Lecture: le livre papier plus fort que sa version numérique

La lectrice (1864), oeuvre de Federico Faruffini
Photo: La lectrice (1864), oeuvre de Federico Faruffini
Numérique, mais pas forcément aussi prégnant. La lecture d'un bouquin dans un format électronique laisserait en effet moins de traces à l'esprit qu'une lecture sur du bon vieux papier. C'est du moins ce que vient de mettre en lumière une étude réalisée en Europe pour mesurer les conséquences de la numérisation du livre sur la pensée humaine.

Les résultats de cette recherche ont été livrés récemment lors d'une conférence en Italie par Anne Mangen de l'Université Stavanger en Norvège qui a piloté la chose. Le quotidien britannique The Guardian résume l'affaire ici.

En gros, un petit groupe de 50 lecteurs a été exposé à la lecture d'un livre de 28 pages, signé par la romancière américaine Elizabeth George. Une moitié l'a lu sur du papier. L'autre sur un Kindle, célèbre liseuse numérique qui, dans les dernières années, s'est multipliée dans les mains de lecteurs un peu partout sur la planète, y compris au Québec. Un examen portant sur les sujets évoqués dans l'histoire, sur le déroulement de l'action et sur les personnages a suivi cette lecture.

Bilan de l'opération: les lecteurs exposé à l'histoire sur du papier ont obtenu de meilleurs résultats au test que ceux qui sont entrés dans le récit en passant par la liseuse, et ce, particulièrement lorsqu'on leur a demandé de mettre dans le bon ordre chronologique les 14 éléments de l'histoire. Les chercheurs pointent du doigt le rapport tactile différent entre les deux formats qui aurait donc une incidence significative sur l'absorption et assimilation de l'information présentée.

«Quand vous lisez sur du papier, vous pouvez sentir avec les doigts la quantité de pages qui s'accentue à gauche et qui rétrécit à droite», résume Mme Mangen dans les pages du quotidien anglais. «Cette progression de la lecture est palpable en plus d'être visuelle» et pourrait expliquer en partie les différences dans la rétention et la compréhension du récit. Une rétention facilitée par la tangibilité du papier et par sa charge sensorielle que le livre numérique, avec ses pages qui disparaissent dans un disque dur une fois lues, n'a pas.

L'étude de Mme Mangen s'inscrit dans un programme d'études plus vastes menées actuellement par un réseau de chercheurs un peu partout en Europe pour mieux comprendre les mutations de la lecture à l'ère du numérique. Des mutations qui forcément viennent avec des nouveaux possibles et quelques paradoxes.
9 commentaires
  • Michel Sénécal - Inscrit 21 août 2014 04 h 35

    Il y a des changements qu'on n'a pas le choix d'accepter

    C'est bien connu; les gens qui aiment lire préferent les livres.
    Mais pour les jeunes, c'est une autre histoire.

    Pour avoir passé des années sur les routes en Asie, j'ai vu les changements. Il y avait partout des librairies qui vendaient ou échangeaient des livresé. Aujourd'hui ces mêmes librairies sont remplies de vieux livres, que tout le monde a lu.

    Il y a wifi presque partout alors les livres récents, les jeunes et moins jeunes les téléchargent. Ok, ce n'est pas pareil, mais quand tu voyages pendant des mois et que tu peux avoir tous tes livres avec toi, c'est tout de même génial. Surtout pour les guides de voyage.

    On peut rêver, mais il y a des changements qu'on n'a pas le choix d'accepter.
    Il va sûrement arriver un moment ou un livre sera uniquement disponible en téléchargement. Les écolos ne peuvent certainement pas être contre.

    Michel Sénécal

    • Alexandre Dubé - Inscrit 21 août 2014 09 h 52

      Bonjour M. Sénécal,

      Je ne partage aucunement votre vue sur cela. Primo, il faut balayer l'argument que les écolos devraient être contents; il s'agirait d'écolos de salon, qui ne sont pas conscients que les liseuses, bourrées de métaux lourds, fabriquées dans des conditions inqualifiables dans des pays en industrialisation qui utilisent volontiers de la main d'oeuvre mineure, tendent à se décomposer plus lentement qu'un livre de papier.

      Secundo, l'essor des livres numériques est surtout dû aux prix. Je le constate quotidiennement dans les bibliothèques - même universitaires -; il y a une austérité ambiante sur la culture, et le moins cher est le mieux. Tant pis pour ceux pour qui lire sur des tablettes ou des ordinateurs donne la migraine, et qui ne retiennent pas l'information.

