Regard neuf sur notre nordicité

Les scènes d'hiver urbaines croquées par le photographe Marc-André Dupaul seront présentées à l'espace extérieur du FOFA Gallery dans le cadre de Nordicité 2016.
Photo: Marc-André Dupaul Les scènes d'hiver urbaines croquées par le photographe Marc-André Dupaul seront présentées à l'espace extérieur du FOFA Gallery dans le cadre de Nordicité 2016.
Alors qu’elle grouille d’activités — et de monde — tout au long de la saison estivale, la ville semble s’endormir, paisible, sous le poids des flocons. Les jours raccourcissent, la température chute, les passants accélèrent la cadence, trouvent refuge dans les édicules de métros, fuient les espaces publics… Mais qui a dit qu’il fallait subir l’hiver ?

Du 4 au 12 mars prochain, Kopula, un collectif interuniversitaire montréalais qui réunit des amoureux de la ville, du design et de l’hiver, convie les Montréalais à poser un regard neuf sur la saison froide dans le cadre de la première édition de Nordicité. L’objectif ? Faire prendre conscience aux citadins que l’hiver peut se vivre au jour le jour, au-delà des frustrations quotidiennes et de l’événementiel ponctuel.

Déjà, depuis quelques années, la nordicité est dans l’air du temps et les événements qui proposent aux Québécois de prendre leur nordicité à bras-le-corps se multiplient. La Nuit blanche, l’Igloofest et Vélo sous zéro ne sont que quelques-unes des nombreuses facettes de l’hiver en ville aujourd’hui. « On le sent que c’est en train de changer, qu’on s’insère dans quelque chose de plus grand que nous, assure Marie-Hélène Roch, l’une des nombreuses têtes (en plus d'elle, Kopula c'est aussi Caoimhe Isha Beaulé, Kassandra Bonneville et Kati Peltola) derrière Nordicité 2016. C’est un concept qui existe depuis les années 60, mais qui est en pleine mutation. La preuve, de plus en plus d’événements se l’approprient. Les gens l’apprivoisent. Il y a presque un côté marketing à cette façon de faire, comme si l’hiver était exotique. »

Le pari du jeune collectif est toutefois d’aller au-delà de l’éphémère et de s’inscrire dans le quotidien des citadins, toujours dans une perspective de durabilité environnementale et sociale. « L’hiver est-elle une saison morte ? C’est un peu ça la question qu’on veut que les gens se posent, explique Marie-Hélène Roch, un sourire dans la voix. Lui accorde-t-on assez de place, peut-on le faire ? » Plus encore, il y a aussi l’idée de la résilience saisonnière, souligne la jeune femme. « En réfléchissant un peu, on peut sans doute revoir notre rapport aux lieux et la façon dont on y intègre l’hiver. »

Kopula a également l’ambition de créer un dialogue autour du design et de la culture entre différents pays nordiques. « Cette année, nous avons développé des liens avec des Finlandais pour l’organisation et une de conférencière est Suédoise », précise la jeune femme, un brin de fierté dans la voix. L’événement montréalais ne devrait d’ailleurs pas être sans rappeler l’annuelle Arctic Design Week qui se tient à Rovaniemi en Finlande, ce festival hivernal ayant grandement inspiré les idéateurs de la mouture québécoise. Si tout se passe bien, le collectif espère pouvoir revenir, dès l’an prochain, avec une seconde édition de sa semaine de réflexion. Et, qui sait, peut-être s’allieront-ils à d’autres villes canadiennes pour l’occasion ?

Pour y arriver, la jeune équipe propose toute une série d’activités, toutes gratuites, qui se tiendront au début du mois de mars, principalement aux alentours de l’Université Concordia. Au menu: panels réflexifs, cinéma extérieur et exposition enneigée. Une charrette de design – sorte de plateforme participative – permettra également aux designers de la relève d’imaginer des objets et des aménagements qui évolueraient au fil des saisons. « Le but est de réfléchir à comment la ville peut vivre à longueur d’année », ajoute l’étudiante en études urbaines. Pour l’occasion, un site précis a déjà été choisi par l’équipe. Il faudra toutefois attendre le 4 mars, jour de lancement officiel de Nordicité 2016, pour connaître son emplacement. « Les gens vont avoir la chance de lâcher leur fou, de rêver un peu. Mais, ultimement, si certains projets sont réalistes, on aimerait pouvoir les proposer à la Ville de Montréal, pour la postérité ! »

L’événement s’adresse d’abord à la communauté universitaire – toutes universités confondues –, le grand public est plus que bienvenue. Pour participer, il suffit d’avoir des idées et de ne pas être frileux !
 
2 commentaires
  • Richard Poulin - Inscrit 25 février 2016 13 h 32

    Le québécois n'est pas un nordique

    Nous sommes encore juste des Européens qui essaient de combattre l'hiver, parfois iingénieusement, mais un combat de tous les instants quand même. Notre culture d'hiver? ... la motoneige devenue la reine des forêts, les passages souterrains urbains, des millions de tonnes de sel annuellement, les 4-roues motrices, la Floride et jusqu'à tout récemment la neige usée rejeté dans les cours d'eau. Dur combat.

  • Jean Richard - Abonné 25 février 2016 17 h 40

    Au jour le jour ?

    « Faire prendre conscience aux citadins que l’hiver peut se vivre au jour le jour » – Il y a un grand bout de chemin à parcourir avant que la nordicité, y compris l'adaptation aux saisons, s'inscrive dans notre culture. Le problème, c'est que nous sommes dépossédés de ce qui aurait pu être notre culture propre, une culture forcément façonnée par l'environnement, notre environnement et non pas celui des pays du sud.

    Quelques symptomes de notre dépossession culturelle et de notre statut de mésadaptés environnementaux :

    - nous trouvons normal qu'à la moindre chute de neige, on déploie comme en pleine guerre un arsenal imposant de véhicules de combat, appelés véhicules de déneigement ; l'ennemi, le flocon de neige qui cache notre asphalte ;

    - nous trouvons normal, comme si on ne pouvait faire les choses autrement, que nos trottoirs et chaussées soient dessinés avec tellement peu d'intelligence qu'à la moindre pluie, verglaçante ou non, la moindre chute de neige, se déplacer à pieds (ou à vélo) dans les rues de la ville se transforme en une difficile et périlleuse course à obstacle, en particulier aux intersections ; b****, est-ce si difficile d'aménager les points bas ailleurs que dans les passages de piétons, surtout que les grillages d'écoulement sont placés ailleurs qu'aux points bas ?

    Et l'architecture ? On l'a déjà démontré : il est possible de concevoir des aménagements et d'ériger des édifices qui ne canalisent pas les vents en plein là où les piétons doivent circuler. Mais on ne le fait pas. L'architecture et l'aménagement en fonction de l'environnement physique ne fait pas partie de la culture des architectes et urbanistes (sinon de façon marginale), plus préoccupés par le tape-à-l'œil que par la convivialité de l'espace urbain.

    Créer des fêtes pour que la nordicité s'enracine dans notre culture ne suffira pas. Il faut aller beaucoup plus loin.