Printemps arabe et réseaux sociaux: une influence plus qu'exagérée

Les excès et les débordements ont été nombreux, y compris dans la façon dont les occidentaux ont regardé et décrit le «Printemps arabe» en le présentant avec une redondance souvent épuisante comme «la première révolution des réseaux sociaux». Une interprétation plus qu'exagérée, estime un blogueur marocain, pourtant au coeur de l'action à l'époque, et ce , deux ans après le lancement de cet incroyable cri de la liberté, dont les conséquences sont toujours improbables.

«Le rôle des réseaux sociaux dans le Printemps arabe a été très exagéré, notamment par les médias occidentaux. La révolution Facebook ou Twitter, tel que ces évènements ont été qualifiés, sont un mythe et un fantasme nés de raccourcis journalistiques», résume Mounir Bensalah qui vient de signer le bouquin Réseaux sociaux et révolutions arabes ? (Éditions Michalon). Son entrevue est reproduite sur le site d'information FRANCE 24.

«Les populations des pays arabes ne sont pas descendues dans les rues grâce aux réseaux sociaux, mais elles ont plutôt été poussées à se révolter pour des raisons sociales et politiques. D'ailleurs, peu de gens étaient réellement connectés, et beaucoup d'entre eux n'avaient même pas accès à un ordinateur», ajoute-t-il.

Amorcé en décembre 2010, ce grand mouvement de contestation populaire qui a frappé le monde arabe a pris son ampleur dans les mois suivants devenant du coup ce que l'on a qualifié de «Printemps arabe». Régulièrement, les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête, y ont été associés comme vecteur et catalyseur. En gros.



5 commentaires
  • France Labelle - Inscrite 5 février 2013 07 h 40

    Enfin, on retombe sur terre

    Deux ans après, on reconnaît que c'était un buzz comme il y en a eu périodiquement depuis le pc à l'école dans les années 80.
    Après tout, avant le cell, le téléphone arabe fonctionnait bien.

  • alain petel - Inscrit 6 février 2013 04 h 50

    Très juste France Labelle

    Vous faites preuve ici d'une vive présence d'esprit. Mais oui, téléphone arabe, je suis plié en deux comme un chameau !

  • Serge Grenier - Inscrit 7 février 2013 07 h 10

    Raisonnons à l'envers

    Imaginons qu'il n'y avait pas d'internet, de réseaux sociaux, rien de tout ça.

    Imaginez ça si vous êtes capables...

    Vous ne pourriez pas lire ce que j'écris et je ne pourrais pas l'avoir écrit non plus car je n'aurais pas pu lire le texte de Monsieur Deglise.

    Je ne saurais des soulèvements arabes que ce que les grands médias veulent bien que l'on en sache. Et la conscience collective ne saurait à peu près rien des manifestations qui ont lieu partout dans le monde pour toutes sortes de raisons.

    Je pense que ça va prendre beaucoup de temps avant que l'on puisse correctement évaluer l'impact des médias sociaux sur la psyché humaine et toutes les conséquences qui en découleront inéluctablement.

    Considérez le chemin parcouru par les médias sociaux depuis 20 ans et tentez d'imaginer où ils en seront dans 20 ans, dans 50 ans, dans 500 ans. Le virage informatique vient à peine de commencer et il ne va pas ralentir, bien au contraire.

    Alors les gens qui prétendent être en mesure d'évaluer l'impact des médias sociaux, devraient commencer par nous faire la preuve qu'ils savent de quoi ils parlent.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 7 février 2013 08 h 56

      Vous confondez médias sociaux et Internet. L'un donne accès à l'autre, c'est tout.

      Je ne fréquente aucun média social (le Devoir est un journal!), ça ne m'intéresse pas. Absolument pas, et je suis certaine d'être aussi bien informée que vous l'êtes: il y a en plus de l'information continue des émissions d'affaires publiques, y compris à la radio, d'excellents documentaires télévisuels qui nous viennent de partout, etc, etc.

      Les médias sociaux, dont je ne peux éviter les dommages collatéraux comme "Soyez le premier de vos amis (Wow!) à commenter... " C'est à peu près comme l'Internet, indispensable à une majorité de gens dans les démocraties développée, mais où on trouve aussi n'importe quoi, mis en ligne par n'importe qui: des chiens en prière, des femmes qui se font fouetter pratiquement vêtue de tuque, mitaines et manteau d'hiver et crient au meurtre sous l'oeil amusés des badauds (y a de quoi!), et j'en passe. Et y en qui gobent ça...

      Que ces "médias" aient des conséquences, bonnes ou mauvaises, et que l'on doive continuer à en évaluer les impacts, c'est un fait, mais ça n'enlève rien à la pertinence des propos de l'auteur cité, qui vient justement d'une de ces dictatures qu'il a très bien définies, et pas d'avantage aux commentaires qui les suivent.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 7 février 2013 07 h 41

    «Les populations des pays arabes ne sont pas descendues dans les rues grâce aux réseaux sociaux, mais elles ont plutôt été poussées à se révolter pour des raisons sociales et politiques. D'ailleurs, peu de gens étaient réellement connectés, et beaucoup d'entre eux n'avaient même pas accès à un ordinateur»

    Ce résumé de l'auteur me fait rire, juste un peu: qu'elles se soient révolté pour des raisons sociales et politiques tout le monde le sait!

    Mais effectivement, en plus des explications de M. Bensalah on imagine facilement que des trucs comme Google, qui s"accomodent bien de dictatures "élues" ou pas, n'auraient pas eu intérêt à facilter cette révolution. Peut-être-même que ça aurait été impossible.

    Quelqu'un m'a affirmé, bien avant cette révolte, qu'il pourrait perdre son passeport (tunisien) s'il critiquait le régime dans les pages du Devoir comme il le faisait avec moi. Et j'ai pu en avoir un genre de confirmation dernièrement lorsque j'ai fait un commentaire... juste un peu ironique, sur une célébration de je ne sais combien d'années de la dictature Bouteflika (Algérie) faite sur une interprétation de Ô fortuna (Carmina burana) présentée sur Youtube: une demie-heure plus tard, mon commentaire disparaissait "à la demande de l'auteur" tel qu'écrit par Google, un auteur anonyme, bien sûr...