Départ de Patrice Servant, la fin des métaphores bancales?

Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir

La démission de Patrice Servant comme rédacteur de discours de Jean Charest va peut-être nous épargner quelques métaphores douteuses ou boursouflées.

Le rédacteur de discours a un rôle important. Prenez Pauline Marois, qui a changé le sien récemment. On l'a senti au dernier conseil national du PQ à Drummondville.

M. Servant travaillait avec M. Charest en juin 2003, au moment où le nouveau premier ministre prononça son discours inaugural. On ne saura jamais si cette phrase pleine d'humour involontaire était du Servant, mais si oui, son départ est une bonne chose, «au niveau» des métaphores s'entend : «La démocratie n'est pas une option de notre véhicule collectif. Ce n'est pas un toit ouvrant dont on se sert lorsqu'il fait beau et que l'on ferme lorsqu'il pleut», avait lancé le plus sérieusement du monde M. Charest au sujet des référendums sur les défusions.

Ouf. La phrase n'avait pas échappé à André Pratte, de La Presse, qui l'avait qualifiée de «bancale», ajoutant un savoureux : «Bureau de premier ministre cherche rédacteur de talent. Besoin urgent!» Robert Dutrisac, du Devoir, avait raillé «cette métaphore de vendeurs d'automobiles». (D'ailleurs ne voyait-on pas, déjà, poindre dans cette image la superstar des formules charestiennes, «les deux mains sur le volant»?)

Est-ce M. Servant qui avait trempé sa plume dans un imaginaire d'hémoglobine en 2008, lors du passage à l'Assemblée nationale de Nicolas Sarkozy? Peut-être: «Nous sommes unis par le temps, par le coeur et par le sang», avait lancé Jean Charest au président français avant d'ajouter, un peu plus tard:  «Cette langue, c'est le sang qui coule dans nos veines.»

Si M. Servant a rédigé ce discours rouge vif, alors, quelques mois plus tard, il a commis une faute de goût en le citant —bref en "se" citant— dans un article d'opinion vantant Jean Charest. «Nous assistons à un changement de paradigme. Avant Jean Charest, le Québec se définissait par sa relation avec le Canada, tantôt collaboration, tantôt confrontation. Jean Charest marche en dehors de ces ornières. Il voit le Québec dans l'Amérique du Nord et le monde avec une perspective géopolitique. Il démontre par le geste que la solution aux défis du Québec ne passe pas par son statut, mais par sa stature. Il l'a exprimé de belle façon lorsqu'il a accueilli le président français à l'Assemblée nationale. Jean Charest a alors dit à Nicolas Sarkozy: "Aujourd'hui et en ces lieux, c'est vous qui avez un accent." Dans ce trait d'humour, il y avait un message sans équivoque : nous sommes fiers d'être Québécois.»

On est tenté d'ajouter : surtout quand le toit ouvrant est ouvert!


13 commentaires
  • Marie-José Buil - Abonnée 6 octobre 2011 20 h 51

    Un peu facile...

    Je trouve ce pamphlet un peu facile et pour tout dire, déplacé. Je ne veux pas juger de la prose - ou des vers - des rédacteurs politiques; il font ce qu'ils peuvent pour égayer un paysage bien morose. C,est le fond qu m'intéresse. J'aimerais mieux qu'on souligne le cran d'un acteur politique qui s'est tenu debout en disant "assez c'est assez" (bien qu'il n'ait pas de poste de député en jeu, j'en conviens) que de mentionner des tournures de phrases "cherchées".

  • Geoffroi - Inscrit 6 octobre 2011 22 h 15

    Est-ce que ces paroles inspirantes de M. Charest proviennent du travail de M. Servant?

    « On ne veut surtout pas éviter les erreurs des années passées, alors qu’il y a eu des gaspillages de fonds… »
    ...
    « Ostie de chienne… »

    Référence:
    http://www.centpapiers.com/les-dix-meilleures-cita

  • Henry Fleury - Inscrit 7 octobre 2011 06 h 42

    L'arbre qui cache le Charest

    L'homme a parfois une joyeuse tête à claque, on peut détester en lui le politicien battant qu'il est devenu avec les années, mais heureusement son sens de l'humour l'aide à gagner des points face à une population de plus en plus désabusée politiquement et mafieusement parlant. Parlant de rédacteur, rappelons-nous ce ministre français qui, accueillant Jean Charest, lui demanda : «Vous devez avoir la plotte à terre ?», sous l'oeil amusé du PM qui s'est contenté d'un léger sourire en coin. Comment un plumitif, fut-il Français, peut-il trouver une superbe pareille sans vérifier ses sources ? M. Servant aurait-il pu faire dire à Jean Charest, accueillant Nicolas Sarkozy : Vous devez avoir la tronche dans le cul ? Mieux vaut donc se choisir un arbre et se cacher derrière le temps que ça passe.

  • - Abonnée 7 octobre 2011 10 h 05

    Un autre aptonyme à ajouter à votre spicilège déjà bien garni.


    Servant, toujours au service de Dieu (ou du "Messie" qui nous a été envoyé par Ottawa pour sauver le Québec) ne dit-on pas encore aujourd'hui "servant de messe"?

  • - Abonnée 7 octobre 2011 10 h 23

    Un rimouskois d'origine?

    Serait-il cet écrivain, auteur de trois romans, dont le dernier "Sortie coté jardin"?

    Dans ce cas "Patrice Servant est né à Rimouski en 1967 et qui a grandi à Québec. Après avoir évolué plus de huit ans dans le domaine du journalisme, il s’est spécialisé dans l’écriture de discours pour des décideurs de tous les horizons".