Semaine de sevrage numérique: faire le vide pour appréhender le trop plein

Connected: oeuvre de l'artiste Kassey McMahon (http://art.atypicalart.com/Connected)
Photo: Kassey McMahon/Kevin Rolly Connected: oeuvre de l'artiste Kassey McMahon (http://art.atypicalart.com/Connected)
Le vide permet parfois d'appréhender le trop. C'est en tout cas ce que croit le magazine Adbusters, spécialiste de la campagne qui déstabilise et de la question qui dérange.

Depuis lundi et jusqu'à dimanche prochain, il invite en effet les humains ayant déplacé une partie de la sociabilité dans les univers dématérialisés à se détacher complètement de tous leurs objets connectés dans le cadre d'une «semaine de sevrage numérique» — Digital Detox Week, comme on dit au pays de Facebook. Le but? Prendre conscience, par l'excès inverse, de cette obsession très contemporaine pour la surconnexion qui finit par nous déconnecter du réel, tout en attisant narcissisme et voyeurisme chez l'internaute, estiment les instigateurs de cet appel au débranchement.

Le projet, qui entre dans sa deuxième journée aujourd'hui même, s'accompagne d'une série de défis à relever ou de réflexion à mener sur notre présent numérique. À titre d'exemple, au premier jour, Adbuster a donné à ses fidèles la procédure à suivre pour effacer son compte Facebook, un réseau passé «maitre dans l'art de titiller le narcissisme des gens pour en tirer profit, tout en créant la plus grande base de données de marketing au monde», peut-on lire.

Adbusters invite au passage les aspirants au sevrage à se détacher tout autant des autres réseaux qui, par effet d'entrainement, ont tendance à réduire l'humain à sa dimension purement consommante, tout en abusant de ses faiblesses: l'angoisse de la solitude, l'exhibitionnisme, le voyeurisme, la vanité...

La résistance de l'esprit

Le groupe de pression, célèbre pour ses détournements de campagnes publicitaires et sa Journée sans achat, prévient toutefois que l'exercice risque de ne pas être facile pour tout le monde. «Chaque jour de cette semaine va être plus difficile que le précédent. Vous allez vivre un manque, votre esprit va résister, mais, à terme, vous allez trouver la quiétude, renouer enfin avec votre être intérieur perdu et avec le monde qui existe au-delà de l'écran».

Ce goût de l'éloignement des technologies semble dans l'air du temps à en croire les nombreuses expériences de détachement technologique ou appel au sevrage numérique qui ont retenti sur le Web depuis la fin de l'année dernière.

Morceaux choisis: en décembre dernier, Arianna Huffington — la madame derrière le site de nouvelles du même nom — s'est lancée avec trois de ses amis un défi de la déconnexion: une semaine loin des nouveaux objets numériques du quotidien qui instaurent sournoisement leur régime de dépendance. Elle a choisi la période des fêtes pour rendre l'exercice est peu moins compliqué.

La semaine dernière, Teddy Wayne du New York Times a relaté une mise à distance similaire qui lui a permis d'expérimenter, raconte-t-il, le principe du FOMO — Fear of missing out, en anglais, cette peur de manquer quelque chose qui s'installe lorsque l'on prend conscience que le monde numérique continue de tourner sans nous. Il a aussi renoué avec le papier, a triché deux fois, et pris le temps de réfléchir malgré tout sur l'ensemble des mutations sociales induites par des outils et surtout des usages dont les conséquences deviennent visibles surtout lorsqu'on cesse d'avoir le nez collé dessus, l'instant d'une semaine!
 
1 commentaire
  • André Société d'art vocal de Montréal - Abonné 12 février 2014 23 h 07

    Merci!

    Mon camelot m'a oublié ce lundi et... je n'ai pu lire cet article qui, comme tout ce que vous analysez, nous ramène à une modernité humanisante. J'espère qu'ils seront nombreux à suivre cette consigne pleine de sagesse et qu'à nouveau, nous puissons échanger des regards dans les lieux publics affranchis d'appareils discordants. Je ferme l'ordino.