«Dépolitiser», mot-clé de cette campagne?

image Avons-nous trop «dépolitisé» la gestion publique au Québec? Depuis quelques jours, c’est assez frappant dans la campagne de Jean Charest. On parle de la Caisse de dépôt? Le premier ministre n’a pas les chiffres. On a rendu la caisse indépendante du politique. M. Charest peut dire qu’il ne sait rien. La hausse possible des tarifs de la SAAQ? En vertu de la loi 55 adoptée par le gouvernement libéral, la SAAQ est fiduciaire public du Fonds d’assurance automobile du Québec. Cette loi visait à «dépolitiser» le processus visant à fixer les coûts des permis de conduire et exclure la SAAQ du périmètre comptable du gouvernement du Québec qui, dans les 20 dernières années, s’était parfois permis de piger dans ses surplus pour augmenter ses revenus. M. Charest peut donc dire, comme il l’a fait lundi, que ce n’est pas lui qui fixe les coûts des permis. Il en va de même des tarifs d’électricité. (la photo provient du http://etienne.chouard.free.fr)

Ne croit-il pas qu’une hausse de tarifs d’électricité de 2,2%, demandée par Hydro-Québec Distribution, c'est «abusif» compte tenu de la tempête économique à venir ? «Ça va se débattre devant la régie de l'énergie; la régie existe pour cette raison-là. Justement pour recevoir les demandes d'Hydro et pouvoir en disposer et écouter pas uniquement Hydro-Québec, mais écouter également les consommateurs, les entreprises et de pouvoir finalement répondre à la demande qu'Hydro-Québec a formulée.» Charest n'est pas le seul à tenir ce discours. Mario Dumont souhaitait aussi «sortir la politique des grands projets de plus de 100 millions» en confiant à un groupe d’experts le soin de réviser la gestion des grands projets. On a envie de demander : mais à quoi servent donc les gouvernements si tout est «dépolitisé»? La politique est-elle trop sale? Sommes-nous convaincus à ce point que la technocratie est préférable à la démocratie? La réponse de M. Charest, ce matin, à une question de ce type, est très révélatrice. «On a voté une loi pour mettre sur pied la Régie de l’énergie. Et quand on l’a votée, on voulait donner un mandat à la Régie qui lui permettait de débattre de ces choses là, d’aller au fond des questions techniques, économiques et, ensuite, d’arriver à une décision. Et on l’a fait pour que chaque décision n’en soit pas une purement politique. On voulait donner à des hommes et à des femmes la responsabilité de présenter, d’étudier ces choses-là. C’est la même chose pour la Caisse de dépôt du Québec, c’est une institution très importante qui gère le bas de laine des Québécois. On ne fait pas ça à l’arbitraire. On a changé la loi de la gouvernance de la Caisse justement pour que des professionnels, des gens qui sont formés sur ces questions-là puissent remplir le mandat qu’on leur confie. Alors, il y a une partie pour le politique et il y a une partie qui touche les experts, ceux qui ont des mandats spécifiques de gérer ou des fonds publics ou d’étudier la question des tarifs d’électricité. Il faut que ce soit comme ça. Il faut que ce soit les bonnes personnes au bon endroit avec les bons mandats.» Autrement dit, quand c’est sérieux, il faut «dépolitiser». Pas surprenant que les citoyens s’intéressent de moins en moins à la politique : les politiciens eux-mêmes répètent que la politique corrompt tout. Et ces mêmes citoyens les voient tout balancer dans les mains des «experts» ou des juges. Alors à quoi bon aller voter? Vaut mieux «dépolitiser» la politique!

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