Solange te parle: un web-phénomène artistique en France aux tonalités très québécoises

L'exercice de style, amorcé en novembre dernier avec une première capsule où Solange te parle d'obésité, fait de plus en plus de bruit, dans les réseaux sociaux, oui, mais aussi dans les pages du magazine culturel français Les Inrockuptibles où le travail de cette jeune artiste vient d'être salué.

«Chez Solange, pas de parler vite [...] pas de cascades: c'est une certaine rigueur qui sous-tend chacune de ses interventions, peut-on lire. On pourrait presque employer pour Solange l'expression de "nouvelle vague"(rapport aux internets)». Rien de moins.

Solange — Ina Mihalache de son véritable nom —, qui a passé sa jeunesse à Montréal avant de s'expatrier à Paris en 2004, l'a bien cherché. C'est qu'en 11 capsules, pour le moment, celle qui a été révélée par Mathieu Amalric dans un court-métrage intitulé Deux cages sans oiseaux, présenté à Cannes en 2007, a réussi la construction d'un univers séduisant, atypique et terriblement intelligent dans lequel elle questionne avec langueur et une fausse naïveté son quotidien.

Tout y passe. Rien n'est laissé au hasard. À coup de deux minutes, pour respecter la capacité de concentration des siens, elle aborde son rapport à la fenêtre, à l'accouplement, aux ustensiles, au journal, à la victoire, à l'indigestion et tout récemment au québécois, une langue, dont elle s'est éloignée, avoue-t-elle, mais qui participe à la construction de son identité. «C'est une question qui m'est proche et intime», a expliqué aujourd'hui au Devoir cette drôle de Solange, fille d'un immigré roumain et d'une Québécoise qui dit avoir perdu volontairement son accent vers l'âge de 10 ou 11 ans pour des «raisons existentielles et esthétiques». «J'explore chaque lettre de l'alphabet dans ces capsules. À la lettre Q, Québécois me semblait une évidence.»

Complexe et lumineuse. Jeune et branchée. Interprète et réalisatrice. Solange aime visiblement jouer avec le caractère composite de son présent, des choses et d'elle-même. «J'aime aussi questionner les notions de vacuité, d'enfermement, mais également essayer de disséquer les choses minuscules du quotidien, ajoute-t-elle, toutes ces choses qui vont de soi pour la plupart des gens, mais qui pour moi sont abyssales et complexes».

La trame de fond est porteuse. Elle semble autant inspirée par Roman Opalka, un peintre franco-polonais obsédé par les chiffres, que par le travail de John Baldessari, cet artiste conceptuel californien admiré par Solange et qui, dans les années 70, a appris l'alphabet à une plante verte, ou encore par l'humoriste franco-absurde Pierre Desproges que la comédienne vient tout juste de découvrir. «Nos univers sont très proches, dit-elle, et j'adore sa tête».

Elle aurait pu dire la même chose d'Éric Rohmer, le réalisateur cérébral français, qui n'aurait pas détesté le ton monocorde et torturé de ces petits fragments d'art numérique qui viennent de révéler Solange... à sa plus grande surprise d'ailleurs. «Ce qui arrive en ce moment, c'est très excitant, mais ça fait aussi très peur, dit-elle à l'autre bout du fil. Je dois démêler tout ça»... Et peut-être, tout ça va finir par donner corps à une nouvelle capsule qui pourrait s'intituler Solange te parle d'ascension ou de vertige. Pourquoi pas?




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