      Tercio, le culte de l'électronique est largement entretenu par des gens plutôt intéressés financièrement dans le milieu de l'éducation. Toutes les études, sauf celles payées par les vendeurs de ces technologies, montrent que ce n'est que du tape à l'oeil. Comme c'est du tape à l'oeil de détenir l'oeuvre complète de Balzac dans un objet de moins d'un kilo, ou d'avoir dans la cour d'école le joujou qui brille le plus.

      Si le livre prend une tangente numérique, c'est par manque de ressources financières dans les institutions culturelles (entreposage des documents, entretien, achat plus coûteux, disponibilité plus restreinte qu'un simple download). Ce n'est ni souhaitable pour la culture, ni pour l'éducation, ni pour l'écologie. Les seuls qui peuvent saluer cela en toute honnêteté, ce sont peut-être les physiothérapeutes chargés de soigner les maux de dos.

      On a le choix de refuser, et si on se résigne, on poursuit la course contre la montre vers le misérabilisme le plus total qui règne dans cette province.

      Ne serait-ce pas plutôt une illustration de la culture ambiante ...?

    • Geneviève Talbot - Abonnée 21 août 2014 13 h 02

      Étrangement, alors que l'économie collaborative semble être à la mode (AirBnb, Uber et autres) où l'on partage persque tout avec des inconnus, l'utilisation de liseuses rend très difficile le partage nos belles lectures. Les bons romans papier ont encore une longue vie je crois!

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 21 août 2014 09 h 59

    Quel genre de "liseuse"?

    Kindle Paper White ou Fire? Donc écran de papiel ou LCD? Écran de 6 po ou 9 po?

    Je crois depuis le début qu'un écran de papiel souple sur deux pages continues en vis-à-vis augmenterait le confort de lecture et sa rétention. L'épaisseur des pages n'a rien à voir là-dedans.

  • Étienne Duclos-Murphy - Inscrit 21 août 2014 12 h 54

    Jamais

    Jamais je n'échangerai mon livre en papier pour une "liseuse".

    Nombre d'inconvénients à la "liseuse" qui surpassent ses avantages.

    Un livre ça a une odeur, on le touche autant qu'on le regarde, tenir un livre dans ses mains procure un feeling que je ne retrouverai jamais avec un appareil électronique!

    Bonne lecture.

  • Jocelyn Bérubé - Inscrit 22 août 2014 15 h 10

    Praticien

    Je pratique la lecture électronique depuis maintenant 3 ans. J'ai débuté avec une « liseuse » puis je suis passé à la tablette de 8 pouces que je préfère nettement: j'ai un meilleur contrôle sur l'éclairage et j'ai accès à internet la plupart du temps (wifi).

    Ah oui! J'ai 60 ans et je lis de 50 à 150 pages par jour!

    Bien sûr, au début, j'ai moi aussi vécu toutes les nostalgies du livre papier, mais je m'y suis fait et j'ai retrouvé le même plaisir de lire. La seule chose que je déplore, c'est le peu de disponibilité de littérature générale par rapport à la littérature de genre. Ceci dit, je ne me remettrai plus à acheter des dizaines et des dizaines de livres papier chaque année. Avec le temps, l'éventail de livres électroniques disponibles s'étendra.

    Finalement, les bibliothèques électroniques où l'on peut emprunter des livres par ordinateur permettent un accès à un plus grand choix malgré quelques contraintes qui s'amenuiseront elles aussi avec le temps.

    En terminant, je dois à la vérité d'écrire que je suis un informaticien à la retraite. L'écran, quel qu'il soit, ne me fait donc pas peur.

    Jocelyn Bérubé

  • Caroline Pilon - Abonnée 22 août 2014 22 h 23

    Surprenant?

    Après avoir essayé pendant plusieurs mois de me mettre à la liseuse numérique (pour la raison pratique que c'est plus facile à avoir avec soi) j'ai finalement abandonné et n'utilise cette dernière que pour quelques textes qui n'existent que sous le format numérique.

    Il y a effectivement ce rapport à l'épaisseur et toute une série d'éléments intuitifs et fortement ancré dans le physique qui influencent la lecture. Personnellement, je passe aussi mon temps à revenir en arrière, relire des passage, aller à la table des matières, etc. Tout ceci est très frustant à faire avec un livre numérique...