Un vendredi 13 aussi pour les libertés civiles

Madame reçoit, 1908, toile de Rémy Cogghe
Photo: Wikipedia Madame reçoit, 1908, toile de Rémy Cogghe
Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps, après les attentats de Paris, vendredi 13 novembre dernier, pour entendre les faucons et les vrais ténors de l’hypersécurité et de la supersurveillance institutionnalisée des citoyens exposer à nouveau leur projet sournoisement liberticide.
 
Dans une entrevue accordée à la chaîne américaine MSNBC lundi, le candidat à l’investiture républicaine, Jeb Bush, frère et fils des deux autres, a réclamé en effet le rétablissement complet et sans limites des pouvoirs de la National Security Agency (NSA) en matière de surveillance électronique.

Le 2 juin dernier, le Sénat américain, par 67 voix contre 32, a adopté une loi bloquant la collecte massive, automatique et indiscriminée des métadonnées téléphoniques (numéro appelé, heure d’appel, durée, géolocalisation d’un appel ou d’un texto) par l’agence.

La fin du «bar ouvert» entre en vigueur début décembre. Ces mesures de surveillance, enchâssées le Patriot Act, découlaient des attentats du 11 septembre 2001. Elles ont soulevé l’ire de la communauté internationale et des défenseurs des libertés civiles après leur mise à jour par l’ex-analyste de la NSA Edward Snowden.
 
« Nous devons rétablir le programme de collecte des métadonnées, qui doit prendre fin sous peu, a indiqué l’aspirant président américain qui traîne actuellement de la patte dans la course à l’investiture du camp républicain. C’était un instrument utile pour notre sécurité et pour la protection de nos libertés civiles. Le moment est venu de réévaluer notre politique face à ce type de menace. »
 
Depuis le début de sa campagne, M. Bush se pose en fervent défenseur des pouvoirs de contrôle de la NSA. En mai dernier, il avait prétendu qu’à ce jour, «aucune preuve» ne permettait d’affirmer que le programme de collecte des métadonnées de la NSA «avait porté atteinte à la liberté civile de quelqu’un», a-t-il dit.
 
Dans la foulée des attaques sordides perpétrées contre la jeunesse festive et multicolore de Paris la semaine dernière par une brochette d’islamistes radicaux très mal éclairés, plusieurs acteurs du monde de la sécurité cherchent désormais à faire porter le chapeau à Snowden en l’accusant d’être indirectement à l’origine des attentats, par ses révélations qui incitent désormais les terroristes à se méfier des communications électroniques pour fomenter leurs coups. Ces «révélations non autorisées» rendent désormais difficile la traque des fanatiques sur le point de passer à l’action dans les univers numériques, estime le directeur de la CIA John Brennan.
 
«Il est clair que les révélations [de Snowden] ont permis aux pires gens vivant sur cette planète d’apprendre à éviter de se faire attraper, a dit le maire de Londres, Boris Johnson dans les pages du Telegraph. Quand l’affaire des massacres de Paris va être élucidée, j’aimerais comprendre comment tant de personnes ont pu comploter et attaquer différents lieux, sans que leurs discussions électroniques soient interceptées par la police. Je veux que ces gens soient efficacement espionnés, ou surveillés. Et je parie que vous aussi, vous voulez la même chose. »
 
La surveillance électronique massive, tout en menaçant la présomption d’innocence et les fondements des régimes démocratiques basés sur la liberté d’expression et de mouvement, a pourtant démontré dans les dernières années sont inefficacité face aux loups solitaires, ces terroristes capables du pire sans trop de concertation avec d’autres.
 
Dans les pages du Devoir l’an dernier, le journaliste Glenn Greenwald, complice de Snowden dans les révélations de l’ex-espion américain, a rappelé que ces mesures d’espionnage ,alors en vigueur au pays, n’ont pas réussi à déjouer les attaques contre des soldats à Saint-Jean-sur-Richelieu et contre le Parlement d’Ottawa.
 
« Le Canada doit mettre fin à ses programmes de surveillance de masse de ses citoyens pour se concentrer sur les menaces réelles », disait-il à l’époque. « La surveillance de masse, telle que menée actuellement par les États-Unis et ses alliés, dont le Canada fait partie, nuit désormais à la capacité des gouvernements à détecter avec exactitude les citoyens à risque. Et nous venons, encore une fois et tristement, d’en avoir deux nouvelles preuves au Canada», l’année dernière et à Paris, vendredi soir dernier.
 
1 commentaire
  • Raymond Lutz - Inscrit 18 novembre 2015 19 h 18

    Merci M. Deglise de relever ces mensonges

    Soit que la surveillance de masse est nécessaire (et utile?) pour déjouer les attaques terroristes. Des affirmations qui contredisent les faits, volontairement, sont bien des mensonges, n'est-ce pas?

    Pour une couverture également critique de l'instrumentalisation de Paris 13/11, je convie les lecteurs à visiter le site du journal "The Intercept", en plus de continuer à lire Le Devoir, évidemment! 8-)

    Oh, on apprend aujourd'hui que les terroristes Parisiens

    a) étaient déjà connus par les authorités
    b) étaient tous citoyens européens (aucun syrien, M. Labeaume)
    c) N'UTILISAIENT PAS d'encryption lors de leur communication! kin toé, John Brennan de la CIA