En 2015, le livre imprimé n’a pas été tué

Photo: Bibliomab
Le gourou a fait dans la provocation, mais également dans l’erreur d’évaluation.

Non, le livre matérialisé n’a pas été rayé de la carte en 2015, comme l’avait prédit l’informaticien américain Nicholas Negroponte, chercheur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), il y a 5 ans. C’était à l’occasion d’une rencontre sur l’avenir des technologies tenue à Lake Tahoe en Californie dans le cadre des conférences Technonomy.
 
Pis, même si le livre numérique poursuit une croissance lente, son équivalent imprimé sur du papier n’a pas vraiment perdu de lustre pour les lecteurs, révèlent plusieurs études et spécialistes de l’édition, cette année.
 
On rappelle les faits : en 2010, Negroponte, auteur de L’homme numérique (Robert Laffont), a scellé le sort du livre imprimé en annonçant rien de moins que sa mort… pour 2015. «Ça va se produire, a-t-il lancé en évoquant un rapport de vente sur Kindle qui, cette année-là, témoignait alors d’un volume de titres numériques dépassant pour la première fois dans l’histoire de l’édition ceux vendus encore dans une couverture cartonnée. Ça va arriver. Pas dans 10 ans. Ça va arriver dans 5 ans.»
 
À l’heure de la vérification des faits, l’échec de la prévision est du coup flagrant. Sur le marché américain, en 2015, 32 % des lecteurs ont opté en premier lieu pour une version numérique du bouquin convoité, c’est vrai. Mais c’est aussi moins que les 50 % qui l’ont fait en 2012.
 
Mieux, le livre imprimé y donne des signes non pas d’essoufflement, mais de vigueur, soutenu par un réseau de librairies indépendantes loin d’être en crise ou en déclin : il y a 2230 établissements de ce genre en opération en 2015, soit 560 de plus que l’an dernier. Le marché de l’imprimé se porte d’ailleurs tellement bien que Hachette, Simon Schuster et Penguin Random House consacrent actuellement des millions de dollars dans l’amélioration de leurs infrastructures d’impression et de distribution de livres imprimés.
 
Une tendance confirmée par les récentes données du Nielsen Bookscan qui pour 2015 mesure une croissance des ventes de livres imprimés sur du papier au pays de Barack Obama et de Donald Trump : elles sont passées de 559 millions en 2014 à 571 millions cette année.
 
Dans nos pages, cet automne, Marc Boutet, président de l’entreprise De Marque, un important joueur dans le domaine des contenus numériques au Québec, résumait l’affaire en ces mots : « Le livre imprimé est là pour rester. Le numérique, ce n’est pas une question de religion qui commande la conversion du lecteur. L’imprimé et le numérique peuvent cohabiter, et c’est sans doute ce qui est en train de se passer. »
 
Une prévision dont il va être amusant de mesurer l’acuité, ou pas, dans cinq ans.