Montréal: ville plus intelligente d'ici 2017, mais un peu moins respectueuse du français

Il y a de l'ambition dans l'air à Montréal où l'administration Coderre souhaite faire de la métropole une des villes les plus intelligentes au monde d'ici 2017, a-t-elle annoncé mercredi. Une ville plus intelligente? Oui, mais pas forcément une des plus respectueuses du français: le chef du Bureau de la Ville intelligente et numérique qu'elle vient de mettre en place pour mener à bien son projet ayant été présenté sans scrupule hier comme... le Chief Digital Officer (CDO) de Montréal. Le quoi? Le Chief Digital Officer, comme il y en a un, en ces termes, à New York, Washington, Vacouver, Amsterdam ou encore Barcelone. Pour ne citer qu'eux.

Le titre — pour ce poste qui n'est pas encore comblé — cherche sans doute à donner de la prestance et de l'envergure à la fonction en l'inscrivant dans cette sémantique anglophone qui préside en ce moment à l'avènement timide de villes intelligentes aux États-Unis et en Europe. Mais ce faisant, il témoigne aussi du manque d'intelligence dont a fait preuve la plus grande métropole francophone d'Amérique du Nord, comme on dit encore dans les atlas géographiques, en ne prenant pas la peine de le franciser.

Pourtant, en grattant un peu dans les univers numériques, elle aurait pu trouver quelques tonalités inspirantes au contact d'un «Responsable du service numérique» ou encore d'un «Chef du bureau de la transition numérique». Le responsable de ce bureau pourrait également être présenté comme le «Chef des mutations numériques», le «Directeur des réformes numériques» ou toute autre dénomination locale et culturellement teintée par l'esprit du Québec capable d'exprimer l'audace et la modernité que cette fonction va devoir incarner.

Le responsable de ce bureau va devoir en effet mettre en place le cadre nécessaire pour faire émerger une administration publique numériquement ouverte et transparente, mais également des services en réseau, en format mobile, des infrastructures connectées...  pour accroitre leur efficacité. Il va aussi devoir le faire, avec un budget de 400 000 $ pour 2014, dans une ville qui ne dispose d'aucun indicateur numérique mesurant en temps réel la plupart des mouvements humains (piétons, voitures, autobus, vélos...), mouvements financiers (contrats, perception des taxes, paiements de comptes...) ou état de ses infrastructures. Ce qui pourtant serait une base incontournable pour pouvoir commencer à parler d'une «ville intelligente».

Toronto a près de 800 de ses «tableaux de bord» utilisés par les gestionnaires pour prendre des décisions quotidiennement. À Montréal, il est également presque impossible d'accéder à un réseau sans fil dans le métro, pourtant lieu de passage de milliers d'urbains connectés chaque jour.

Comme Le Devoir l'a exposé récemment dans ses pages, l'idée de «ville intelligente» trouve depuis quelques mois écho favorable dans la communication politique, ici comme ailleurs, où l'on cherche à en faire une solution magique au cynisme et à la morosité ambiante. Les marchands de technologies en abusent aussi pour mieux profiter, eux, des fonds publics.

Le concept est pour le moment bien creux, mais cela n'est pas une bonne raison pour ne pas le faire résonner en français.
 

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