Lexique «bastarachien» 4 : ANGLICISMES

On a déjà parlé ici de «plugué» et de «will say». J'aime bien les anglicismes quand ils sont nécessaires. 

imageCertains sont pratiquement inévitables; je vous laisse juger lesquels. Je trouve toutefois révélateur d'un certain état d'esprit de nos élites que les avocats de la commission Bastarache fassent pratiquement exprès pour en user. Ils mordent avec fierté dans «short list», «flash», etc. À deux reprises hier, Jean-François Bertrand (photo), procureur de Marc Bellemare, a cru bon —on ne sait trop pourquoi—, après avoir utilisé des mots français, de les préciser à l'aide d'anglicismes. Comme si le mot français ne suffisait pas. «C’est vous qui êtes le boss, vous êtes le grand chef.» Plus loin, il lance : «Ça, c’est les critères, les...si vous permettez l’anglicisme, les "guidelines" que vous lui donniez, là?» Ça m'a un peu attristé. Parce je me suis alors remémoré un touchant passage d'Alexis de Tocqueville, dans les années 1830, revenant d’une visite dans un tribunal de Québec: «Les avocats que je vis là, et qu’on dit les meilleurs de Québec, firent preuve de talent ni dans le fond des choses ni dans la manière de les dire. Ils manquent particulièrement de distinction, parlent français avec l’accent normand des classes moyennes. Leur style est ...

vulgaire et mêlé d’étrangetés et de locutions anglaises. Ils disent qu’un homme est "chargé" de dix Louis pour dire qu’on lui demande dix Louis. (...) L’ensemble du tableau a quelque chose de bizarre, d’incohérent, de burlesque même. Le fond de l’impression qu’il faisait naître était cependant triste. Je n’ai jamais été plus convaincu qu’en sortant de là que le plus grand et le plus irrémédiable malheur pour un peuple, c’est d’être conquis.» (Tocqueville au Bas-Canada, Montréal, Éditions du Jour, 1973, p. 92) On a envie de conclure, cynique: «Right On, Alex!»