Google confond «droit à l'oubli numérique» avec «censure»

Cela devait arriver! La ligne mince entre le droit à l'oubli numérique et la censure des médias vient peut-être d'être franchie par la multinationale américaine Google qui, en réponse à des demandes de protection de réputation en ligne, vient de faire disparaitre de ses résultats de recherche en Europe plusieurs articles et chroniques publiés par The Guardian, The Daily Mail ou encore la BBC, le Radio-Canada des Brits.

Le geste découle de l'application d'un arrêt récent de la Cour de justice de l'Union européenne qui permet désormais aux citoyens de cette zone géographique d'exiger de Google et autres gestionnaires de contenus en lignes que des articles archivés, compromettants leur image et réputation, soient effacés de la Toile. La presse britannique, elle, s'en offusque et déplore ne pas pouvoir porter ce genre de «déréférencement» en appel.

La liste des papiers censurés par Google est assez disparate. On y retrouve entre autres une chronique publiée en 2007 par Robert Preston, chroniqueur économique de la BBC, sur les investissements toxiques de Stan O'Neal, ex-boss de la banque Merrill Lynch, des articles sur un arbitre écossais de soccer qui aurait laissé passer un but trop facilement lors d'une rencontre entre deux équipes du coin, un texte sur un avocat accusé de fraude, sur un couple ayant forniqué dans un train ou encore sur la plainte déposée par un musulman contre la compagnie aérienne Cathay Pacific. En gros.

Dans les pages du Guardian, James Ball s'inquiète de cet effet pervers d'une loi censé facilité l'effacement de traces compromettant en ligne, mais dans le respect de la liberté d'expression et de presse, écrit-il, en soulignant l'absence d'explications précises envoyées au quotidien par Google pour justifier le déréférencement des articles ciblés. Ces articles existent toujours en ligne, mais ne sont pas associés par le moteur de recherche à des mots-clefs particuliers.

Ball y voit d'ailleurs là une pente plutôt glissante, mais également l'ouverture d'une porte troublante par laquelle les riches et puissants de ce monde vont pouvoir passer pour lustrer leur image et leur réputation sur le Web, en abusant de ce nouvel outil de censure.

Depuis mai dernier et le jugement de la Cour de justice de l'Union européenne, Google dit avoir reçu près de 70 000 demandes d'effacement de contenu au nom de ce nouveau droit à l'oubli numérique. Une mathématique qui laisse présager le pire pour les médias européens, mais qui fait également hurler Jimmy Wales, fondateur de Wikepedia qui, sur le réseau Twitter, écrit: «Je l'avais dit: censurer Google, c'est censurer la presse».

Et tout ça, comme dirait l'autre, ne fait sans doute que commencer...
1 commentaire
  • Christian Vandendorpe - Inscrit 4 juillet 2014 03 h 28

    Qui est responsable ?

    Votre titre rejette sur « la multinationale américaine Google » une censure de l'information qui lui est en fait imposée par un jugement inepte, venant de juges qui n'ont pas pleinement envisagé les conséquences de leur jugement. Comme le dit un journal britannique, c'est comme si on permettait d'aller brûler dans les bibliothèques les livres contenant des vérités qui nous gênent.