Google et le leurre de l’intelligence

Il est parfois tentant de croire que l’avènement des univers numériques repose finalement sur un leurre. Et une équipe de psychologues de l’Université Yale, aux États-Unis, vient aujourd’hui apporter de l’eau à ce moulin en démontrant que les utilisateurs d’un moteur de recherche finissent, à la longue, par se croire plus érudits qu’ils ne le sont.
 
Comment? En surestimant leur savoir par l’appropriation indue de la connaissance que le moteur de recherche a trouvée pour eux, révèle une série d’expériences menées sur près de 200 cobayes connectés sur l’immatérialité de la chose humaine.
 
Matthew Fisher, Mariel Goddu et Frank Geil résument les résultats de cette psychanalyse de groupe dans la dernière livraison du Journal of Experimental Psychology.
 
«La recherche en ligne fait naître une illusion chez les utilisateurs qui finissent par confondre l’accès à l’information et la maîtrise de cette information, écrivent-ils. Ces recherches sur Internet augmentent leur niveau de confiance cognitive, mais également les trompent sur l’information qu’ils ont vraiment en tête. Ils considèrent leur cerveau comme étant plus actif», même si une partie de cette activité est désormais remise entre les mains d’un réseau dont l’humain semble oublier la réelle fonction.
 
Pour arriver à cette conclusion, l’équipe de scientifiques a effectué 9 séries de tests durant lesquels un groupe branché et un qui ne l’était pas devait trouver réponse à une question simple : «comment fonctionne une fermeture éclair», «pourquoi y a-t-il des petits renfoncements dans une balle de golf»… ? Entre autres. L’histoire des États-Unis, la santé, l’anatomie étaient également parmi les thèmes à explorer, en ligne ou pas.
 
Pour les chercheurs, cette «illusion de la connaissance» est probablement liée à la dépendance de ces humains à un réseau, dépendance qu’ils chercheraient désormais à nier ou à oublier en considérant comme provenant d’eux un savoir, une intelligence, une connaissance, auxquels une entité autre, numérique et impalpable, leur permet désormais d’accéder.

Danger pour l’humanité ou preuve que la mutation actuellement n’est plus vraiment technique, mais bien sociale? La réponse se trouve certainement quelque part sur le réseau — Google pourrait permettre d'y accéder —, mais elle dépend également du côté de la barrière de la modernité où l’on se trouve!
2 commentaires
  • J-F Garneau - Inscrit 25 avril 2015 11 h 54

    La lecture de votre billet m'a rappelé ce reportage sur l'utilisation du téléphone "intelligent" en classe. Dans une classe, on a permis. Dans l'autre pas. Des ados du secondaire.
    Question posée par le prof (je ne me rappelle plus de la vraien question) mais disons quelle a été l'influence de Roosevelt sur la réforme du système bancaire?
    Dans la classe sans accès à l'internet: **silence**criquets**
    Dans la classe avec téléphones intelligents: silence pour un moment de recherche... puis le début d'une discussion, alimentée en temps réel par des recherches de plus en plus pointues, de liens inatendus, de discussions animées, de realtions avec le présent.

    Alors, oui, peut-être "l'illusion de la connaissance". Mais je préfère être dans la classe avec l'accès internet, ou le focus n'est pas le "savoir" mais ce qu'on en fait.

    J'imagine les mêmes discussion à l'époque de Gutenberg.

    "La recherche en (bibliothèque) fait naître une illusion chez les utilisateurs qui finissent par confondre l’accès (aux livres) et la maîtrise de cette information, écrivent-ils. Ces recherches (dans les bibliothèques) augmentent leur niveau de confiance cognitive, mais également les trompent sur l’information qu’ils ont vraiment en tête...."

  • Yves Bastarache - Abonné 25 avril 2015 16 h 22

    Je crois bien comprendre votre point de vue, mais le rapport avec le sujet de l'article me semble léger...