L'inventeur du Web plaide pour une Charte des droits numériques

Scène du film d'animation <em>Finding Nemo</em> (2003) réalisé par Andrew Stanton.
Photo: Pixar Animation Studios Scène du film d'animation Finding Nemo (2003) réalisé par Andrew Stanton.
Le silence et l'indolence pourraient être fatals. Devant la tentation de contrôle et de surveillance des univers numériques par les gouvernements, les administrations publiques et les compagnies privées, Tim Berners-Lee lance aujourd'hui un cri d'alarme: la liberté du Web est désormais compromise, estime l'ingénieur britannique qui a présidé à la naissance du World Wide Web (WWW) il y a 25 ans et qui aujourd'hui plaide pour l'adoption, à l'échelle mondiale, d'une Charte des droits numériques. Son objectif? Garantir l'indépendance de l'Internet et surtout protéger sans concession la vie privée de ceux et celles qui s'y perdent ou s'y retrouvent.

« En contrôlant l'accès à l'Internet, en décidant quels sites Web sont accessibles ou pas, une entreprise finit par avoir un énorme contrôle sur votre vie », a dit l'homme, il y a quelques jours, à l'occasion du Web We Want Festival de Londres. The Guardian résume l'intervention ici.

« Même chose pour un gouvernement qui, à titre d'exemple, en bloquant l'accès aux pages produites par une opposition politique, peut donner une vision réduite de la réalité pour asseoir son pouvoir.» Et il ajoute: « Le pouvoir d'abuser de l'ouverture de l'Internet est devenu désormais très tentant pour les gouvernements et les grandes entreprises ».
Avec, à la clef, une bonne raison pour l'humanité de s'en inquiéter.

Partisan de la libre circulation des idées, y compris celles avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord, celles qui font peur, celles qui évoquent toutes les facettes de l'humanité, y compris les plus sombres, sans toutefois sombrer dans l'illégalité, Tim Berners-Lee réclame un Web débarrasser de l'espionnage et de la censure, répondant à une sorte de Grande Charte, dit-il. Une Magna Carta Libertatum en somme, cette charte qui, au 13e siècle, garantissait en 63 articles les libertés individuelles dans l'Angleterre du baronnage, et qui nous rappelle du coup qu'un humain peut faire évoluer ses outils, mais jamais les risques et dangers qui le menace.