Solange te parle: un web-phénomène artistique en France aux tonalités très québécoises

Éthérée, délicate, loufoque, sensible, poétique et franchement décalée. Depuis quelques semaines, Solange fait sensation en France avec une série de capsules vidéos, intitulées simplement Solange te parle..., distillant sur la Toile le regard délicieusement absurde de cette jeune Québécoise de 26 ans. Un web-phénomène, imaginé depuis son appartement parisien, qui va à contre-courant de l'hyperactivité numérique du moment, mais qui confirme une fois de plus qu'aujourd'hui le succès ne tient pas à grand-chose, surtout quand on a une bonne connexion Internet. Et beaucoup de talent.

L'exercice de style, amorcé en novembre dernier avec une première capsule où Solange te parle d'obésité, fait de plus en plus de bruit, dans les réseaux sociaux, oui, mais aussi dans les pages du magazine culturel français Les Inrockuptibles où le travail de cette jeune artiste vient d'être salué.

«Chez Solange, pas de parler vite [...] pas de cascades: c'est une certaine rigueur qui sous-tend chacune de ses interventions, peut-on lire. On pourrait presque employer pour Solange l'expression de "nouvelle vague"(rapport aux internets)». Rien de moins.

Solange — Ina Mihalache de son véritable nom —, qui a passé sa jeunesse à Montréal avant de s'expatrier à Paris en 2004, l'a bien cherché. C'est qu'en 11 capsules, pour le moment, celle qui a été révélée par Mathieu Amalric dans un court-métrage intitulé Deux cages sans oiseaux, présenté à Cannes en 2007, a réussi la construction d'un univers séduisant, atypique et terriblement intelligent dans lequel elle questionne avec langueur et une fausse naïveté son quotidien.

Tout y passe. Rien n'est laissé au hasard. À coup de deux minutes, pour respecter la capacité de concentration des siens, elle aborde son rapport à la fenêtre, à l'accouplement, aux ustensiles, au journal, à la victoire, à l'indigestion et tout récemment au québécois, une langue, dont elle s'est éloignée, avoue-t-elle, mais qui participe à la construction de son identité. «C'est une question qui m'est proche et intime», a expliqué aujourd'hui au Devoir cette drôle de Solange, fille d'un immigré roumain et d'une Québécoise qui dit avoir perdu volontairement son accent vers l'âge de 10 ou 11 ans pour des «raisons existentielles et esthétiques». «J'explore chaque lettre de l'alphabet dans ces capsules. À la lettre Q, Québécois me semblait une évidence.»

Complexe et lumineuse. Jeune et branchée. Interprète et réalisatrice. Solange aime visiblement jouer avec le caractère composite de son présent, des choses et d'elle-même. «J'aime aussi questionner les notions de vacuité, d'enfermement, mais également essayer de disséquer les choses minuscules du quotidien, ajoute-t-elle, toutes ces choses qui vont de soi pour la plupart des gens, mais qui pour moi sont abyssales et complexes».

La trame de fond est porteuse. Elle semble autant inspirée par Roman Opalka, un peintre franco-polonais obsédé par les chiffres, que par le travail de John Baldessari, cet artiste conceptuel californien admiré par Solange et qui, dans les années 70, a appris l'alphabet à une plante verte, ou encore par l'humoriste franco-absurde Pierre Desproges que la comédienne vient tout juste de découvrir. «Nos univers sont très proches, dit-elle, et j'adore sa tête».

Elle aurait pu dire la même chose d'Éric Rohmer, le réalisateur cérébral français, qui n'aurait pas détesté le ton monocorde et torturé de ces petits fragments d'art numérique qui viennent de révéler Solange... à sa plus grande surprise d'ailleurs. «Ce qui arrive en ce moment, c'est très excitant, mais ça fait aussi très peur, dit-elle à l'autre bout du fil. Je dois démêler tout ça»... Et peut-être, tout ça va finir par donner corps à une nouvelle capsule qui pourrait s'intituler Solange te parle d'ascension ou de vertige. Pourquoi pas?




7 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 21 avril 2012 14 h 20

    Carole

    Plus près de nous, nous avons les désopilantes capsules de "Carole aide son prochain"(est-ce que Solange s'en est inspirée?).

    Faudra-t-il attendre que Carole soit reconnue en France pour que nos journalistes en parlent.

    Avec un peu d'autonomie, on devrait pouvoir l'apprécier par nous-mêmes.

  • Moteur - Inscrit 23 avril 2012 11 h 42

    Sympa!

    Tout ses gestes me semble chorégraphiés, la mise en scène est efficace, les textes et le scénario, amusants et j'aime bien la forme de sa bouche puisqu'elle en parle pour une autre raison.

    Pour sa question à la fin, j'écris ce qui me passe par la tête présentement!

    C'tu correct?

    La précision du langage, n'a d'égal que sa capacité à créer des frontières, à diviser. Je suis curieux de savoir que sera l'impact sur la pensée quand la technologie aura parfaitement maitrisé cette lacune, en temps réel.

    • Yves Côté - Abonné 24 avril 2012 03 h 11

      Oui mais "La précision du langage, n'a d'égal", aussi, que sa possibilité à rencontrer l'autre dans sa singularité la plus enrichissante ! ...

      Et c'est ben correct .

      Tourlou !

  • Moteur - Inscrit 24 avril 2012 10 h 38

    Je ne sais pas pourquoi...

    Je place les frontières de la langue dans la même catégorie que celles de la religion! Je dis frontières et pas autre chose!

    @Yves Côté
    "rencontrer l'autre dans sa singularité la plus enrichissante ! ..."

    Serait beaucoup plus pratique si on peut comprendre ce qu'il dit!

    Le sentiment d'appartenance à une culture, véhiculé par la langue, va tout simplement être transféré sur d'autres critères si la langue n'est plus une frontière. C'est sur ce point que je me pose des questions et je suis curieux car beaucoup d'indices pointent vers cette direction.

  • Moteur - Inscrit 24 avril 2012 11 h 43

    En passant...

    Comme elle évoque ses origines primitives en parlant du langage au Québec, je me dis que c'est plutôt son accent français qui devrait être considéré comme ses origines primitives si on respecte la chronologie des événements. Notre langage est un mutant qui a pour origine le français de France non?

    L'oeuf ou la poule?
    Bon ok, c'est un coq mais y doit bien avoir pogné une poule pour pondre un œuf Québécois non?

    Si on veut faire du Darwin avec de la bière, je pense qu'un Français mélangé au vin, produit un argot mutant tout aussi comparable!

    Snobisme?

  • jacknath - Inscrit 24 avril 2012 15 h 26

    l'accent français? Quel accent?

    je suis toujours surpris quand j'entends nos cousins Québécois parler de ''l'accent français''.
    je me doute qu'ils doivent évoquer l'accent parisien, encore qu'une oreille exercée distingue les différents faubourgs de la capitale.
    je ne parle de l'accent des banlieues, et plus encore celui des différentes provinces..
    moi non plus, je ne distinguais pas, quand je suis arrivé dans cette bonne ville de Québec, si mon interlocuteur venait du lac St Jean.