Un «couillon» qui fait tache dans les réseaux sociaux

Le temps de l'insulte facile en format numérique est-il sur le point de finir? En Suisse, en tout cas, cette méchanceté 2.0 vient de prendre un petit coup dans l'aile avec la condamnation d'une jeune internaute de 19 ans qui a eu la mauvaise idée de traiter de «couillon» et de «pauvre type» un de ses contemporains, sur Facebook. Tout simplement.

La réaction est certainement démesurée par rapport à l'action, mais il n'empêche: l'Helvète branchée vient d'être condamnée par un tribunal à une amende de 230 $ (plus frais de procédure de 1400$) dans une affaire de cyber-intimidation remontant au printemps derrière. Le quotidien Le Matin raconte: à l'époque, l'habitante de St-Gall, charmante agglomération de la Suisse alémanique, près du lac de Constance, prend part à un groupe opposé à la fermeture du «KuGI», une salle de spectacle du centre-ville dont le bruit, aux petites heures du matin, soulève l'ire de quelques voisins.

L'un d'eux a d'ailleurs porté plainte et obtenu que le pourvoyeur de décibels cesse ces activités plus tôt la fin de semaine, au lieu du 5h00 du matin traditionnel. Sur la page Facebook du plaignant, la jeune internaute s'exprime: elle le traite de «seckel» (couillon dans la langue de Nietzsche) et de «truurige mensch» (pauvre gars). Le pauvre gars n'a  pas apprécié, a porté plainte et vient d'obtenir réparation.

L'anecdote est certes localisée, mais elle annonce peut-être, en Suisse comme ailleurs, un changement de mistral sur la diffamation, l'insulte et la méchanceté qui s'exprime aujourd'hui, avec une insoutenable légèreté, dans les espaces numériques de communication. Une pratique qui se porte assez bien merci depuis l'avènement des réseaux sociaux, constate une récente étude québécoise sur la criminalité dans le Web 2.0, pilotée par Benoit Dupont, directeur du Centre international de criminologie comparée, et Vincent Gautrais, titulaire de la Chaire de l'Université de Montréal en droit de la sécurité et des affaires électroniques.

Twitter, Facebook et les autres ont ouvert tout grand la porte aux diffamateurs de tout acabit qui trouvent en ces lieux un terreau fertile pour leurs mesquineries et autres tentatives de porter atteinte à la réputation d'une personne. Et comment! Les poursuites judiciaires pour diffamation représentent aujourd'hui 15 % des dossiers touchant la criminalité dans l'univers du web 2.0 au Canada et aux États-Unis, selon les résultats de cette recherche qui brise un mythe: la Toile n'a pas fait augmenter les cas de menaces et de harcèlements. Elle est surtout un lieu propice à l'incivilité et à l'insulte gratuite.

L'anonymat — relatif — qui prévaut en ligne, la persistance de l'information ou encore la rapidité des échanges expliquent en partie le pourquoi du comment. Et bien sûr, vient d'établir un tribunal suisse, ce n'est pas parce que c'est instantané, distant et accessible depuis l'intimité de son salon que ce jeu de la calomnie est sans conséquence.




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