Obama ou le syndrome «Only Nixon could go to China»

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	À Washington, une passante regarde les premières pages de journaux annonçant la mort d’Oussama ben Laden.</div>
Photo: Photo : Agence France-Presse Mark Wilson
À Washington, une passante regarde les premières pages de journaux annonçant la mort d’Oussama ben Laden.

Exécution extra-judiciaire qui viole maints principes chers aux États-Unis, — règle de droit, souveraineté nationale, etc.— le meurtre d'Oussama ben Laden au Pakistan par l'administration Obama me rappelle une célèbre phrase en études politiques américaines: «Only Nixon could go to China.» C'est un président républicain, se proclamant intraitable avec le communisme, qui a finalement reconnu la Chine rouge; pour plusieurs raisons qu'il serait trop long d'expliquer ici. Soulignons une des causes : un chef politique, en démocratie, est souvent conduit à agir «contre» le «personnage» qu'on a fait de lui. Il veut surprendre. Il veut qu'on le retrouve là où on ne l'attend pas. Il est souvent porté à en mettre plus que le client en demande.

D'où cette invraisemblable opération commando pour aller épingler l'ennemi public numéro 1 des États-Unis là où il se terrait. Suivie en direct par Obama; qui par la suite rend lui-même publique l'exécution lors d'un discours à la nation où il clame que «justice est faite». Pour Obama — Prix Nobel de la Paix 2009 faut-il le rappeler — il fallait sans doute marquer le coup; aller contre le personnage de pleutre démocrate que le Tea Party, entre autres, a fait de lui. «Only Obama could kill Bin Laden this way»? Ce pourrait être là une nouvelle version de l'antique phrase de science politique citée plus haut. Autrement dit, la fois où dans la manière, la justification, la communication, Barack Obama sera allé plus loin encore que n'aurait pu le faire un George Bush. (Entendons-nous bien : ben Laden était une des plus terribles-horribles ordures mondiales. Les attentats dont il est responsable sont abominables. Là n'est pas la question.)
14 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 4 mai 2011 06 h 18

    Justice?

    Je pense que les États-Unis ont une longue histoire de justice expéditive... et expédiée. Ça fait longtemps que je me demande pourquoi Obama ne confiait pas la mission à Israël, dont le Mossad ne s'embarrasse pas de principes "chrétiens" quand l'intérêt du pays est en jeu.

    C'est une attaque à la Mossad qui a été réalisée et pour moi, c'est une exécution correcte. Ben Laden ne se soumettait pas aux conventions internationales quand il commandait des actions punitives contre le Grand Satan. Les Américains ont tout simplement décidé de jouer la partie selon ses règles à lui.

    Ce n'est pas très honorable, mais efficace. J'oserais dire que ce n'est pas la première fois qu'ils le font!!! C'est la première fois en direct...

  • Pierre Marcotte - Inscrit 4 mai 2011 08 h 20

    Obama ne mérite pas son Nobel

    Alfred Nobel n'a jamais été aussi maltraité. Son prix n'a jamais été aussi mal distribué. Son prix -qui est davantage un honneur et un privilège- devrait lui être retiré.

    Faut croire que le far west est encore d'actualité aux 'tas unis.

  • robthebuilder - Inscrit 4 mai 2011 09 h 49

    Justice est rendue...mais.

    Obama a agi comme on devrait toujours agir dans de tels cas. Pourquoi s’embarrasser d’un procès quand on a affaire au chef d’une organisation qui est responsable d’attentats causant la mort de milliers de personnes et, qui plus est, les revendiquait avec fierté. On l’a tout simplement empêché de frapper à nouveau. Justice est faite. Obama a sûrement dû tordre le bras du président Asif Ali Zardari pour obtenir son consentement à une telle opération, et lorsqu’il l‘a remercié pour sa collaboration, il l’a fait pour sauver la face du gouvernement pakistanais. Il aurait cependant dû s’abstenir de le faire, car les extrémistes puniront cette complicité, arrachée ou pas.

  • Simon Beaudoin - Inscrit 4 mai 2011 10 h 34

    Quelle sorte de justice est-ce?

    Je suis sincèrement convaincu que personne ne mérite la peine de mort, pas même Ben Laden. Pour moi, c'est une très mauvaise image de l'Occident qu'a envoyé Obama en l'exécutant ainsi. Si, comme ils le disent, il n'était pas armé, mais que ses gardes du corps ont voulu le défendre, il aurait fallu tout faire pour ne pas l'abattre, le "juger", puis le mettre en prison à vie.

    Mais encore là, comment peut-il y avoir justice quand il n'y a pas de règle internationale claire en ce domaine? Dire que "justice a été rendue", est-ce que ça voudrait dire que les USA peuvent faire ce qu'ils veulent n'importe où? Que le concept d'État souverain est si mal en point? La justice existe dans un État, j'aurais de la difficulté à dire qu'elle existe naturellement, encore plus à dire que cette justice serait la loi du talion.

    On voit bien que rien ne peut racheter les souffrances causées par une mort. Et pour moi, tuer quelqu'un est en quelque sorte la punition la plus douce qu'on peut lui donner. Ainsi, on l'empêche de se rendre compte de tout ce qu'elle a causée. Dans un autre monde, j'aurais peut-être aimé que Ben Laden visite Ground Zero, mais aussi que les Étatsuniens prennent acte qu'ils ne sont pas innocents, comme ils aiment se le faire croire. Si l'islamisme terroriste a soulevé les masses, c'est peut-être parce qu'elles ne savaient pas quoi faire d'autre pour envoyer un message traduisant leur souffrance.

    Je le répète : Personne ne mérite de mourir.
    Simon Beaudoin

  • marc lapointe 01 - Inscrit 4 mai 2011 23 h 23

    Bon calcul

    Bin Laden était une cellule cancéreuse et elle a été détruite. Notre société de biens-pensants est dans l`erreur en traitant les ordures comme des humains.

    ''Government's first duty and highest obligation is public safety.'' Arnold Schwarzenegger