«S'asseoir», verbe de l'heure au Québec!

Comme Benoît Melançon le souligne depuis quelque temps dans son excellent blogue L'Oreille tendue, le verbe «s'asseoir avec» remplace de plus en plus souvent «se parler» ou «avoir des pourparlers» ou même négocier, au Québec. Par exemple, la ministre Line Beauchamp va finalement «s'asseoir avec les représentants étudiants» en fin d'après-midi.

Deux exemples tirés de mon journal :

«Sécurité de la vieillesse: Bachand va s’asseoir avec Ottawa».

«Moscou refuse de s'asseoir avec Tbilissi».

Déjà, dans son «Dictionnaire du québécois instantané», Melançon écrivait : «Asseoir (s' -) : Parler. Dans toute bonne négociation, on s'assoit autour de la table* avec un petit* café* et on échange*.» (p. 20)

Plus récemment, il faut lire les quelques entrées (plus récentes) de L'Oreille tendue dans lesquelles M. Melançon décortique la vogue du «s'asseoir avec», notamment La station assise.

Il signale qu'en toute logique, un néologisme est apparu pour désigner la reprise de pourparlers:  «se rasseoir avec».

Au fond, impossible et impensable de négocier debout au Québec. Et encore moins à genoux. On s'assoit. Et à une même «table».

D'ailleurs, Melançon perçoit la montée en popularité de «s'attabler», qui pourrait avoir comme ambition de devenir synonyme de se «parler».
20 commentaires
  • pilelo - Inscrite 23 avril 2012 22 h 21

    Excellente remarque!

    Voilà un mot tout nouveau pour la ministre Beauchamp et elle aime le répéter. Un lapsus sans doute.....

  • Pierre Vincent - Inscrit 24 avril 2012 05 h 28

    Je préfère l'expression s'assir avec...

    ...comme dans : Heureusement que j'étais bien assis pour lire cette chronique aussi tôt le matin...

  • Viktoria13 - Inscrit 24 avril 2012 06 h 12

    S'assoir n'engage à rien

    S'assoir, ça ne veut pas implicitement dire qu'on va discuter aussi ou qu'on ne se relèvera pas de la position assise avant d'avoir trouvé une solution qui convient à tous ceux qui se sont assis. Ça explique peut-être la raison pour laquelle ce mot gagne en popularité.

    S'assoir est aussi parfois synonyme de rester stationnaire ou même campé sur sa position.

    En tout cas, la ministre a le don ces temps-ci de passer un temps fou le nez dans le dictionnaire. On se demande si cette dernière activité contribue au dénouement de cette crise. Permettez-moi d'en douter.

    En ce qui me concerne, je préfère me tenir debout. J'ai une colonne qui me permet de le faire.

  • DelireWeb - Inscrit 24 avril 2012 10 h 17

    Soyons réalistes?

    Merci pour votre article, j'aime bien votre rubrique. Enfin si j'écris c'est parce que vos articles m'intéressent, bravo (c'est tout un exploit de m'intéresser...lol heu désolé, je suis nul avec les formalités d'usage en début de lettre)...

    Je crois qu'il y a quelque chose d'encore plus intéressant derrière tout cela : à mon humble avis, il semble que l'on adopte une approche langagière propre aux anglo-saxons. Le jeux d'une évocation sémantique, laissant libre cours aux interprétations quand on n'est pas issu du même régionalisme langagier, ou faisant référence à une émotion commune propre au contexte que l'on veut décrire... Le fait est que nous avons un riche vocabulaire, vous l'avez vous-même évoqué. Or ce ne sont pas des synonymes en tant que tel, mais des précisions : discuter est différent de négocier qui est plus précis, lui-même différent de "s'assoir à une table avec un petit café" qui ne fait qu'évoquer le rituel entourant n'importe quel type d'échange (autre terme)...

