Les droits d'auteur font disparaitre des contenus en ligne

Kate Hudson lisant des vieux livres dans le film Fool's Gold (2008)<br />
Photo: Warner Bros. Pictures Kate Hudson lisant des vieux livres dans le film Fool's Gold (2008)

C'est un des effets pervers de la numérisation et de la dématérialisation qu'un juriste vient de mettre en lumière, analyse de données en main: les lois sur les droits d'auteur, en vigueur dans le monde de l'édition, éloigneraient des internautes un grand nombre de contenus qui y sont encore assujettis et donneraient un volume démesuré aux textes du passé qui ne le sont plus. Un phénomène prévisible, selon lui, dans un monde où le culte de la gratuité et du micro-paiement font rage, et qui du coup gagnerait à interpeller créateurs et législateurs.

Paul J. Heald — c'est son nom —, qui bosse à l'Université de l'Illinois comme prof de droit, a décidé de passer au crible plusieurs milliers de bouquins vendus sur le site d'Amazon l'automne dernier. Résultat: les livres publiés initialement en 1910 et les années précédentes, ont une présence beaucoup plus forte sur les tablettes numériques du célèbre libraire que ceux publiés dans les années 2000 et 1990, constate-t-il dans un papier scientifique qu'il vient du publier dans les pages numériques et gratuites du Réseau de recherche en science sociale.

Les titres étant apparus dans la sphère culturelle entre 1850 et 1900 jouissent eux aussi d'une très belle vitrine et d'un volume important, contrairement au corpus des années 1930 à 1980 dont la présence est significativement moins remarquable. Dans ces volumes particulièrement bas, l'imaginaire littéraire des années 70 fait un tout petit peu exception, mais pas assez pour remettre en question l'équation commerciale qu'Amazon semble dessiner.

«L'expiration d'un copyright sur une oeuvre fait réapparaitre les vieux travaux [dans les univers numériques]», écrit-il. «À l'inverse, les données montrent que ce même copyright, lorsqu'il est toujours en vigueur, fait disparaitre des bouquins», avec à la clef une autre quantification troublante. Amazon offre à ses clients trois fois plus de titres provenant de 1850 que de 1950.

Généralement, une oeuvre tombe dans la sphère publique 70 ans après le décès de son créateur. Cette protection, que la numérisation des rapports humains et de la culture vient régulièrement confronter, se retrouve régulièrement au coeur de débats vifs et passionnés, plusieurs cherchant à réduire l'influence du copyright au nom du libre partage de la connaissance, d'autres voulant plutôt renforcer et resserrer son application pour mieux protéger les créateurs et encourager la création dans les nouveaux espaces de socialisation.
3 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 12 juillet 2013 07 h 15

    L'argent est une prison.

    Je rêve du jour où la vie, on ne sait jamais, sera autre chose que le CASH. Tout passe dans ce colimateur pour comprendre les tenants et aboutissants de ce qu'on observe en société. L'être humain s'est civilisé en s'enfermant petit à petit dans une cage, celle du CASH. Je me demande, système d'encadrement, pourquoi toujours réduire les choses de la vie ainsi?

    Imaginons les animaux de la nature qui auraient fait de même, mon intérêt serait d'autant moins grand de les observer, dans leur environnement sans liberté. Je ne veux pas prêcher contre la loi naturelle du plus fort, c'est plutôt que j'aimerais beaucoup que les plus forts en société ne le soient pas juste parce qu'ils ont plus de CASH que les autres.

  • André Pilon - Inscrit 12 juillet 2013 10 h 39

    Pourquoi ne pas considérer les FSI comme des diffuseurs?

    Dans "TPB AFK" (The Pirate Bay Away From Keyboard), les trois jeunes aux prises avec le monstre médiatique qui cherche à les écraser (on dirait des fourmis devant un éléphant), soumettent tout de même cette idée qu'un montant raisonnable soit perçu chaque mois auprès des consommateurs de contenu, afin d'en compenser les producteurs. Cela m'a fait penser qu'il existe déjà une telle structure qui semble donner de bons résultats pour à peu près tous les secteurs utilisant des productions à des fins commerciales. Il s'agit des sociétés de gestion de droits d'auteurs (http://www.cb-cda.gc.ca/societies-societes/index-f

    Pourquoi ne pas simplement obliger les fournisseurs de services internet (FSI) à collaborer avec ces sociétés pour développer des outils appropriés permettant de compenser les producteurs d'oeuvres diffusées par internet? Cela pourrait prendre une forme semblable à celles de la télévision par satellite ou par câble. C'est-à-dire que pour le consommateur de télévision, il n'y pas de différence de prix entre écouter une émission par mois et écouter une chaîne en permanence. Il suffirait s'appliquer le même principe pour internet en utilisant nos formidables outils informatiques, pour associer le contenu téléchargé avec son producteur, et ensuite le compenser financièrement.

    Qu'est-ce qui empêche sérieusement la mise en place d'un tel système, à part la mauvaise foi de l'industrie du droit d'auteur?

  • Pierre Allard - Inscrit 14 juillet 2013 19 h 45

    Au lieu des droits d'auteurs

    Le premier véhicule de la culture demeure le livre. Le livre dans le sens de sa forme, mais de son contenu qui est celui que nous avons associé à la Bibliothèque. La pensée évolue et les idées foisonnent, au rythme des événements, de l’imagination et des volutes de la culture elle-même qui grandit. Cette évolution suggère plus de livres qui trouveront leur place à la Bibliothèque et créeront plus de culture…. S’ils sont écrits, publiés et diffusés.

    Il y a quelques décennies, avec l’explosion des connaissances et du nombre de ceux qui avaient l’éducation et surtout le loisir d’écrire, être publié est devenu un privilège, une faveur rendue par un éditeur et un distributeur… Puis l’internet a changé la donne. Vraiment ? Changé la donne en apparence, seulement, car si tout le monde maintenant peut se publier, il est de plus en plus difficile de sortir du rang, de se faire remarquer parmi tous les volontaire-sécrivains qui ont fait un pas en avant… et d’être lu.

    En réalité, les menottes sont tombées et chacun peut désormais gesticuler dans l’écriture, mais éditeurs, distributeurs, agents littéraires et assimilés – qui seuls peuvent accéder au réseau des médias copains – restent les geôliers de la culture. Sans contention, mais ils ne vous laisseront pas échapper de la prison de anonymat si vous ne leur payez pas hommage et tribut.

    De sorte que n’est vraiment diffusé et offert à la population qu’une fraction de ce qui pourrait l’être. Être lu, pour le quidam qui se veut auteur, est déjà un gros défi. Être rémunéré pour l’être en est un plus grand encore et, s’il veut vivre de sa plume, il rencontrera des obstacle qui tendront à devenir insurmontables. Une société qui veut optimiser la culture doit pourtant libérer toute sa créativité. C’est l’État qui doit devenir l’éditeur universel.

    L’État devrait assurer la publication sur le Web de tout livre, essai, ou autre document littéraire, à la simple demande de tout citoyen qui en est l’auteur Tout ce qui sera prod