Campagne électorale: les candidats sont invités à signer le Pacte du logiciel libre

Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger<br />
Photo: Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger

Au coeur de la campagne électorale provinciale, l'invitation a été lancée jeudi par l'Association pour l'appropriation collective de l'informatique libre (FACIL) à l'ensemble des candidats impliqués dans la course. Elle leur demande de prendre l'engagement formel de défendre le bien commun dans une société technologique en assurant la multiplication des logiciels non-privatifs partout au Québec en cas d'élection. Françoise David de Québec Solidaire et Henri-François Gautrin du Parti libéral ont signé ce que le FACIL présente comme le Pacte du logiciel libre.

Dans les grandes lignes, le groupe de pression explique que «l'informatisation ultra-rapide de la société soulève des problèmes d'ordre éthique et politique sur lesquels ne peuvent rester muets des hommes et des femmes qui aspirent à représenter le peuple québécois dans son Assemblée nationale». L'Association ajoute que la question des logiciels libres est intimement liée à celles touchant la protection de la vie privée, la pérennité et l'accessibilité des données publiques, mais également la gestion saine et efficace des fonds publics. Entre autres.

Le Pacte du logiciel libre, que le FACIL propose aux candidats de signer d'ici le 4 septembre prochain, soir du scrutin, estime que «l'usage et le développement du logiciel libre, en participant à la préservation des libertés fondamentales à l'ère du numérique et au partage du savoir, favorisent l'accès de tous les Québécois aux richesses de la nouvelle économie». En apposant leur griffe au bas, les candidats s'engagent à «encourager les administrations» à utiliser ces logiciels, mais également à faire la promotion des formats informatiques dits ouverts et à défendre les droits des utilisateurs et créateurs de ces logiciels.

La candidate de QS dans la circonscription de Gouin, Françoise David, l'a signé. Henri-François Gautrin, qui défend les couleurs libérales dans Verdun en a fait autant. Rappelons que l'homme a piloté le groupe de travail sur la gouvernance numérique qui a accouché au printemps d'un important rapport, le rapport Gautrin, recommandant entre autres au gouvernement d'encourager la prolifération des logiciels libres dans l'appareil gouvernemental.

Une poignée d'autres candidats leur ont également emboité le pas dans les dernières 24 heures.

Les logiciels libres ont régulièrement été sous les projecteurs dans les dernières années, surtout depuis que la Cour supérieure ait reconnu coupable la Régie des rentes du Québec en 2010 pour l'attribution d'un contrat de service informatique sans appel d'offre à la multinationale américaine Microsoft. Ce contrat, dénoncé par les défenseurs du libre, faisait abstraction du coup de leurs logiciels, sans raison valable.

Récemment, l'Assemblée nationale s'est placée dans la même délicate situation lors du renouvellement de son parc informatique avec un contrat allant à l'encontre de la Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles des organismes publics et des entreprises du gouvernement — à laquelle elle n'est pas assujettie —, mais qu'elle a toutefois votée.

En Europe, aux États-Unis, en Australie et dans plusieurs provinces canadiennes, les logiciels libres sont de plus en plus encouragés par les administrations publiques qui voient en eux une façon de diminuer leur dépendance couteuse aux grandes multinationales de l'informatique. Ces applications permettent aussi d'allonger la durée de vie des ordinateurs, de réduire la fracture numérique entre les riches et les pauvres, d'assurer un meilleur partage des données produites par le gouvernement. Le logiciel libre  est également une pièce importante dans la construction d'une démocratie dite numérique qui vise à stimuler la participation citoyenne par une meilleure circulation de l'information dans les nouveaux espaces de communication.


7 commentaires
  • André Cotte - Abonné 25 août 2012 15 h 08

    Les partis négligés croient aux logiciels libres

    Quand on regarde attentivement la liste de ceux qui ont signé le Pacte du logiciel libre jusqu'ici, on se rend compte que les partis les plus susceptibles de former le gouvernement ne se sont pas empressés (à l'exception de M. Gautrin) à appuyer cette initiative.

