Le délicat spleen du pingouin

Bangkok au couchant
Photo: Guillaume Bourgault-Côté Bangkok au couchant
Il est 18 h, le soleil décline et moi je monte au 61e étage d’un édifice qui fait resto sur son toit. Dans le ciel de Bangkok, un fond de smog urbain et des jets de lumière orange.

À la balustrade du bar, il y a un serveur en complet noir et chemise blanche, l’air vaguement mélancolique, qui attend les commandes. Je dis : une bière, svp.

Le pingouin-spleen répond que ça fera 15 $. J’avale de travers les pistaches qui, elles, étaient gratuites. Il me regarde stoïquement en voulant dire : c’est cher, sauf que…

Sauf que les gratte-ciel qui s’illuminent un à un et révèlent une toute nouvelle ville. Sauf que la nuit qui jette doucement son voile sur Bangkok. Sauf qu’une mégapole d’Asie à la tombée du jour, vue du ciel — ou presque.

Le spectacle est émouvant. « Priceless », dit le serveur en reprenant son poste. Je reste longtemps à regarder le tableau, jusqu’à ce qu’il m’infuse à moi aussi un spleen délicat.

Je fais signe au pingouin : je pense que je vais reprendre une bière.