Le Labrador, je ne me souviens plus?

Quand, sur une carte du Québec, vous promenez vos yeux vers le nord de la Côte nord  et que vous apercevez un tracé rectiligne, il n'y a qu'une conclusion à tirer: la personne qui a fait cette carte a abandonné — ou ignore — l'antique revendication du Québec sur ce territoire.

Comme on le sait, en 1927, le conseil privé de Londres impose au Québec ce tracé qui suit le 52e parallèle. Tous les gouvernements du Québec depuis Taschereau ont rejeté les conclusions du conseil privé. Le cinéaste Denys Arcand, dans sa fameuse série, imagine Maurice Duplessis se soulageant sur la frontière du Labrador.





Le vrai René Lévesque, lui, 41 ans après le jugement, parlait carrément d'un «vol historique» lors d'un entretien avec le grand Louis Martin (notre photo).





J'ai moi-même posé la question à Jean Charest, en septembre 2008, alors qu'il venait de nous faire son premier discours-spectacle sur le Plan Nord.

Bien qu'il s'échappe parfois, dans ses conférences de presse, en parlant de «Terre-Neuve-et-Labrador», le premier ministre avait tout même saisi l'occasion de réaffirmer la position traditionnelle du Québec. Bon, depuis les années 1970, les gouvernements ne revendiquent plus ouvertement la majeure partie du Labrador, comme jadis. Mais ils tiennent toutefois mordicus à un tracé sur la Côte Nord qui donne plus de territoire au Québec (30 000 km2): celui, en dents de scie, qui suit la ligne de partage des eaux.

J'avoue donc ma surprise de voir deux partis politiques souverainistes québécois, le Parti québécois et Option nationale, dans leur site web, reprendre la fameuse carte avec tracé rectiligne! (Voir photos).

Peut-être le Québec aurait-il dû, en 1925, accepter l'offre faite par Sir William Allardyce d'acheter tout le Labrador et sa côte pour 20 millions de dollars (C'est ce que racontent Henri Dorion et Jean-Paul Lacasse dans Québec, territoire incertain, Septentrion, 2011).

Qu'en pensez-vous?

(Merci à Dave Noël, historien et recherchiste du Devoir à Québec, pour le tuyau, la recherche et l'image.)
35 commentaires
  • Mickael Bergeron - Inscrit 12 janvier 2012 23 h 15

    Petite précision

    Vous qui aimez la précision, il y a une petit détail qui accroche ici.

    Vous parlez de la Haute-Côte-Nord pour parler du nord de la Côte-Nord. Ce nom désigne plutôt la région de Tadoussac à Baie-Comeau (environ), incluant Forestville, comme la Basse-Côte-Nord désigne la région de Natashquan à Blanc-Sablon. Cette frontière disputée se trouve d'ailleurs plus au nord de la Moyenne et Basse-Côte-Nord qu'au nord de la Haute-Côte-Nord.

  • pierre savard - Inscrit 13 janvier 2012 07 h 17

    Maurice Duplessis

    On s'ennuie de toi mon Maurice ! Si tu voyais le genre de carpettes qui nous tiennent de lieu de leaders !!! RIP Maurice !

  • lise bélanger - Abonnée 13 janvier 2012 08 h 27

    Merci

    Merci de nous rappeler cette injustice. Le Québec est en manque de personnes aussi combatives et courageuses que René Lévesque sur la question du Labrador. Il est même incompréhensible que nous n'ayons pas encore saisi la Cour internationale pour revendiquer ce bout de territoire important.

    J'écoute cette entrevue et je me dis: ce que les québécois peuvent avoir peur du gouvernement canadien!!! On n'ose pas.On ne prend même pas notre place.Le gouvernement canadien n'a pourtant rien d'omnipuissant, bien au contraire.

    Bon, je m'ennuie de politiciens courageux et intelligents qui ont autre chose que leur réussite personnelle en tête.

  • Christian Boutin - Inscrit 13 janvier 2012 08 h 28

    Quand je suis devenu séparatiste

    Bonjour,

    Quand à l'école primaire j'ai appris que le Labrador avait été cédé à Terre-Neuve par le Conseil Privé à Londres je suis devenu séparatiste avant même que cela existe. Je ne comprenais pas qu'un pays étranger, Angleterre, pouvait nous voler une partie de notre territoire pour le donner à un autre, et je ne comprend toujours pas.

    Je ne comprend pas qu'on ait cessé toute revendication sur ce territoire, réveillez-vous et au moins demandez une compensation financière, ça vaut combien ce territoire aujourd'hui.

    Aussi quelle idée débile de définir la frontière de ce territoire en prenant le partage des eaux comme référence, quand j'étais jeune sur les cartes le Labrador était une mince parcelle le long de la rive, mais avec l'amélioration des technologies on a pu délimiter correctement le partage des eaux et ce territoire s'est considérablement agrandi.

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 13 janvier 2012 10 h 26

    Inflation et autres nécessités d'interprétation

    Pour l'information des lecteurs, 20 millions de piastres en 1925, ça coûterait 396 millions aujourd'hui, selon la Banque du Canada. D'autres facteurs peuvent aussi changer les proportions. En 1925, la population du Québec était d'environ 2,6 millions. C'est moins que le tiers d'aujourd'hui, et ça veut dire que le coût d'un tel achat est plus de 3 fois plus grand qu'il l'aurait été dans le temps.

    Ça veut dire, en dollars d'aujourd'hui, qu'on aurait payé 152 piastres par personne au Québec dans le temps.

    On doit rajouter à ça le fait que la proportion de jeunes était très grande à l'époque. Malgré les nombreux morts de la Guerre Mondiale et de la Grippe Espagnole, et malgré l'importante émigration vers les États-Unis, la population du Québec grimpait beaucoup plus vite qu'aujourd'hui. Ça veut dire qu'il y avait énormément d'enfants. Ça voulait dire plein de monde qui travaillait pas, ou moins, ou moins bien, ou pour moins cher.

    En plus de ça, on était à une époque qui était beaucoup moins urbanisée qu'aujourd'hui (quoique la Grande Dépression avait même pas encore encouragé la désurbanisation). Ça voulait dire une agriculture qui était en grande partie une de subsistance, et la subsistance, ça veut dire pas de piastres, pas d'économie, parce qu'on mange directement ce qu'on produit. Ça et d'autres raisons peuvent fausser le calcul de l'inflation, du PIB, etc.

    Je sais pas ce que ce 20 millions représente exactement, mais c'est très probablement beaucoup plus que l'effort équivalent à fournir 152 piastres par personne en 2012. Peut-être 300 ou 500 ou autre. (Est-ce que quelqu'un a un bon estimé ?)