Attentats de Paris : photos et mots-clics bloqués par Twitter

Photo: Wikipedia
Montrer l’horreur par les cadavres qu’elle a produits ou pas? Le ministre français de l’Intérieur a tranché en réclamant au début de la semaine au réseau de microclavardage Twitter de bloquer l’accès à des comptes qui exposaient des photos des corps inertes laissés dans la fosse de la salle de spectacle Le Bataclan après le passage, vendredi soir, des kamikazes à la solde de l’organisation État islamique.
 
Pour le ministère, ces clichés portent une «atteinte grave à la dignité humaine», mais également au secret de l’enquête, selon la plainte recensé par Lumen, un organisme qui suit de près les demandes de retrait de contenus numériques. Depuis quelques jours, ils étaient partagés par des sympathisants à la cause des terroristes tout comme par des représentants de l’extrême droite européenne cherchant dans cette tragédie la preuve de l’échec des politiques d’ouverture et de solidarité entre les peuples.
 
Twitter a répondu favorablement à la demande de censure des Français en retirant les photos de ses serveurs, mais également en bloquant un mot-clic utilisé par des personnes proches de la mouvance djihadiste, et ce, afin d’éviter qu’il ne se retrouve dans les «tendances» de conversation sur la page d’accueil du site.
 
Le culte de la transparence, moteur de développement des univers numériques dans les dernières années, rencontre une nouvelle fois sa limite ici face à un événement tragique et expose à nouveau les différences culturelles qui l’accompagne parfois : en janvier dernier, les photos des corps des policiers abattus devant les bureaux de Charlie Hebdo à Paris avaient été censurées par les médias en France alors qu’elles avaient été largement diffusées par les médias anglophones.
 
Dimanche, les photos de l’intérieur du Bataclan après le drame, avec cette jeunesse sans vie reposant au sol, ont été publiées par le tabloïd The Mirror en Grande-Bretagne. Le Daily Mail, dans le même pays, et Sud Info en Belgique ont emboîté le pas en posant toutefois un flou de circonstance sur les victimes.
 
«Le connard qui a posté la photo du Bataclan, ton intelligence est aussi inexistante que le cœur des terroristes», écrit Tara Weber sur Twitter où l’appel à la censure a fait apparaître quelques réactions fortes, rappelle le magazine Arrêt sur Image.
 
«À ceux qui sont choqués par la photo du Bataclan, vous étiez moins prude avec celle d’Aylan dont on nous a gavé», répond un certain SyMangue faisant référence à la photo du corps inerte du petit Syrien, enfant d’exilés, retrouvé sur une plage en Turquie début septembre.
 
Face à l’horreur, à la violence aveugle et l’incompréhension, les mutations ne peuvent être que moins tranquilles.