Legendre biodégradable

image Toute cette frénésie autour du tennis en raison de la coupe Rogers m'a rappelé une biographie qui m'a fait beaucoup rire: celle de l'ex-ministre péquiste Richard Legendre, aussi ex-tennisman. Rien de plus drôle que le comique involontaire. C'est celui, justement, qu'exploite à merveille le Cabaret biodégradable. (Si jamais les organisateurs ouvrent un volet politique, ils se doivent d'inclure L'humilité d'un gagnant — oui, c'est bien le titre du livre, dont l'auteur est Meeker Guerrier et l'éditeur Les Intouchables, 2005.) Le plaisir commence dès les premières lignes : «C'est à Montmagny, une ville située à proximité de Québec, que naît Richard Legendre, le 19 janvier 1953. Sa naissance est une surprise pour ses parents.» Papa et maman Legendre n'avaient pas remarqué la bédaine? Un passage de la page 30 est pas mal, aussi : «Avec les années, Richard Legendre a développé le réflexe de toujours se préparer adéquatement. C'est une obligation qu'il s'impose coûte que coûte. En politique, il apprend rapidement qu'il n'a pas le temps, ou si peu, à consacrer à la préparation.» Rassurant!

Continuons: «Quand il ne participe pas à une conférence de presse, il rencontre des gens qui viennent lui présenter des projets, assiste au Conseil des ministre ou à toute autre réunion. Il est rarement assis à son bureau à travailler à tête reposée.» Encore plus rassurant. «Le seul moment où il peut véritablement se préparer, c'est entre deux rencontres, lors du trajet en automobile. [Vive les limousines!] Ces intervalles sont loin d'être des instants de repos; Richard Legendre lit ou effectue des appels téléphoniques pour régler les affaires les plus urgentes. Voilà pourquoi son entourage est si important. Si des gens compétents ne le briefaient ni ne le seconderaient, il faillirait à la tâche.» Autre hilarant récit : «Lorsqu'il doit prononcer un discours devant une quelconque assoication, Richard Legendre insiste pour écrire lui-même ses allocutions. Mais souvent, cela n'est pas possible. Il demande donc à l'un de ses camarades de travail de rédiger un texte qu'il modifie par la suite à sa guise. Il veut que ses paroles soient signifiantes et pleines de sens, et non superficielles ou empruntées.» Cette description candide, dans un style empesé et scolaire, est profondément drôle. Mais elle révèle en même temps un aspect pitoyable de la vie politique : le tourbillon dans lequel les hommes et les femmes politiques au pouvoir sont plongés, qui les empêche bien souvent en effet de se «préparer adéquatement».