«J'aime»: l'expression d'une appréciation qui en dit long sur nous dans les univers numériques

«Les histoires d'amour finissent mal... en général», dit la chanson. C'est parfois vrai, surtout dans les univers numériques où l'expression de son amour pour des contenus, des personnes, des vidéos, des chansons — phénomène attisé par le réseau social Facebook et son épidémique fonction «j'aime» —, serait finalement plus lourde de conséquences qu'on pourrait le croire.

C'est en tout cas ce que vient de mettre en lumière une équipe de chercheurs de l'Université Cambridge en Grande-Bretagne. Selon elle, l'analyse minutieuse des «j'aime» générés par un internaute permet de tracer avec une précision redoutable la cartographie de son intimité, et ce, en donnant même du relief à des zones insoupçonnées, comme la couleur de sa peau, son orientation sexuelle, le divorce ou pas de ses parents, ses opinions politiques, sa consommation de psychotropes, son quotient intellectuel, son état d'esprit... Entre autres intrusions.

Les détails de cette étude viennent d'être dévoilés dans les pages du Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) aux États-Unis. Pour arriver à ses fins, l'équipe a commencé par passer au crible les profils d'environ 58 500 abonnés au réseau Facebook. Couplé à des questionnaires visant à cerner la personnalité de ces abonnés, l'exercice lui a permis de créer un algorithme prédictif très précis qu'elle a par la suite utilisé pour décoder l'intimité d'autres abonnés à ce réseau.

Et ça marche! Avec une précision de 95%, cet outil d'analyse des «j'aime» a permis en effet d'identifier la couleur de la peau de celui, ou celle, qui a partagé ainsi son appréciation d'une chose en ligne. Le sexe (93%), l'homosexualité (88%), la couleur politique (85%) ont également été identifiés avec une exactitude tout aussi troublante. Quant à la consommation de stupéfiant, 2 fois sur 3, elle était mise à jour par les «j'aime» de l'abonné.

Le niveau d'intelligence, l'instabilité émotive, l'inclinaison religieuse, l'extraversion — ou l'introversion —, l'ouverture d'esprit, l'état civil des parents, le niveau de bonheur ont également été mesurés par l'algorithme sur la base de l'étude des «j'aime».

L'usage de cette fonction dit beaucoup de choses sur nous, malgré nous, a résumé David Stillwell, co-auteur de cette étude, au risque de développer à l'avenir une inquiétude chez le milliard d'abonnés à Facebook à travers le monde. «Il y a un risque que les conséquences négatives liées à l'exposition numérique nuisent à la technologie, à la confiance dans les services numériques et finissent par éloigner les gens de ces outils», ajoute-t-il.

Lancée en 2009, la fonction «j'aime» est devenue rapidement le symbole du réseau Facebook, mais également celui d'une époque en phase de dématérialisation qui avait besoin de ce «bouton» pour cimenter les rapports sociaux dans les univers numériques, mais également permettre aux abonnés d'affirmer leur existence numérique avec une fonction simple. L'an dernier, 2,7 milliards de «j'aime» ont été produits dans l'enceinte socio-commerciale du réseau Facebook.




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