    Un système proportionnel servirait davantage le libre en envoyant au Parlement des députés qui croient à l'importance du libre pour une meilleure gouvernance.

    • Georges Washington - Inscrit 27 août 2012 13 h 18

      Bien que je sois un ardent défenseur du logiciel libre dans la fonction publique et ailleurs, je pense que parler de meilleure gouvernance via le logiciel libre est une grossière exagération de ses vertus.

      Le libre se justifie dans la fonction publique pour la simple et bonne raison que l'informatique dans la fonction publique appartient au public. Partant de là, il est plus que normal que l'argent des contribuables serve à redonner quelque chose à la communauté, c'est ce que permet le libre. En tant que citoyen, à fonctionnalité équivalente, je préfère nettement que mon argent serve à permettre le développement de logiciels dont la propriété intellectuelle est communautaire. C'est la philosophie qui devrait primer dans la fonction publique.

  • Jean-François Trépanier - Inscrit 26 août 2012 20 h 51

    No more Bill, no more Gates

    Il faut absolument que l'État québécois cesse de payer des droits pour des logiciels de qualité douteuse et fragiles aux attaques de pirates. Imaginez l'économie si on passe au logiciel et gratuit... certainement assez pour rendre les frais d'éducation universitaire gratuits.
    Plus jamais de facture, plus jamais de barrières !

    • Georges Washington - Inscrit 27 août 2012 13 h 20

      Passer au libre ne se fait pas à un coût zéro. Et je ne suis pas d'accord qu'il n'y aura plus jamais de facture. Au contraire, l'argent dégagé devrait servir à améliorer les logiciels utilisés par la fonction publique, à y incorporer les fonctionnalités spécifique requises par la fonction publique. L'argent autrefois dévolu à l'acquisition de logiciels sous licence privée devrait servir à assurer le développement des logiciels libres pour la fonction publique et le soutien technique dans le cadre de l'utilisation dans la fonction publique.

  • Denis Gobeille - Abonné 27 août 2012 08 h 33

    Développer notre nation

    Il faut avoir une vision de l'avenir pour défendre ce projet qui peut être porteur d'un développement économique extraordinaire. Imaginez un Québec qui maîtrise son développement numérique et l'exporte.

    • Georges Washington - Inscrit 27 août 2012 13 h 22

      Voilà la bonne vision. Au lieu de dépenser des millions transférés dans les poches d'éditeurs de logiciels, pourquoi ne pas utiliser ces millions pour développer la maîtrise et l'expertise ici?

      C'est d'ailleurs ce que fait la France, en partie, et certaines villes comme Toulouse, qui sont encore plus actives de ce côté. L'argent dépensé appartient au public et le logiciel libre retourne une valeur ajoutée à la communauté.

  • Louis Bourque - Inscrit 28 août 2012 13 h 02

    instructive discussion, et cohérence requise

    Intéressante discussion parmi le petit nombe de commentateurs.

    Sans connaître assez le logiciel libre, j'ai mémoire d'un accord de principe récent (2010) donné par le Conseil du Trésor aux ministères pour le renouvellement des systèmes d'exploitations : les ministères étaient autorisés à conclure sans concourt du logiciel libre, des contrats avec la firme Microsoft pour les logiciels et la formation Windows. La valeur des contrats potentiels était estimée à 800M$. Assez pour construire au Québec ou à Montréal une industrie du logiciel libre. Cette industrie rendrait des services sociaux d'une valeur bien supérieure à celle du jeu vidéo, que l'on a amplement subventionnée. Simplement car sa fin serait productive.

    Parce que Windows est un système de réputation inférieure aux Libres de base Unix en fait de fiabilité et de robustesse, on douterait de l'oppurtunité de ces contrats. Mais c'est bien la possibilité de développer ici, des technologies répondant à nos besoins, à notre culture et à nos problèmes qui demande de substituer le Libre au logiciel propriétaire.

    Enfin, convenons que l'on peut difficilement facturer les étudiants, justifier l'austérité par l'exonération fiscale des grandes sociétés, et céder le trésor public aux corporations étrangères. Cette politique a assez duré, autant que celle du développement par le divertissement.