Quelques mots du 100e : «Souveraineté-association», concept «canadian»?

image Pour préparer un texte qui paraîtra prochainement, j'ai lu une brochure publiée par Le Devoir en 1939. Le sujet : le Statut de Westminster (SdW) de 1931. L'auteur : Léopold Richer. Richer présente le SdW comme «l'événement capital du siècle» pour le Canada puisqu'il fit de ce Dominion un pays souverain. Il déplore que ce traité accordant une personnalité internationale à la fédération a été à peu près ignoré depuis 1931, surtout au Canada anglais; et même souvent présenté comme un document «honteux». À mes yeux, Richer exagère lorsqu'il soutient que «les derniers liens impériaux» furent coupés par le SdW: la Couronne demeura anglaise (elle l'est toujours) ; on peut encore (on le pourra jusqu'en 1949) faire appel au Conseil privé à Londres ; enfin, la loi constitutive du Canada, l'AANB, demeurait une loi britannique (elle le sera jusqu'en 1982). Du reste, cette manière graduelle de couper le cordon ombilical ressemble à «un Canada indépendant dans un Empire britannique uni», non? Ne riez pas: n'est-ce pas une sorte de souveraineté-association avant la lettre? La formule mise en avant par René Lévesque en 1968 ne s'inspirait-elle pas au fond de ce qu'on pourrait appeler «faire l'indépendance à la canadienne»? Et les Québécois souverainistes, ne sont-ils pas profondément canadiens dans leur façon de souhaiter l'indépendance? Ils voudraient, me semble-t-il, que les historiens écrivent ce que Richer affirme à propos du Canada «souverain» de son époque : «Les Canadiens ont [...] raison de se féliciter d'avoir conquis leur indépendance par des moyens paisibles. Il ne s'est pas agi pour eux d'une révolution à la Washington. Leur mérite n'en est que plus grand.». (Image: extrait d'une publicité parue dans Le Devoir du 2 novembre 1938)