Parti québécois était au pouvoir.

Puisque nous faisons ici un blogue linguistique, passons sur le fond (il y aurait sans doute beaucoup à dire…) et concentrons-nous sur la forme. «Il aurait fallu qu'ils tombassent», c'est de l'imparfait du subjonctif réussi.

Croisé dans le couloir au sortir de la période de questions, M. Couillard a avoué avoir eu des sueurs froides cependant: «Le premier temps de verbe doit être le bon! J'ai un peu hésité.» (on peut le constater ici )

En effet. Dans sa phrase, le verbe falloir était au conditionnel passé. Cela commandait —ou permettait— l'emploi de l'imparfait du subjonctif pour le second. Car il y a là «action incertaine, non réalisée au moment où le locuteur s'exprimait».

Mais je m'interroge: n'eût-il pas été plus précis que le premier ministre utilisât le conditionnel passé deuxième forme? Cela aurait donné: « Il eût fallu qu'ils tombassent avant, ces masques»? J'eusse voulu vous consulter auparavant, cher lecteur, mais encore eût-il fallu que je susse que le premier ministre allait taper une telle balle linguistique entre ses jambes.


 
17 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 26 novembre 2014 23 h 22

    Comique mais...

    ...celà montre à quel point notre cher p-m, considère la langue française.

  • Jacques Baril - Inscrit 27 novembre 2014 00 h 21

    En cette ère de littératie(!)

    Finalement, c'est vrai que le français n'est pas un idiome facile. (!) «Il «mue», «tétée facile» de... «comme mettre»... heu! de me tourner, cette fois, la langue dans la «...(ouche!)» avant de me taire.» (!) Misère. Discours amphigouriques des «minisses» et phrases «amphibologiques» qui fusent de toutes parts. Encore 4 ans. M'enfin. Gageons qu'en fin de parcours nous allons tous réussir l'examen uniforme. Mouarf!

  • alain petel - Inscrit 27 novembre 2014 05 h 08

    Ça alors !

    Comment ussiez-vous voulu que nous le sussions, Antoine ?

  • Jean-François Trottier - Inscrit 27 novembre 2014 08 h 01

    En effet...

    ...il eût mieux valu qu'il s'exprimasse ainsi mais pour des raisons de consonance seulement. L'un et l'autre sont des formes de conditionnel passé, donc pas de faute.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 novembre 2014 10 h 17

      Erreur: il eût mieux valu qu'il s'exprimât...
      Il aurait été préférable que vous consultassiez un ouvrage de référence...

    • Jacques Baril - Inscrit 28 novembre 2014 19 h 00

      «[...] «fallu» [...]» M'enfin.