L’égoportrait se fait statufier

Photo: Instagram/Giovanni_Cardona
Cela devait arriver et c’est sans surprise dans une petite ville qui s’ennuie, Sugar Land, dans la banlieue sud de Houston au Texas, que la chose s’est produite : l’apparition d’une statue de bronze mettant en scène deux jeunes filles bien de leur temps, téléphone dit intelligent en main, en train de s’autophotographier l’instant présent, avec l’hôtel de ville en arrière-plan.

Les critiques de la modernité gloussent, alors qu’une poignée de contribuables locaux maugréent devant l’utilisation de fonds publics pour l’installation d’une œuvre qui incarne autant de futilité.

Apparue la semaine dernière sur la Town Square Plaza, l’œuvre, dont le nom de l’artiste qui lui a donné vie n’a pas été précisé, est en fait un don à la ville effectué par un résident du nom de Sandy Levin. Il vise à «soutenir» et «enrichir» le caractère de la ville, a indiqué la municipalité par voie de communiqué. Cette prise d’égoportrait statufiée s’inscrit dans un projet artistique de cette ville qui souhaite passer par la création pour célébrer la banalité des activités quotidiennes qui se jouent sur son territoire, souligne la publication en ligne Dazed.

«Aujourd’hui, c’est le signe de l’apocalypse, écrit un résident, sérieusement, sur sa page Facebook. Nous sommes actuellement en train d’ériger une œuvre qui montre des gens en train de prendre un égoportrait (selfie). Nous sommes condamnés».

Avec la pratique de l’égoportrait, tout comme avec sa revendication ou sa condamnation, il y a toujours, allez savoir pourquoi, toujours une bonne part d’excès.