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Six degrés de séparation? Non, 4,74 à l'ère des réseaux sociaux

Les certitudes ne résistent pas toujours aux révolutions. À preuve, depuis 1929, l'humain est persuadé d'être relié à n'importe qui d'autres sur terre par une chaîne de relations individuelles qui compte au plus cinq personnes. On appelle ça, la théorie des six degrés de séparation. Une théorie qui, sous l'effet de la numérisation des rapports sociaux, devrait aujourd'hui être revue à la baisse: à 4,74 degrés, pour être précis.

Oui, on savait que le monde est petit. Aujourd'hui, on apprend qu'il continue de rétrécir. C'est en tout cas ce qui ressort d'une étude menée conjointement par l'équipe de statisticiens de Facebook — l'épidémique réseau social — et des chercheurs de l'Université de Milan en Italie. Les résultats viennent tout juste d'être rendus publics.

Pendant un mois, à l'aide d'un algorithme développé dans les laboratoires de l'université italienne, les scientifiques ont passé au crible les liens d'amitié exprimés en ligne par 721 millions d'utilisateurs du réseau, propriété de la multinationale américaine Facebook. Le but? Mesurer la distance maximale entre deux usagers en suivant les chemins qui se tissent entre eux par l'intermédiaire de leur connaissance.

Résultat: en 2011, les humains qui revendiquent une existence numérique ne sont désormais plus qu'à 4,74 personnes les uns des autres. Aux États-Unis, où les adeptes de Facebook sont au dessus de la moyenne mondiale, ce degré de séparation est de 4,37, indiquent les résultats de l'enquête dévoilés il y a quelques heures sur la page Facebook des chercheurs. Forcément.

Mise à jour par l'écrivain hongrois Frigyes Karintgy en 1929, la théorie des six degrés de séparation a surtout connu ses premières heures de gloire après avoir été reprise par le psychologue américain Stanley Milgram à la fin des années 60. Avec 296 cobayes humains et une série de cartes postales qui devait être envoyée à un homme vivant dans la banlieue de Boston. Il fallait connaitre personnellement l'homme pour lui adresser la carte directement. Sinon, il fallait compter sur une connaissance et ses connaissances pour arriver jusqu'au banlieusard. On résume. Dans ce cadre méthodologique, Milgram a alors quantifié la séparation entre deux individus: 5 personnes ou moins, pour six degrés.

Fait amusant, en 2008, alors que la numérisation des échanges sociaux commençait à sortir du cadre formel des courriels pour se jouer dans des lieux d'échanges un peu plus permanents, une étude du géant Microsoft sur le même sujet avait établi cette séparation à 6,6. 240 millions d'usagers avaient alors été mis sous le microscope de la sociologie.

Tout en revoyant la mesure à la baisse, Facebook vient également éclairer la notion d'amitié dans ses frontières avec une deuxième étude portant sur les liens entre usagers. En substance, on y apprend qu'un Facebookien sur 10 vit sa vie numérique avec moins de 10 amis et 20 % avec environ 25. Et tout ça n'est qu'exception puisque la moitié des abonnés à ce réseau déclare avoir plus de 100 amis numériques, une réalité difficile à appréhender, diront plusieurs, surtout si tous ces «amis» devaient accepter une invitation à une party de Noël dans le sous-sol de votre bungalow ou dans un 5 et demi du quartier Rosemont à Montréal. Par exemple.






5 commentaires
  • Mathieu Bouchard - Inscrit 27 novembre 2011 12 h 06

    Facebookisme

    Ça veut pas dire qu'on connaît plus de gens aujourd'hui, ça veut dire qu'on a plus de gens dans nos carnets d'adresses qu'on connaît pas ou très peu.

    Il y a d'autres différences possibles aussi, qui sont pas toujours claires : est-ce qu'on mesure l'habileté moyenne des gens à retracer d'autres gens, ou on mesure le trajet le plus court qu'ils auraient pu obtenir en choisissant à chaque fois la bonne personne à qui envoyer ?

    Si c'est une question d'habileté, je peux trouver quelqu'un plus rapidement en faisant des recherches plus ou moins automatiques pour savoir laquelle de mes connaissances connaît la personne finale, ou pour savoir comment augmenter mes chances en passant par des gens qui «connaissent» beaucoup d'autres gens, etc. Le genre de raccourci qu'on a pas quand on doit appeler plein de gens pour leur demander, ou pire, envoyer une lettre au pif.

  • Etienne Denis - Inscrit 28 novembre 2011 12 h 18

    Petite erreur de logique

    Ici, on compare des pommes et des oranges. Le "six degrés de séparation", c'est pour toutes les personnes de la planète. Or, facebook regroupe une personne sur dix. Quand on arrive au 4,74 degrés, il en manque encore neuf... Ce que cela démontre, c'est que le chiffre 6 est certainement faux, et que pour connecter l'enfant d'un bidonville africain à celui qui vit au bout des steppes de Mongolie, ça prends probablement beaucoup plus d'étapes.

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 29 novembre 2011 02 h 08

    Logarithmes

    Je pense qu'on peut s'attendre à ce que ce genre de chose suive une règle logarithmique selon la grosseur de la population, si tous les autres critères sont pareils. Ainsi, si on a 6 degrés de séparation pour une population d'un milliard, ça veut dire que chaque degré de séparation gère 31 ou 32 fois plus de gens en moyenne (racine sixième d'un milliard, qui est aussi racine carrée de mille), et qu'un rapport de dix dans les grosseurs de populations signifie deux-tiers de degré (10 exposant 9 donne un milliard, 6 degrés / 9 = 2/3).

    Ça peut aider à comparer, mais dans ce cas, ça voudrait dire que pour la planète comparé à FaceBook, c'est juste 4,74 ⅔ degrés de séparation, ce qui est loin de la prédiction d'Étienne.

    Mais j'ai pas de modèle mathématique complet pour justifier l'hypothèse des logarithmes. C'est possible que le nombre de degrés de séparation progresse de manière plus subtile que ça par rapport à la taille de la population, mais juste comme ça, je vois pas, et ça doit être quelque chose de similaire aux logarithmes.

    Mais dans tous les cas, les grosseurs de carnets d'adresses influent énormément sur les résultats, tellement qu'on devrait dire que l'étude des degrés de séparation est en fait une étude de l'impact planétaire des carnets d'adresses.

  • DelireWeb - Inscrit 30 novembre 2011 16 h 03

    Hum...

    On oublie un facteur important : quand les liens sont si fragiles, alors que ces derniers se produisent même entre personnes ne se connaissant pas du tout ni ne s'étant jamais vus, on ne peut prendre au sérieux une telle étude qui ne se fonde que sur les données d'un site tel Facebook... On peut parler de réels degrés de SÉPARATION, constitués de liens fragiles, intangibles, "fuzzy" et toujours imprévisibles dans leur durée réelle... Bref : c'est de très peut d'intérêt.

  • DelireWeb - Inscrit 30 novembre 2011 16 h 09

    Ajout au dernier message

    ...Pour finir sur l'intérêt dont parle mon denier message : le seul intérêt résiderait en la capacité technologique pour quelqu'un voulant communiquer quelque chose au plus de monde possible : les liens informatiques, binaires, ne sont pas le reflet de la réalité mais offrent un véhicule inédit pour spammer le plus de monde à moindre coût, c'est le SEUL intérêt et ça ne me concerne guère (sinon qu'en tentant d'éliminer ou saboter les spiders et autres espions marketing qui veulent s'installer sur mon ordinateur ou sur mes "comptes sociaux" strictement personnels).