L'époque des «Nordiques» est-elle révolue?

Je me demande souvent ces temps-ci quel aurait été le nom de l'équipe de hockey professionnel de la Capitale si celui-ci n'avait pas été choisi en 1971.

image «Nordiques», c'est le reflet d'une époque marquée par la fierté des Québécois pour leur langue. Un gouvernement libéral, celui de Bourassa, déclarait cette même année le français langue officielle unique du Québec. Normal que le nom de l'équipe de hockey créée alors ait été si distinctement français; qu'on ait mis un accent aigu sur «Québec». Normal aussi qu'on en ait profité pour évoquer le nord. Nous ne tentions pas, en ce temps-là, de nous mentir à nous-mêmes et aux autres habitants de ce continent en dissimulant nos spécificités linguistique et géographique. Trente-neuf ans plus tard, où est ce sentiment de «fierté»? Je crois qu'on peut déceler un signe de son déclin dans le fait que même chez les élites les plus éduquées qui sont censément rompues à l'art de la parole, —les avocats participants à la commission Bastarache, par exemple— les anglicismes inutiles abondent. Jean-François Bertrand, fils de Guy Bertrand (ce thuriféraire et du français et du hockey en français) les multiplie (nous le soulignions ici).

Hier encore, l'autre avocat de Marc Bellemare, Rénald Beaudry, s'exprimait ainsi : «C’est fort simple, c’est même, je dirais, "basic" au niveau de la Commission.» C'est basic "au niveau"... en effet. Que veulent les élites québécoises pour leurs enfants? Qu'ils apprennent l'anglais au plus vite. Demandez à n'importe quel directeur d'école. Secrètement, ils rêvent d'écoles passerelles. Mais revenons au sport. Comment se nomme l'équipe de basketball de la Capitale, créée en 2006? Les «Kebs». Leur mascotte? Une grenouille («I'm a frog!»). Son nom: Dunky. CQFD, comme nous l'écrivions dans le temps. On aimerait réfléchir à tout ça à l'occasion de la Marche bleue de samedi. Mais je doute la chose possible, car ce type de questionnement est devenu presque tabou. Voyez comment on a rabroué ceux qui osèrent souligner qu'il n'y avait pas assez de chansons françaises lors des matchs du Canadien. J'imagine la lapidation médiatique qu'on organiserait dans certaines radios de Québec pour ceux qui, comme moi, auraient envie de questionner le bilinguisme incongru de la description des matchs du Rouge et Or, à l'Université Laval; où l'absence de chanson française est aussi déconcertante (on nous invite cependant, avec les "lyrics" au tableau indicateur, à chanter Sweet Caroline en chœur ; même phénomène au base-ball des Capitales de Québec). Sur ce plan, moi, je reste un vrai «Nordique». Et vous?
2 commentaires
  • Florent Marquis - Inscrit 12 février 2011 12 h 35

    Québec fait pitié (1 de 2)

    Ça fait 11 ans que j'habite la ville de Québec, et cette ville et ses habitants colonisés me désespèrent.

    Je connais un couple de Québécois blancs et francophones de Ste-Foy qui envoie sa fille à la garderie anglaise et qui peste contre l'inaccessibilité d'une école passerelle parce qu'ils n'ont pas les moyens d'y envoyer leur fille.

    J'en connais un autre qui dit ne pas être capable d'entendre de la chanson en français.

    Ce qui se dégage du discours sur la langue dans la capitale de la radio-poubelle, c'est que beaucoup de monde ici se font des complexes parce qu'ils parlent peu l'anglais ou parce qu'ils ont un accent quand ils le parlent.

    (à suivre)

    Florent Marquis
    Québec

  • Florent Marquis - Inscrit 12 février 2011 12 h 36

    Québec fait pitié (2 de 2)

    (suite et fin du commentaire "Québec fait pitié")

    J'ai séjourné quelques années en Ontario où j'ai été aux premières loges pour voir le spectacle désolant de la langue et de la culture d'un peuple qui se meurent. Lorsque je suis revenu à Québec, j'ai retrouvé un confrère d'études qui, après avoir été nationaliste, disait considérer comme un choix valable de troquer sa langue pour plus d'argent car tout ce qui comptait pour lui maintenant était la différence entre son salaire brut et son salaire net. Il disait avoir comparé ce que serait cette différence s'il travaillait en Ontario ou aux États-Unis et avait l'impression de se faire avoir parce qu'il habitait au Québec. Il laissait même entendre qu'il serait prêt à partir si l'occasion se présentait. Il en a eu une occasion d'aller voir ailleurs, en Ontario ou aux États-Unis, lorsqu'il a perdu son emploi en R