Collection de perles de mémoires

Sylvain Roy, député péquiste de Bonaventure.
Photo: Clément Allard -Le Devoir Sylvain Roy, député péquiste de Bonaventure.

Il arrive que nos élus aient fait de longues études. Souvent, ils ont rédigé un écrit long, de type mémoire de maîtrise ou thèse de doctorat. Ceux-ci comportent des perles et c'est pourquoi nous ouvrons aujourd'hui une nouvelle catégorie de notre blogue : Mémoires de député. Oui, il y a un clin d'oeil narquois à la série du même nom au canal de l'Assemblée nationale. 

Exemple : on se souviendra de Jean-Marc Fournier, aujourd'hui chef par intérim du Parti libéral, qui avait déposé un mémoire de maîtrise en 1991. L'écrit contenait une critique virulente et étoffée de la formule d’amendement de la constitution de Pierre-Elliott Trudeau. (je l'avais souligné ici).

Depuis 1982 et encore plus avec l'échec de l'Accord du Lac Meech de 1990, M. Fournier soutenait que l'union canadienne était dans un «cul-de-sac» car c'est «la méfiance [qui] la caractérise». Il fallait à son sens fustiger «les tenants de l’union à tout prix ceux qui admirent la hauteur des Rocheuses et l’étendue des Grands Lacs».

Seule une assemblée constituante, soutenait-il, pouvait sauver ce pays éprouvé par le «coup de force» de 1982: «On "canadianisera" véritablement la Constitution, le jour où un consensus s’établira dans les cinq régions du pays et dans les deux territoires, sur ce que devraient être nos intérêts communs, sur les fins que doit poursuivre l’autorité fédérale. Si on se prête à cet exercice de façon sérieuse et généreuse, cela ne peut être que profitable. Dans l’hypothèse où aucun consensus ne se dégagerait et où il faudrait alors conclure à l’impossibilité pour cette union de durer, il faudrait la rompre. Il ne faut pas craindre cette éventualité. Il ne faut surtout pas éviter de faire l’exercice en raison de cette éventualité. Si cette hypothèse se concrétise, la rupture ne sera que plus aisée si elle découle d’un examen sérieux des avantages et des inconvénients de l’union canadienne, si elle est la conséquence d’un constat non partisan et objectif qu’aucun intérêt commun ne retient certaines régions au sein de cette union»

Le moins qu'on puisse dire, c'est que depuis la fin de ses études, M. Fournier a changé son analyse du Canada.

Le député de Bonaventure Sylvain Roy

Au bureau du Devoir, nous venons de recevoir le mémoire du nouveau député péquiste de Bonaventure, Sylvain Roy, présenté récemment par ma collègue Jessica Nadeau dans les pages du journal.

C'est un mémoire en sociologie à l'UQAM, déposé en 1992. Le travail a été supervisé par Jacques Mascotto et s'intitule: «Les manipulations du corps ou le dernier stade du nihilisme (Vers la fin de l'histoire)». La première phrase de l'introduction est savoureuse tellement elle a des parentés avec les générateurs automatiques de bullshit post-moderniste. (Merci à Paul Journet pour le filon!)

Citons M. Roy : «Réfléchir sur les conditions du corps humain, c'est avant tout réfléchir sur sa destinée et son devenir. Certes, ceci peut sembler vouloir aboutir à une volonté de prophétisation, car parler d'un futur est toujours d'une certaine manière spéculer, mais à quoi bon réfléchir sur le passé et le présent si l'on ne peut, au nom de la sacro-sainte objectivité, faire des hypothèses sur le futur

La phrase qui suit a quelque chose de comique aussi : «Le corps humain sera vu, dans le présent essai, comme la balise d'une réalité qui nous échappe, de quelque chose qui se passe sous notre "nez" sans que nous le sachions. Une réalité qui, de plus en plus difficile à cerner d'autant qu'elle est de plus en plus périlleuse, demandera une analyse profonde et minutieuse.»

Je continue ma lecture et je vous réécris dès que je retombe sur une perle. En attendant, si vous traînez dans une bibliothèque universitaire et avez envie de fouiller la prose d'un de nos élus puis de communiquer vos découvertes à Mots et Maux™ , n'hésitez pas!

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