Le financement participatif a-t-il atteint son point d'incompétence?

Si le «Principe de Peter», cette loi empirique qui inscrit l'incompétence et la nuisance pour le groupe dans l'ascension hiérarchique, s'appliquait aux choses et aux concepts, le sociofinancement, que les Anglos nomment crowdfunding, pourrait certainement en être la première victime.

L'actualité des derniers jours en donne le début du commencement d'une preuve. Mardi, le blogueur montréalais Pascal Forget, spécialiste des nouvelles technologies, a apporté en effet la première eau à ce moulin dans un billet intitulé Kickstarter et moi, c'est fini. Kickstarter est un site phare du financement participatif.

En substance, l'homme y dresse avec méthode et exemples les raisons de sa colère et de son désenchantement. Ici, en évoquant le financement d'un projet dont la date de lancement, sans cesse reportée, laisse présager l'arnaque. Là, en parlant de chaussettes inusables dont les propriétés ont été certainement surévaluées pour faire sortir le micro-financement dans les réseaux sociaux... avec efficacité d'ailleurs: Pascal Forget avoue candidement avoir déboursé 1400 $ dans une quinzaine de projets de création de produits sur le célèbre site américain de sociofinancement.

Philosophe, il écrit: «Kickstarter ne devrait pas être un endroit où les entrepreneurs inexpérimentés, les rêveurs optimistes et les escrocs peuvent obtenir de l’argent sans rendre de comptes». Comme on dit à Toronto: Touché!

Aujourd'hui, c'est au tour de deux figures importantes dans le monde des épargnants de sonner l'alarme dans les pages du Devoir. Stan Buell, président de la Small Investor Protection Association (SIPA), et Ken Kivenko, du Groupe consultatif des investisseurs de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario (CVMO), évoquent dans un rapport dont il est question ici les qualités du sociofinancement qui seraient celles «d’un casino et non pas d’un véhicule permettant de faire de l’argent pour des investisseurs », écrivent-ils.

« Si des investisseurs fortunés et sophistiqués veulent miser de l’argent sur des combines au modèle d’affaires mince ou inexistant, la SIPA n’y voit pas de problème. Ils ont les moyens de prendre des risques », ajoutent les deux observateurs en disant toutefois craindre pour les autres, les masses ordinaires à qui s'adressent réellement ces espaces de sociofinancement, masses aussi qui pourraient facilement se faire attraper par de belles promesses impossibles à tenir. Le sociofinancement, qui pour le moment cible l'appel aux dons, au financement d'objets culturelles ou de petites entreprises, fait souvent appel à l'émotion pour sensibiliser les internautes à une cause.


Le financement participatif, incarné dans les univers numériques par des sites comme Kickstarter.com, Fundo.ca, Haricot.ca et Yoyomolo.com, fait actuellement l'objet d'une réflexion réglementaire aux États-Unis comme au Canada.