Hashtag ou mot-clic?

La mutation linguistique n'est pas jouée d'avance. «Mot-clic», la proposition de l'Office québécois de la langue française (OQLF) pour franciser le concept anglophone de «hashtag»,
inhérent au célèbre site de microclavardage Twitter, a déclenché de vives réactions
dans le cyberespace. Partout sur la planète francophone.

Dévoilée par Le Devoir hier — forcément sur Twitter — l'existence d'une version francisée de «hashtag», ce mot cliquable qui permet de faire du référencement dans le site de micro-clavardage, n'a laissé personne indifférent. Ce matin, le sujet est devenu l'un des plus abordé par les internautes sur Twitter, selon l'outil de mesure des tendances TrendsMontreal.

«J'aime! C'est une belle idée!», résume en moins de 140 caractères Audrée FP de Montréal. «Au moins, on a échappé à "borne de référencement interactive" ou autre horreur du genre», ajoute dans le même format Jérôme Lussier, de Montréal, lui aussi. «C'est parfait! Ça rend l'idée d'un mot-clé cliquable. C'est simple et concis. C'est ce qu'il faut», écrit Valérie Parent, qui se présente en ligne sous le pseudo de RubyFolie.

Même la France s'y est mise: «
#motclic est-ce que j'ai une tête de #motclic ? Est-ce que le #motclic est du côté obscur des révolutions?», demande Jeanne Perrier, maître de conférences dans un centre de formation de journaliste. «C'est frais!», ajoute un certain Benoit Darcy, de Paris.

Dans l'ensemble, l'idée plait. Mais elle a aussi fait apparaitre depuis quelques heures des poches de résistance sur la Toile.
Morceaux choisis: «Beurk et re-beurk! Je vais me #hastagger moi-même avant de voir #mot-clic utilisé couramment!», dit VeloCité. «J'ai adopté le mot courriel avec plaisir, mais ça, ça manque vraiment de colonne à mon oreille...;) », assure une certaine Lauzon. «Il est prouvé que si l'Office de la langue française ne trouve pas une francisation d'un mot après 1 semaine, c'est trop tard», ajoute, pour sa part, Samuel Larochelle.

Plus formel: «Chère OQLF, je m’engage à adopter le bizarre, mais poétique "infonuagique" si vous abandonnez le ridicule "mot-clic". Veuillez agréer, etc», dit Le machin à écrire, un internaute qui se dit comique. Quant à plusieurs esprits pratiques, ils font remarquer depuis quelques heures une évidence qui semble avoir échappé aux linguistes de l'OQLF: avec son trait d'union, mot-clic ne peut pas devenir, dans Twitter, un véritable mot-clic sur lequel il est possible de cliquer.

Dans les coulisses de l'usine à fabriquer de mots, on ne se formalise pas trop de la déferlante de commentaires induits par l'apparition de «mot-clic» que l'institution vient de faire entrer, sans tambour ni trompette, dans son incontournable Grand dictionnaire terminologique (GDT). L'OQLF rappelle que chaque traduction des nouveaux mots du quotidien que le monde anglophone place sur la route de l'humanité finit toujours par être adoptée par un grand nombre, une fois la surprise passée. Cela a été le cas pour le courriel — en remplacement du «e-mail» —, du clavardage — pour le «chat», ces conversations numériques en simultanée. Mais cela n'a pas été le cas pour le gaminet, ce t-shirt qui sémantiquement peine encore et toujours à changer de forme dans les conversations, autour d'une table de cuisine.
2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 18 février 2011 09 h 18

    Biutiful

    « Biutiful », une co-production Espagne Mexique, vient de faire son apparition sur nos écrans de cinéma. Nous avons tous deviné que « Biutiful », c'est un emprunt à l'anglais « Beautiful », hispanisé. Chose amusante, à Londres, New-York ou Toronto, Biutiful continuera de s'appeler Biutiful.

    Les hispanophones, d'Espagne ou d'Amérique latine, pourraient souvent nous inspirer dans l'art de s'approprier des mots venus d'autres langues et de les intégrer à l'espagnol, intégration phonétique et orthographique. Ce faisant, ils préservent une des grandes qualités de la langue : sa simplicité orthographique, surtout lorsqu'on la compare au français et pire, à l'anglais (qui, parmi les langues occidentales, est probablement celle qui affiche le plus grand nombre d'incohérences entre les graphèmes et les phonèmes).

    En français, les emprunts trop fréquents à l'anglais, faits de façon intégrale, ont pour effet de compliquer la langue, en introduisant de nouveaux phonèmes et de nouveaux graphèmes, sans parler des distorsions syntaxiques. Malheureusement, l'OLF semble impuissante face au phénomène, probablement parce qu'on le comprend mal. L'OLF a le don d'arriver trois ans trop tard, avec des solutions qui sont loin de faire l'unanimité, et qui ne font qu'alimenter les sources de dénigrement du français.

  • Gabriel Martin - Inscrit 19 février 2011 00 h 24

    Une place dans les dictionnaires?

    J'ai bien hâte de voir si les créations récentes de l'OQLF comme « mot-clic », « microbillets » et « infonuagique » seront dans le futur dictionnaire du français vu du Québec (le Franqus)... ou même dans l'hexagonal Petit Robert.

    Espérons que oui! car cela contribuerait à généraliser l'usage de ces équivalents français si bien choisit. Après tout, tant qu'un dictionnaire papier n'aura pas officialisé ces mots, bien des gens hésiteront à s'en servir et préférerons employer leurs équivalents anglais plus connus.

    Ne pas adopter ces trouvailles serait injuste envers notre langue, qui serait condamnée à être perçue comme incapable d'exprimer avec classe les mêmes idées que les mots anglais. Rappelons que la beauté d'un mot, comme celle de toute chose, dépend des yeux de celle ou celui qui regarde. Et le regard est parfois forgé... par la bête habitude.