«Blogosphère», mode passagère?

image «Après l'engouement des dernières années, les blogues mais aussi les sites de partage de photos et de vidéos perdent de leur popularité au Québec», écrivait hier matin mon collègue Fabien Deglise. J'ai hâte de voir comment la blogosphère politique réagira à cet essoufflement. Le PQ, que certains disent toujours en retard d'une mode, mène une offensive blogosphèrique. Et l'ADQ, qui compte quelques blogueurs compulsifs, que fera-t-elle? Parmi eux, MisterP, c'est-à-dire Pierre Morin, ex-chef de cabinet de Marc Picard, l'homme aux identités successives (alias Élodie Gagnon-Martin, convertie maintenant en Blogue bleu Québec après d'autres incarnations) incapable sur le web de s'exprimer à visière levée, puisque certains ont déjà considéré qu'il s'adonnait à la diffamation. Après mars 2007, il plastronnait : «nous avons gagné la guerre des blogues». À le lire, l'ADQ lui devait presque son statut d'opposition officielle. Les blogues étaient le «126 candidat adéquiste». À ses yeux, les blogueurs comme David Chrétien, Vincent Geloso et lui, durant les semaines de campagne, avaient été des «précurseurs», des «missionnaires» : «Tel Christophe Colomb débarquant au Nouveau monde, les blogueurs ont fait en sorte que plus aucune campagne électorale ne pourra se faire sans que le web ne soit un maillon d'une stratégie électorale», écrivait-il non sans lyrisme dans son site le Surfeur autonome. Après le 8 décembre et la déconfiture adéquiste, Morin se fait un peu moins lyrique sur la puissance de la blogosphère. Christophe Colomb, où es-tu?

Certes, parfois, par exemple lorsqu'un de ses comparses commet le courageux geste de violer une ordonnance de non-publication, MisterElodie osera un «Blogues 1 - Médias traditionnels 0 … encore une fois!». Malgré sa prolixité, on ne trouve toutefois sur son site aucune explication sur un fait indéniable : malgré ses efforts bloguistiques, près de 700 000 électeurs n'ont pas réédité en décembre 2008 le geste de voter pour l'ADQ. Ah, c'est sans doute la faute aux médias... traditionnels. Il est vrai que même un petit journal comme Le Devoir tire à presque 30 000 exemplaires la semaine, près de 50 000 la fin de semaine et compte presque trois lecteurs par exemplaire. Soit infiniment plus qu'un blogue qui, dans ses bonnes journées, subit 400 clics. Difficile de joindre 700 000 électeurs avec des journées de 400 visiteurs. Autre hypothèse : lui même, par sa hargne, sa partisanerie nourrie essentiellement de ressentiment, a peut-être nuit à la cause, notamment avec cette affaire des petits vidéos sarcastiques. Voilà peut-être pourquoi Mario Dumont se méfiait des blogues. Et fait maintenant carrière dans les médias traditionnels.

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