Philippe-flop, comme girouette?

Philippe Couillard, en une du <em>Devoir</em> en 2005, époque où il était une Fatima pour son chef, Jean Charest.
Photo: Philippe Couillard, en une du Devoir en 2005, époque où il était une Fatima pour son chef, Jean Charest.

«Philippe-Flop», le nouveau surnom du chef Philippe Couillard, conçu par Don Macpherson de The Gazette, a eu un succès instantané dans la classe politique, jeudi dernier. Sur Twitter, les péquistes et leurs sympathisants ont créé un mot-clic, #philippeflop. Sur le même réseau, Don Macpherson a même regretté ne pas avoir inscrit de «copyright» pour le néologisme.

En entrevue EXCLUSIVE avec Mots et Maux™, Benoît Melançon ajoute :«Si le mot marche si bien — et il marche parfaitement —, c'est aussi pour des raisons d'euphonie; dans «flip-flop», il y a déjà, presque, «Philippe-flop». C'est génial pour l'oreille.»

Dans Philippe-flop, on entend évidemment flip-flop. Certes, en anglais, ce terme signifie sandales flexibles de type «babouche» ou «tong», en jargon franchouillard; «gougoune» en québécois.

Mais c'est en politique américaine qu'on l'utilise — en référence au salto, mouvement de gymnastique bien connu — pour désigner une volte-face, un changement de cap ou d'idée.

En français, on dit souvent qu'«il n'y a que les fous qui ne changent jamais d'idée». Avec flip-flop, et par extension Philippe-flop, c'est l'inverse. C'est le politicien qui change d'idée qui a l'air fou! Il s'agit plutôt, ici, de condamner l'opportuniste sans conviction, qui change d'idée au gré des vents dominants.

Jeudi, les élus péquistes — qui ont pourtant changé leur fusil d'épaule souvent depuis le 4 septembre 2012 — s'en sont donné à cœur joie au parlement. Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, fut le premier à référer à l'invention de Macpherson: «Moi, j’aimerais savoir ce que les libéraux vont faire lorsque Philippe Couillard va être ici, Philippe Couillard qui appuyait l’assurance autonomie, M. le Président. J’ai hâte de voir votre position à vous par rapport à la position de votre chef. Peut-être assisterons-nous à un autre Philippe-flop de M. Couillard qui va changer encore d’avis.»

Le ministre des Finances Nicolas Marceau, habituellement peu vindicatif, a dressé avec une certaine mauvaise foi une liste des changements de cap du chef libéral : «Je crois que tout le monde a été stupéfait d’entendre ce que M. Couillard avait à dire, hier, effectivement un beau «Philippe-flop», comme le disait mon collègue de… En fait, les «Philippe-flops», c’est rendu habituel, que ça soit sur la question du tchador, quant au choix de sa circonscription, les élections à date fixe et maintenant sur l’équilibre budgétaire, M. le Président. Des «Philippe-flops» à tous les mois, M. le Président.»

Si Philippe-flop a autant de succès du côté péquiste, c'est aussi parce que dans l'expression, on entend «FLOP». En «argot des spectacles» — et sous l'influence de l'anglais — nous dit le Petit Robert, flop signifie «échec» et a pour synonyme «bide» et «four». Lionel Meney, dans son Dictionnaire québécois-français, ajoute le synonyme «fiasco».

Étant donné cette charge négative, le terme sera-t-il inscrit au fameux lexique des termes anti-parlementaires, comme le «girouette» que Jean Charest avait accolé à la réputation de Mario Dumont?

Ce ne serait pas surprenant. Tout dépendra de la décision du président Jacques Chagnon. Peut-être résistera-t-il à engraisser une liste déjà trop longue, puisque pour l'instant, la cible du quolibet n'est pas un député de l'Assemblée nationale. Mais après son entrée en chambre en début de session parlementaire en 2014? Peut-être.

Chose certaine, si elle était frappée d'interdiction, l'expression devrait être intégrée, dans le «grand livre» des décisions de la présidence de l'Assemblée nationale, entre les termes…
«Petits amis du Parti libéral empochent (les)», phrase qui a été mise à l'index en 2004 par nul autre que Michel Bissonnet (ami et successeur de Frank Zampino) et  «Pickpockets», qui fut banni par Raymond Brouillet en décembre 1996. Tout seul, le mot «flop», lui, s'insèrerait entre «Fin finaud» …et «Flouer les citoyens.»

Mots et Maux™ veille et vous tiendra informés de la suite.
3 commentaires
  • Normand Carrier - Abonné 26 novembre 2013 07 h 02

    Tout concorde .....

    Monsieur Couillard a le prénom idéal pour créer une consonnance parfaite avec flip-flop ... Je simplifierai l'expression Philippe-Flop pour tout simplement Phil-Flop ... Un peu de familiarité avec ce grand intellectuel serait de mise ...

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 26 novembre 2013 07 h 40

    Trop facile

    Blaguer sur le nom ou le prénom de quiconque est facile. Les possibilités sont infinies. Si je ne connais aucun député du nom de Tur-bide, que dire, par exemple de Jean-Marc Four-nier?

    Desrosiers
    Val David

  • Normand Ouellet - Inscrit 28 novembre 2013 08 h 27

    L'extension de la cour d'école

    Il est vrai que nous gardons tous au fond de nous, notre petit enfant, le gamin ou la gamine immature qui peut parfois être méchant et, qui a la faculté spontanée de l'émerveillement. Nos grands "poliéthiciens" ne sont pas différents.

    Dans l'arène de la cour d'école, affliger, de façon persistante, un compagnon de classe d'un surnom avec des connotations négatives, c'est de l'intimidation ou du harcèlement. À la cour de la monarchie institutionnelle, les jeux de clan sont le principal passe temps qui obnubile l'esprit dans une logique de guerre d'images. Ces joutes poliéthiciennes sont souvent dépouillées de substance et elles nourrissent le cynisme des citoyens à l'égard de la classe politique.