Des moines et du silence

Moine jetant un coup d’oeil sur la ville de Luang Prabang, au Laos.<br />
 
Photo: Guillaume Bourgault-Côté Moine jetant un coup d’oeil sur la ville de Luang Prabang, au Laos.
 
Je me suis acheté des vêtements blancs et je suis monté au temple, tout au nord de la Thaïlande. Vers un peu de silence.

Des moines en tuniques oranges y donnent de temps en temps des formations d’initiation à la méditation et au bouddhisme. Je suis en voyage et j’ai le temps: pourquoi pas?

M’y voilà donc, assis en tailleur. Nous sommes une cinquantaine, mélange de voyageurs, de touristes, d’expatriés. Des Blancs en blanc. Cinquante personnes réunies pendant deux jours dans un centre planté au milieu d’un joli jardin, dans un coin du monde où les criquets sont la principale distraction sonore.

D’ailleurs, en matière de bruit, la première consigne consiste à se taire. Silence radio, silence de tout. Pratiquement pas un mot pendant 48 heures, même aux repas collectifs. C’est le plus étrange: être assis en face de quelqu’un pendant 45 minutes et ne rien dire. On a tous le nez plongé dans notre assiette — riz ou nouilles — et on n’entend que le bruit des fourchettes et des cuillères qui cognent contre les bols métalliques. Ce n’est pas exactement une ambiance à tout casser, mais ça va.

C’est donc dans cette bulle silencieuse qu’on médite. Assis. Couchés. En marche lente sur des tapis de cailloux blancs. Et encore assis. Je ne suis pas sûr de comprendre ce que je dois faire ou ce que je devrais ressentir, mais je suis le mouvement — ou plus précisément, l’absence de mouvement.

Pour résumer sommairement, je me dis que l’idée est d’arriver à ne se concentrer sur rien. De faire le vide intérieur. De simplement respirer, les yeux fermés, sans se laisser distraire par les 10 000 idées qui nous passent tous par la tête, tout le temps. Se nourrir du vide, tiens.

Alors dans ma tête pas de projet, pas de passé, pas de futur, pas de voyage, pas de rien d’autre que le moment présent où il ne se passe strictement rien sinon qu’une cinquantaine de personnes qui ne pensent à rien.

Mais ne penser à rien est paradoxalement un exercice plutôt fatigant. Parce que l’esprit est conditionné à un rythme effréné, habitué à meubler le silence et les temps morts. Il y a toujours un fil à suivre quelque part.

Mais pas ici, pas maintenant.

Chez les moines, on se pose, on inspire, on expire. Le calme plat (sauf peut-être à 5h du matin, quand sonne la cloche du réveil pour nous tirer des chambres spartiates où l’on dort).

Il y a aussi le moment des chants qui met un peu de piquant. Le moine donne la note, nous reprenons en choeur. Et c’est plutôt fascinant d’entendre un peu de beauté émerger du souffle de 50 personnes qui ne comprennent pas ce qu’elles chantent, mais qui trouvent naturellement le rythme des mots et le sens de la mélodie.

Parfois ça met quelques larmes discrètes aux yeux, quand on touche la bonne corde.

Et puis nous retournons dans le silence. Je reste une heure assis dans le gazon sans bouger, j’entends les oiseaux qui chantent autour. Je devrais théoriquement faire abstraction de leur présence, mais je décide que non: ce fil-là, j’ai envie de le suivre. Un petit fil fragile et léger avec des ailes pour aller n’importe où.
 
3 commentaires
  • Jean-Pierre Audet - Inscrit 26 mars 2015 17 h 29

    La beauté du silence

    Guillaume Bourgault-Côté semble avoir vraiment atteint un certain degré d'arrêt de la pensée. Mais est-ce totalement possible ? Je crois qu'il a aussi appris à laisser vagabonder son imagination sans en faire un drame. À preuve le fil du chant des oiseaux, un des plus beaux exemples du moment présent. J'ai connu des gens qui vivent ce genre de présence silencieuse pendant des années. Je les envie un peu. J'apprécie cependant ma nouvelle vie beaucoup plus trépidante avec fiancée, enfants et petits-enfants tout le contraire de silencieux.

  • Gaston Bourdages - Abonné 28 mars 2015 06 h 18

    Au fil de ma lecture de votre rendez-vous...

    ...avec le silence à travers ces moines et les autres membres «blancs en blancs» du groupe, je me suis rappelé et me rappelle combien et comment le silence parle. oui, combien il a à dire de soi à soi. Silence et moment présent: quelles forces ! Beauoup sinon tout y est. De superbes rendez-vous avec la vie dans sa plus simple expression. Ces expériences j'ai eu privilèges...(sic) de vivre et de connaître dans une cellule ou de prison ou de pénitencier où j'ai «habité» un certain temps...par besoins, pas par goûts je vous en assure.
    Une excellente fin de voyage à vous, grand pellerin de la vie!
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Patrick Daganaud - Abonné 28 mars 2015 10 h 57

    Mais seul est seul...

    Mais, je crois que seul est seul et plusieurs est commerce.