Angry Birds: jouer pour mieux se faire espionner

Photo: Sam Spratt (http://samspratt.com/)
Le temps de l'innocence prend fin certainement aujourd'hui avec cette énième révélation d'Edward Snowden, ex-agent de la National Security Agency (NSA), sur la surveillance de simples citoyens par les services secrets américains, mais aussi britanniques. Une surveillance facilitée, apprend-on aujourd'hui, par de simples et épidémiques applications de jeu, comme Angry Birds. Horreur.

Les cochons ne sont pas seulement là où on les voit dans le célèbre jeu de la maison Rovio, selon The Guardian qui met une nouvelle fois en lumière les dérives numériques du présent, et ce, sur la base des informations «secret-défense» amassées par le lanceur d'alerte Edward Snowden alors qu'il était employé de la NSA. Le New York Times et ProRebublica participent à cette autre divulgation d'une douzaine de documents portant entre autres sur l'espionnage passif des masses par l'entremise des téléphones dits intelligents.

Au coeur de ce projet: les applications de jeu, comme Angry Birds, mais aussi d'autres apps toutes aussi inoffensives, en apparence du moins, et sur lesquels les services secrets se sont penchés pour intercepter les données personnelles susceptibles de passer par là. L'âge, le sexe et l'emplacement géographique de l'utilisateur étaient du nombre, mais également, dans certains cas, le contenu de son carnet d'adresses — qui indique par le fait même ses liens d'amitié — ou encore son orientation sexuelle ont pu être récoltés par interception et croisement de données, selon les documents obtenus.

La NSA a développé également des outils pour s'emparer d'informations personnelles sensibles en passant par les photographies téléversées dans les réseaux sociaux par les abonnées, une mine d'or selon les espions, à un croire un document de présentation de l'agence. Google tout comme les apps de cartographie numérique ont aussi permis à ces limiers 2.0 de mettre la main sur des données que les internautes ne voulaient pas forcément partagées avec eux. Les agences de publicité pour applications mobiles, comme Millenial Media qui bosse entre autres avec Andry Birds, Farmville, Call of Duty et d'autres, seraient également des tuyaux propices à la collecte de données sur les internautes à leur insu, bien sûr.


Dans les pages numériques du quotidien britannique, Rovio, créateur d'Angry Birds, s'est défendu de toutes complicités avec les services secrets américains, affirmant ne jamais avoir été mis au courant de cette activité de collecte d'information sur les utilisateurs de son jeu. Millennial Media, pour sa part, n'a pas voulu commenter ces nouvelles révélations.



 
4 commentaires
  • Marie-Claude Lefrancois - Inscrite 27 janvier 2014 22 h 58

    Les jeux de pouvoir

    Le pire, c'est l'impuissance de prouver une telle puissance d'intrusion tentaculaire, tout en le sachant. Le savoir sans pouvoir décider si ça vaut même la peine de se mobiliser personnellement ou collectivement puisque les motivations d'intrusion sont obscures et si compartimentées (le "clouding"). C'est en être victime, chez soi, avec ceux qu'on aime, sans vouloir céder à la paranoia, bien qu'on sache que trop de convergences d'informations pourraient nuire, car déconnectées de leur contexte culturel et humain. Pour continuer à alimenter la confiance et la spontanéité, on ne veut pas en parler et ainsi se faire le porte-parole d'une insécurité généralisée qui rentabilisera alors des contrats légaux et systèmes de protection de plus en plus sophistiqués donc onéreux, justifiés par cette même crainte d'incursion dans nos vies privées... On subit tous les effets de l'intrusion, qu'on le sache ou non. Qui nous acculent peu à peu à se sentir exclus des gens, des alliances et des références familières et historiques entretenues avec eux. Et c'est totalement navrant. Tout le monde y perd. Qu'on veuille se prémunir contre le viol de notre intimité ou s'en enrichir par des services, serveurs, réseaux et techniques devant nous en protéger, la peur est vraiment la pire des motivations pour enrichir la communication puisque la marchander nous empêche d'évoluer socialement. Le cortex rationnel, assaili par ces peurs, n'est plus autant utilisé puisque désormais, on utilise la partie limbique de notre cerveau, sollicitée par cette émotion, pour prendre des décisions qu'on croit éclairées. Le pire c'est que c'est normal d'être guidé par le centre névralgique des émotions puisque sa source d'anxiété est diffuse ou invisible, tout en étant bien perceptible.

    • alain petel - Inscrit 28 janvier 2014 05 h 23

      Est-ce qu'on peut développer sur le "clouding" ? Autant les nuages pouvaient inspirer la rêverie jadis, autant aujourd'hui ils expriment le côté malade du monde.

  • Maxime Hokayem - Inscrite 29 janvier 2014 11 h 02

    Orthographe

    Malheureusement, j'accorde très peu de crédibilité aux articles bourrés de fautes d'orthographe.

  • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 29 janvier 2014 16 h 12

    Lanceur d'oiseaux

    Il y a sans doute une certaine logique pour légitmiser ce genre d'action.
    Toute personne passant 5 minutes par jour à lancer virtuelemment un oiseau sur des cibles n'est-il certainement un terroriste potentiel?