Référendum écossais: les réseaux sociaux étaient dans l'erreur

À côté de la plaque! Si le référendum sur l'indépendance de l'Écosse, qui vient tout juste d'être remporté par le camp des unionistes pro-UK, s'était joué dans les univers numériques, le «oui» l'aurait remporté.

Ce constat troublant, des chercheurs britanniques viennent de le réaliser, confirmant une fois de plus que les réseaux sociaux, face aux mouvements de foules et aux décisions collectives (mais pas que), sont finalement des espaces choyés, non pas pour témoigner de la réalité, mais surtout pour en offrir une vision déformée.

Un doute? La mesure des messages qui ont transité sur le réseau Twitter le jour de la votation donnait en effet la victoire aux indépendantistes, avec un résultat évalué à 54 % en faveur de «oui», a établi une analyse de contenu menée par des chercheurs de la Robert Gordon University (RGU). Après dépouillement des bulletins de vote, c'est finalement l'inverse qui s'est produit, dans la nuit de jeudi à vendredi, avec 55,3 % des voix récoltées par le camp du «non».

La distorsion est loin d'être surprenante, alors que dans les dernières semaines, les militants pour l'indépendance de l'Écosse ont occupé les nouveaux territoires dématérialisés de l'existence et de l'engagement avec un peu plus d'engouement que les autres. Preuves en vrac: sur le réseau marqué d'un oiseau, les mots-clics #VoteYes et #YesScotland ont été trois fois plus utilisés que ceux émis par les opposants au projet d'indépendance #bettertogether et #NoThanks, a constaté le bureau britannique de Twitter. Sur Facebook, c'est la même histoire décalée qui s'est jouée, avec des appuis largement plus affichés en faveur du «oui» (336 000 «j'aime») que du «non», salué de 220 000 «j'aime».

À l'heure des bilans, on constate donc que l'opinion publique, sur la question de l'indépendance, était finalement ailleurs et que les réseaux sociaux peuvent facilement devenir des outils de désinformation plutôt que d'information, des espaces de propagande organique même, soutenue par des hordes d'humains certainement pleins de bonnes intentions et de belles convictions, mais qui au final ont fini, malgré eux, par nier une réalité, en groupe.

Et tout ça, n'est finalement pas très moderne. À une autre époque, bien avant l'entrée de l'Écosse sous le giron britannique, il y a 307 ans, on croyait en effet que la terre était plate, non pas parce qu'elle l'était, mais bien parce que ceux qui avaient la meilleure lecture du réel n'arrivaient pas à parler assez fort face à un groupe qui faisait lui un peu trop de bruit.

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2 commentaires
  • Jacques Cameron - Inscrit 22 septembre 2014 03 h 30

    Les apprentis-sorciers.

    Votre exemple de la terre plate est contre-productive. Ceux qui s'opposaient à la science de l'héliocentrisme étaient des conservateurs bien au chaud dans les pantouffles de leur imaginaire statique qui craignait le changement de paradigmes.
    Il est normal que la fougue et la jeunesse de ce désir de liberté collective face à l'establishment se soit propagées avec plus de vigeur sur ce jeune média hyperactif qu'est l'internet. Ce sont les analystes apprentis-sorciers qui ont tirés les mauvaises conclusions sur ce phénomène. Ainsi, de comparer les tenants du oui aux obscuratistes du moyen-âge est également du journalisme d'apprenti-sorcier.

    • Stuart MacMillan - Inscrit 22 septembre 2014 11 h 33

      Merci M. Cameron. “…on croyait en effet que la terre était plate” – C’est une analogie très malhonnête. Quelle est la vérité cachée que les partisans du “NON” ne voient pas?