    Au lieu de préciser le type de discussion, on préfère évoquer ce que personnellement chaque individu fait physiquement dans ces circonstances. Est-ce mieux ? Je ne sais pas, mais je crois que chaque langue à ses particularités qui lui sont approriées (mais peut-être pas pour les autres) : personnellement ça m'énerve quand les gens tournent autour du pot avec des évocations au lieu d'utiliser les bons mots pour être clair.

    S'"attabler", s'"assoir"... Au lieu d'adopter la position d'un observateur (en précisant le but via le bon verbe en "réunir", "discuter", "négocier", "parlementer", etc.), on adopte la position d'un narcissique en précisant ce que ce dernier fait ou ressent : s'"assoir", s'"attabler", etc...

    Je crois d'ailleurs que c'est pour cette raison que le français se perd au Québec : quand on réduit une langue de la la sorte selon un calque qui ne lui est pas propre, on finit par ne plus pouvoir s'exprimer clairement dans des

    • Viktoria13 - Inscrit 25 avril 2012 00 h 58

      Malheureusement, il manque la fin de votre message, mais je comprends tout à fait ce à quoi vous faites référence. Mais je ne crois pas que le français se perd parce que nous utilisons des faux amis et autres calques de l'anglais. Je crois que c'est justement parce que le français perd du terrain que nous en sommes rendus à nous exprimer ainsi.

      C'est une sorte de paresse intellectuelle. L'anglais étant une langue qui emploi des termes descriptifs plutôt que de cibler plutôt l'activité ou le but de l'activité plus précisément, comme c'est le cas du français. En bons colonisés, les Québécois vouent une véritable culte à l'anglais, puisque, comme nous le savons tous depuis longtemps, les anglais savent toujours mieux que nous ce dont nous avons besoin. Il est donc bien plus aisé d'emprunter leurs expressions et de rendre notre discours ainsi dépourvu de nuances, surtout que l'anglais est une langue tellement moins embêtante à parler et surtout à écrire que le français!

    • DelireWeb - Inscrit 26 avril 2012 12 h 17

      Bonjour Viktoria13, merci vous amenez un bon point. Cependant, je ne crois pas que la raison en est une de "difficulté", mais plutôt de conditionnement social. Quand l'apprentissage commence à l'aurore de la vie, apprendre l'anglais est tout aussi "difficile" qu'apprendre le français. Les anglophones ne font pas moins d'erreurs (aux USA on s'en alarme).

      Résultat : les francophones trouvent que l'anglais est une langue "facile" à apprendre, ayant déjà en tête une structure langagière solide d'où il est aisé d'entrevoir les alternatives. Ils trouveraient cette même facilité s'ils voulaient apprendre l'espagnol ou l'italien. Cependant, qui dit que la langue française est "difficile" ? Bien entendu cela ne provient pas de nous en tant que francophones, mais de ceux qui veulent l'apprendre (si elle est devenue "difficile" pour les jeunes hommes issus de familles francophones, c'est essentiellement en raison d'une irresponsabilité du système d'éducation qui a pris la décision d'en minimiser l'importance).

      Facilité ? Pardonnez-moi je au fond je dois vous contredire. Ayant fait mes classe à l'université, je suis en msure d'affirmer que plusieurs ouvrages originaux en français sont plus clairs que leur contre-partie en anglais pour le même thème abordé (ormis les traductions bien entendu). Et en plus, je parle ici de bouquins théoriques en génie et (plus tard) en informatique et recherche opérationnelle... Je suis bilingue, et cela m'a permi de le constater : la richesse du vocabulaire et des tournures grammaticales permettent la précision et la clarté, tant soit peu qu'on en ait acquis les principes. Aussi, plus d'une fois je devais me résoudre à des tournures ou expressions "consacrées et communes" auprès d'interlocuteurs anglophones, n'ayant pas les outils pour dire plus clairement quelque particularité en peu de mots autrement que par lde vagues allégories (comme c'est souvent le cas en anglais, lanue non pas émotive mais plutôt

  • jeanduc - Abonné 24 avril 2012 18 h 14

    Les boys!

    S'assoient autour d'un verre de bière!!!