Sur Twitter, la moitié de la misogynie est le fait de femmes

L’égalité des sexes, c’est aussi un peu ça. Sur Twitter, les messages méprisants à l’endroit des femmes ne sont pas seulement attribuables à des hommes. La moitié de ces propos dégradants sont également produits par des femmes, selon une étude britannique fraîchement dévoilée. Avec à la clef cette question persistante : quel est le féminin de l’expression «l’homme est un loup pour l’homme»?

On résume : pendant trois semaines, Demos, un groupe de réflexion sur le présent qui cherche à documenter les mutations en cours dans les réseaux sociaux, a passé au crible l’ensemble des micro-messages partagés en Grande-Bretagne pour en identifier ceux qui contenaient un des deux mots clefs à très haute teneur misogyne : «slut» et «whore», salope et pute, en français. De la grande poésie identifiée dans 10 000 tweets générés eux-mêmes par 6500 internautes à la colère étrangement canalisée.

À titre comparatif, durant cette même période, 200 000 messages portant les marqueurs de cette violence ordinaire ont été identifiés à travers le monde par les chercheurs de Demos. 80 000 internautes leur ont donné vie, et , contrairement aux idées reçues, pas forcément dans une perspective de haine du sexe opposé.

Pour cause, l’analyse fine de ces messages et de leurs émetteurs a permis à Demos de confirmer une réalité que le groupe avait déjà identifiée dans une étude menée en 2014 sur la misogynie en ligne : les porteurs de cette violence en ligne sont dans 50 % des cas des «porteuses», puisque ce sont des femmes.

«Sans l’ombre d’un doute, les univers numériques ont créé de nouveaux espaces pour les débats publics et les interactions sociales, a indiqué Alex Krasodomski-Jones, chercheur au Centre for the Analysis of Social Media de Demos qui a piloté cette étude. Ils ont aussi ouvert de nouveaux champs de bataille où s’exprime aussi le pire des comportements humains».

Demos dit s’être penché sur la misogynie sur Twitter uniquement, en raison de la collaboration de cette multinationale avec la science. Elle partage ces données beaucoup plus facilement que d’autres réseaux sociaux où pourtant les propos misogynes se répandent de manière tout aussi honteuse et épidémique, peut-on lire dans leur rapport.

Il y a quelques jours, Jack Dorsey, patron de ce réseau de microclavardage a d’ailleurs indiqué que la lutte aux excès de langage, aux harcèlements et aux discours haineux faisait désormais partie de ses priorités pour l’avenir de son empire.

L’étude de Demos vient donc apporter de l’eau à son moulin. Quant aux auteurs, ils soulignent que cette nouvelle mesure du propos déplacé en ligne ne devrait pas inviter les entreprises à «policer davantage l’Internet», mais plutôt «rappeler aux internautes» qu’ils ne sont pas des aussi bons citoyens en ligne qu’il ne le sont en dehors des univers numériques, et ce, dans une troublante égalité entre hommes et femmes.